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MASQUE ET LUNETTES NOIRES

– Je me permets ce mail pour prendre des nouvelles : avez-vous pu finaliser le recrutement?

– Pas encore malheureusement, nous sommes toujours en phase de réflexion, nous reviendrons vers vous dès que possible.

 

C’est ça, les petites PME, chaque embauche est cruciale et ne se décide pas à la légère. Je vais donc patienter. De toute façon, je n’ai pas de retour de mes autres pistes.

Mardi 16 juin 2020 – DECONFINEMENT J+37

Je décide d’aller voir Maman à l’hôpital Sainte Périne dans le 16ème. En marchant vers le métro, je m’aperçois que j’aime bien porter un masque et des lunettes noires. Ça me confère l’anonymat dont j’ai besoin en ce moment lorsque je dois m’aventurer à l’extérieur. Et puis c’est pratique, ça éponge les larmes.

Maman ne va pas si mal que ça. Juste marre d’être enfermée.

– Oh mais je suis sortie dans le couloir une fois la nuit ! Je me suis cramponnée à tout ce que j’ai pu mais je ne suis pas allée bien loin.

– Bah oui, ils t’ont chopée et ils t’ont enguirlandée.

– De toute façon, je ne suis bien que lorsque je suis allongée.

C‘est réconfortant, je suppose, de constater qu’elle n’a pas changé : contestataire et contradictoire jusqu’au bout. Bref, j’aimerais trouver la force de rester plus longtemps mais je ne peux pas. Jusque-là, j’ai pu contenir mes larmes et j’ai fait semblant d’être positive. Mais c’est plus fort que moi, je m’enfuis lorsqu’elle me dit : « Je crois que je ne sortirai jamais d’ici. Qu’en penses-tu ? »

Alors, je pars faire le point avec sa docteur mais cette dernière est en repos après toute une nuit de garde et les autres soignants ne peuvent pas me renseigner car soit en grève, soit partis à la manifestation nationale aux Invalides. Pas le bon jour, quoi.

En rentrant, j’appelle Toto qui me dit vouloir venir la voir samedi prochain avec sa femme et ses deux enfants. Au cas où. Je lui dis que ce n’est pas certain à cause de son isolement mais que j’en parlerai au médecin. Ce serait bien quand même, qu’elle puisse sortir de sa chambre et prendre l’air. Surtout qu’il y a un joli jardin intérieur dans laquelle on pourrait la balader en chaise roulante…

Alors oui, ses globules blancs sont toujours aux abonnés absents et oui il faut éviter à tout prix une quelconque contamination mais si elle ne meurt pas d’une infection, elle mourra de mélancolie à force d’être recluse comme ça. Et si on lui met trois masques l’un sur l’autre ?…

RECHERCHE COURAGE DESESPEREMENT

Bullage intégral hier. Même pas écouté le discours du président mais apparemment la France est libérée délivrée, c’est la fête. Pas pour tout le monde.

 Lundi 15 juin 2020 – DECONFINEMENT J+36

On a décidé avec Toto et Tonton de ne rien dire à Maman. Déjà parce que ce n’est pas sûr qu’elle comprenne, ensuite parce que cela ne servira à rien. Autant continuer de la regonfler comme on peut pour qu’elle puisse sortir de cet hôpital. Parce que même s’il lui reste peu de temps, elle sera toujours mieux à l’EHPAD.

Je n’en ai parlé à personne. Pas même à Nénette lorsqu’elle m’a appelée vendredi. Comme elle venait tout juste de se remettre du décès de son beau-père, je n’ai pas voulu lui saper son moral tout neuf.

Depuis, je ne fais qu’osciller entre détresse et espoir. Je suis au fond d’un puits recouvert d’une chape de plomb, seule avec une bougie et mon chagrin. J’essaye de débusquer en moi un filament de courage, un soupçon de ressource mais à part ces mots que je couche ici, je ne trouve rien.

Je savais bien qu’elle ne serait pas éternelle mais j’avais pensé à quelques années, pas à quelques mois. Et ce qui me fait mal par-dessus tout, c’est de penser qu’elle sera seule dans cette chambre d’hôpital lorsqu’elle partira. Je redoute chaque appel et j’ai une pointe au cœur lorsque je vois le numéro de l’hôpital qui s’affiche.

Je me dis que je devrais profiter de ces derniers instants pour être auprès d’elle et penser au bon vieux temps. Mais c’est justement ce qui me fait un mal de chien. Sans compter qu’elle est en isolement total et que les visites se font au compte-goutte. Rien que de lui parler au téléphone est une épreuve. Car très ironiquement, ses troubles cognitifs ont pris le large et elle a retrouvé sa présence d’esprit. C’est presque ma maman à nouveau.

Je me retiens de fondre en larmes à tout bout de champ, j’essaye de reprendre espoir. J’essaye d’envisager ma vie quand elle sera partie. De trouver une raison qui me fera continuer. Car j’ai toujours dit que je partirai juste après elle.

Si je reste, j’ai peur à mon tour de n’être plus qu’un légume et d’avoir besoin qu’on me tire sans cesse vers le haut. J’ai peur de devenir un boulet pour mes proches, pour la société. De n’être plus qu’une bonne grosse boule de chagrin inconsolable.

ECHEC et MAT

 

« Nous avons trouvé des cellules malignes dans le sang de votre mère… »

C’est dingue comment une petite phrase, deux mots, peuvent faire s’écrouler quelqu’un en cinq secondes.

Vendredi 12 juin 2020 – DECONFINEMENT J+33

Aujourd’hui, Maman aurait dû entrer à l’EHPAD. J’aurais dû aller la chercher à l’hôpital ce matin. C’est plus que retardé, désormais.

Hier, quand la médecin m’a appris la nouvelle, j’ai senti le sol se dérober sous moi. Ce que j’avais pressenti s’est confirmé et bon dieu que j’aurais préféré avoir tort !

– La chimio, la radiothérapie, c’est envisageable ?

– Non, ça ne servirait à rien et cela l’affaiblirait encore plus.

– Il n’y a donc plus rien à faire ?

– Le taux des cellules est de 12% dans le sang, ce qui veut dire qu’il y en a au moins le double dans la moelle osseuse. C’est malheureusement la myélodysplasie qui s’aggrave et qui reste à ce jour incurable. Quoique l’on fasse, les cellules malignes vont continuer de se multiplier jusqu’à…

– Combien de temps ?

– Difficile à dire mais peu.

– C’est-à-dire ?

– Il peut y avoir un effet-plateau, on l’espère, auquel cas on pourra envisager le transfert en EHPAD et…

– COMBIEN DE TEMPS LUI RESTE-T-IL, DOCTEUR ?

– Quelques mois… Il faut vous préparer.

Ce n’est pas parce qu’on est préparé que cela fait moins mal. Je me demande combien de temps encore je vais tenir debout. Je me demande si je veux être près d’elle lorsqu’elle partira. Et je me demande si j’ai la volonté de lui survivre.

YANG²

– So let’s switch in English. How many other interviews did you have besides this one?

– Well… two?

Pas très fière de ce mensonge mais ils m’ont prise au dépourvu et c’est sorti comme ça. Donc, j’ai dû broder un peu et dieu sait si je suis une piètre couturière. Vu qu’ils notaient tout scrupuleusement sur leur cahier, ils vont peut-être vérifier. Bah tant pis, c’est fait.

Mercredi 10 juin 2020 – DECONFINEMENT J+31

Je ressors de ce premier entretien avec un sentiment mitigé. Pas tant sur le poste proposé que sur ma performance, pas très brillante selon moi. Mon propos n’était pas pertinent d’un bout à l’autre et manquait certainement de cohérence. J’ai aussi pas mal bafouillé et j’ai oublié de poser les questions essentielles.

Ils avaient l’air cependant intéressés par mon profil. Premièrement, parce que je sais ce qu’est le petit patronat et comment gérer un business et deuxièmement, parce qu’il y a une partie essentielle de représentation que la direction d’un restaurant m’a enseignée à n’en pas douter, selon eux.

Je me suis abstenue de leur dire que c’était justement ces deux raisons qui m’ont faite envisager un autre chemin professionnel. Gérer des salariés et porter des Louboutin, la peste et le choléra pour moi.

Bref, je marche vers le métro en ressassant tout ça dans ma tête. Je me retrouve sur le boulevard Richard-Lenoir et d’un seul coup, une grande bouffée d’angoisse me saisit. Là, je réalise où je suis. Le Bataclan n’est qu’à quelques encablures et ce boulevard montré en boucle sur BFMTV le 13 novembre 2015 se met à prendre vie en moi dans un mélange de poudre, de poussière et de sang.

Ce que je ressens est visqueux, étouffant. Je ne m’y attendais pas. Je hâte alors le pas, je me dépêche de mettre de la distance. Merde, si jamais je suis embauchée ici, j’espère que je n’aurais pas droit à cet affreux revival à chaque fois que je traverserai ce boulevard.

Je m’engouffre prestement dans le métro qui, au passage, est loin d’être l’horreur que certains m’ont décrite, c’est même pas mal du tout avec le respect de la distanciation, le port du masque par tout le monde et sans bousculades.

Quelques minutes plus tard, je me retrouve à Trinité Estienne d’Orves. Je connais bien ce quartier pour l’avoir fréquenté à raison d’une fois par semaine pendant six mois lorsque je venais faire signer mes chèques à l’administrateur judiciaire pendant le redressement du restaurant.

Bref, la brasserie qui fait l’angle dans laquelle j’ai donné rendez-vous à Andrew est fermée. C’est moche. Mais l’autre un peu plus loin est bien ouverte et a colonisé pratiquement tout le trottoir avec ses tables bistrot sur près de cent mètres. Et c’est quasiment plein.

Comme je suis heureuse de revoir Andrew ! Mon Yang ! Non pas que je sois son Yin mais parce que je suis, moi aussi, un Yang. C’est parti d’un bouquin ‘La diététique du Yin et du Yang’ que l’on a lu tous ensemble, le Scoobigang et moi il y a quelques années. Il décrit les cinq typologies d’énergie universelle et les tempéraments associés. Andrew et moi, nous nous sommes reconnus instantanément dans le Yang.

Le Yang

Le tempérament et le comportement sont de type ACTIF, PEU EMOTIF, EXTRAVERTI. Les correspondances énergétiques sont celles de l’organe du FOIE et de l’élément naturel BOIS.

Caractères physiques : bonne musculature, souvent athlétique, visage et yeux expressifs, langue sèche, mains osseuses et fermes.

Qualités possibles : enthousiasme, goût de l’effort et de la réussite, combativité, volontarisme, fiabilité, fermeté, entreprenant, imaginatif, brillant, actif, idéaliste, généreux, sportif.

Défauts éventuels : nervosité, inquiétude, entêtement, colère.

Alors oui, le Yang est masculin. Le heavy-metal et mes jurons fleuris lorsque je suis au volant qui ne font clairement pas de moi l’ambassadrice idéale du Yin, m’avaient déjà mise la puce à l’oreille. Et à vrai dire, mis à part mon tour de poitrine, il n’y a pas grand-chose de féminin chez moi. Monsieur Machin a dû se gourer au départ.

Bref, cela a évolué depuis. Je pense que dernièrement, j’ai dilué dans mon Yang un peu de Yin, voire même d’Hyper-Yin. Les défauts notamment, comme l’indécision, le bouillonnement intérieur, l’hypersensibilité, la vulnérabilité… Le bon côté des choses, c’est que je suis peut-être plus équilibrée ? Moins Monstroplante, quoi.

Donc, c’est avec une joie non-dissimulée que l’on se retrouve, Andrew et moi, et en bons dissidents, on se claque même la bise. Et installés sur notre mini-table au bord du trottoir, on se met alors à papoter à bâtons rompus. On débriefe bien sûr sur mon entretien où je lui fais part de mes doutes sur le volet représentation du poste.

– Calembredaines et billevesées ! Tu es classe !

– Peut-être mais je ne suis pas tendance !

– Bah c’est l’occasion de renouveler ta garde-robe et d’aller chez le coiffeur.

Pas ultra-convaincue, car j’aime ma coupe de cheveux apocalyptique et mes boots de pseudo motarde mais je finis par en rire et l’on passe à notre sujet préféré, celui de refaire le monde devant une pinte de blanche et trois pop-corn. Enfin, Perrier-menthe pour moi.

Et ce monde post-confinement est riche en réflexions, en interrogations, en non-sens et absurdités en tout genre, à commencer par cette terrasse où l’on est entassé sans masque à se postillonner dessus à qui mieux mieux. Surtout moi qui rit maintenant à gorge déployée aux réparties facétieuses d’Andrew.

Il a crû, par exemple, et c’est pour cela qu’il m’a boudée, que l’invitation à mon blog venait d’une certaine Anastasia, nubile ukrainienne professionnelle du montrage de seins sur internet. J’ai bien failli en cracher mon glaçon et je l’ai assuré de mon souhait de garder mon 90B bien au chaud.

Il n’a pas changé, toujours aussi fou. Ah si, il s’est mis au sport avec un coach sur internet et il mange sainement. Fini les chips et le saucisson ! Du coup, il est beau comme un camion. Ça va peut-être me motiver pour arrêter les chips une fois pour toutes…

Puis, de façon assez inattendue mais non moins bienvenue, on se fait le quart d’heure ‘on arrête de dire des conneries’ et l’on aborde les sujets sensibles, comme celui de ma mère et bien entendu, celui de leur couple, Mimine et lui.

Et ce qu’il m’apprend me remplit de joie. Ils ont réussi à dépasser leurs problèmes et sont même repartis comme en quarante ! Il m’avoue que le confinement a révélé un mal-être chez lui qui a bien failli le faire imploser en balayant tout sur son passage mais qu’il est parvenu à gérer la situation en formalisant très simplement son malaise auprès de Mimine. Et à deux, ils ont pu retrouver un nouveau souffle.

C’est bien ce qu’il m’avait semblé lorsque je les avais eus tous les deux au téléphone ces derniers temps. Autant dire que je suis littéralement ravie que mon intuition ait été la bonne. Une bonne crise de la quarantaine vaincue par knock-out sans aucun dommage collatéral. Bravo.

20.00. Dans le métro pour rentrer chez moi, je fais le point sur cet après-midi rempli de premières fois : premier métro, premier entretien, premier pot en terrasse, première revoyure d’ami… Le tout globalement très positif. Je me sens ragaillardie.

Et pour la première fois là aussi, j’ai l’impression de reprendre un peu de cette vie que j’appelle de mes vœux depuis longtemps maintenant. Une vie simple faite de petites banalités pour apaiser les meurtrissures de la précédente.

SPACE MOUNTAIN

« Bonjour, votre maman n’a plus de fièvre et va un peu mieux cliniquement alors nous pensons la transférer demain dans une maison de convalescence dans le 16ème qui est spécialisée dans les pathologies lourdes des personnes âgées. »

Décidément, elle aura fait tous les hôpitaux du coin. Je remballe les deux kilos de cerises que je comptais amener aux infirmières et me mets sérieusement à songer au clafoutis. Sans gluten.

Lundi 8 juin 2020 – DECONFINEMENT J+29

« Bonjour, Je peux vous proposer mercredi à 17h, qu’en pensez-vous? »

Que du bien, Madame, que du bien ! Du coup, j’appelle Andrew dont le bureau n’est pas très loin de mon lieu de rendez-vous pour lui proposer de prendre un pot en terrasse une fois sortie de mon entretien. Comme il me perçoit un peu fébrile, il me dit d’y aller à la cool mais pimpante et dynamique comme je sais l’être. C’est vrai, cela ne sert à rien de psychoter 48 heures à l’avance.

Je décide donc de me changer les idées en faisant un saut chez Ikea pour remplacer mes boîtes dépenaillées par des nouvelles plus sobres. Un lundi 13.30 : le parking est plein comme en week-end, j’hallucine !

Et tandis que j’approche de l’entrée avec mon sac bleu au liséré jaune, j’aperçois une file d’attente qui me laisse perplexe. Moi qui pensais juste faire une incursion chirurgicale, me voilà en train de reconsidérer la chose. Pff tant pis j’attends, un aller-retour pour rien, ça me soûle encore plus.

Donc, je me place sagement dans le tortillon de la file d’attente et je regarde comment ça s’organise. En fait, il y a trois files : celle où je suis pour le magasin, une pour le retrait des trucs lourds et une autre pour les retours et échanges. Au bout de chacune d’elles, deux cerbères avec oreillette et talkie qui font rentrer les gens par lot de dix pour ma file ou au compte-gouttes pour les deux autres, non sans avoir échangé auparavant quelques ordres brefs et incompréhensibles avec des collègues invisibles :

– Vas-y, je peux en caler encore deux pour le RZ-986.

– Y en a six déjà en stand-by.

– Bah envoie sur le FT-475.

– D’accord.

Et tandis que j’avance hardiment au rythme des moulinets de bras du cerbère n°1, je ne peux m’empêcher de penser, goguenarde, que j’embarque pour le Space Mountain ! Si j’osais, je lui demanderais s’ils prennent une photo également lors de la descente vers le libre-service…

Dans le hall d’accueil, pareil, zéro possibilité de batifoler. La nana devant moi, bien que masquée, dédaigne soigneusement le distributeur de gel hydro-alcoolique et hop coup de sifflet :

« Madame s’il vous plaît, le gel, merci ! »

Ils rigolent pas, les Suédois. Tout ça pour six TJENA 32X50X32 et une FEJKA.

16.00. Le remplacement de mes boîtes fait, je contemple ma chambre. Même la cave à vins se fond dans le décor. C’est incongru, je le conçois mais je n’avais pas le choix car plus de place dans le salon avec l’arrivée de la grande table.

Bref, je suis assez contente de l’ensemble. Mais à quel coût ? Car si j’en crois la douleur qui irradie dans mes épaules, mes coudes et mes mains, c’est comme si j’avais manipulé tout le magasin. Bon, ma séance de ménage d’hier n’y est certainement pas étrangère. Surtout qu’en plus, j’ai fait la maline avec une petite boum improvisée où j’ai dansé et chanté sur des trucs parfaitement débiles entre deux lessivages de murs. Sur le coup, ça m’a fait du bien.

Je m’interroge. Ma fibromyalgie arriverait-elle à un autre stade ? Le stade ‘pas de bras, pas de chocolat’ ? Parce que désormais, je ne peux quasiment plus me servir de mon bras gauche et les douleurs sont présentes 24/7, même les dimanches et jours fériés.

Et la gym que j’avais délaissée la semaine dernière pour cause d’emploi du temps surchargé, me confirme à la première tentative d’abdo-fessier, que j’ai hélas bien franchi le cap de non-retour. Je me sens un peu désemparée, surtout que le paracétamol, c’est de la roupie de sansonnet, que j’ai déjà fini l’ibuprofène de ma belle-sœur et que la pharmacie refuse de m’en vendre parce qu’il y a des risques avec le corona gnagnagna…

Bref, tout me pousse à me remettre à boire et à fumer des joints, quoi. La panacée.

ARMAGEDDON

 

Dimanche 7 juin 2020 – DECONFINEMENT J+28

Branle-bas de combat depuis l’aube. Gavée d’ibuprofène, j’ai sorti mon arsenal de ménage Armageddon et j’ai lessivé à grande eau les murs, les portes, les chambranles, le sol, le plafond et fait les grilles d’aération à la brosse à dents. Y a juste les carreaux que je n’ai pas lavés car c’est au-dessus des forces de mes biceps en mousse.

Ça sent bon le propre. Enfin, la Javel. J’ai perdu 10.000 calories, je suis exténuée mais contente de moi. Une belle feuille blanche pour repartir et pouvoir tourner la précédente toute crabouillée.

Aujourd’hui, c’est la Fête des Mères. La mienne, c’est sa fête depuis un bout de temps déjà, mais sans les fleurs ni le collier de pâtes. On l’a appelée hier Toto et moi, elle a crû encore une fois que l’on venait la délivrer de sa prison…

Son état est stationnaire, c’est-à-dire au trente-sixième dessous. J’espère tellement qu’elle puisse aller à l’EHPAD qui sera son dernier havre de paix. Quelque part, je m’en veux de lui avoir fait subir tout ce chambard depuis quatre ans.

Bref, je ne vais pas refaire l’histoire mais le ‘si j’avais su’ est vraiment quelque chose qui me hante ces derniers temps. Et mon super-don d’empathie, qu’est-ce qu’il en dit ? Je lui ai bien mis une muselière concernant ma mère mais il parvient quand même à me parler. Je ne veux pas l’entendre, dans le déni j’imagine, alors je me bouche les oreilles et je fais l’autruche.

Et mes prières à Monsieur Machin ne m’ont apporté aucun réconfort. D’une, parce qu’elles n’ont pas été exaucées et de deux, parce que je sais qu’elles ne sont qu’une béquille vermoulue que l’on sort du grenier lorsqu’on a épuisé toute notre rationalité. Mes rapports avec Monsieur Machin ont toujours été conflictuels. Mais là, je suis bien partie pour le bouder jusqu’à la fin de mes jours.

Memories consume
Like opening the wound
It’s picking me apart again
You all assume
I’m safe here in my room
Unless I try to start again

I don’t want to be the one
The battles always choose
‘Cause inside I realize
That I’m the one confused

I don’t know what’s worth fighting for
Or why I have to scream
I don’t know why I instigate
And say what I don’t mean
I don’t know how I got this way
I know it’s not alright
So I’m breaking the habit
I’m breaking the habit
Tonight…

…TO BE CONTINUED ON SEASON 3…

ÇA RESONNE

« Coucou, on prend la route ! »

Texto de ma belle-sœur à 8.05. Qui me réveille car j’ai oublié de mettre mon alarme hier soir.

Samedi 6 juin 2020 – DECONFINEMENT J+27

J’ai un mal de cheveux ! Je ne comprends pas, j’ai pourtant bu raisonnablement hier soir… Bref, pas le temps de m’apitoyer sur mon sort, j’avale un saladier de café et me voilà à pied d’œuvre en train de préparer les meubles et les cartons pour le déménagement.

Le peu que je manipule me fait savoir de suite que je vais de nouveau devoir faire banquette. Mes muscles, qui plus est avec l’alcool d’hier soir, sont à l’agonie. J’annonce la mauvaise nouvelle à Toto et à ma belle-sœur quand ils arrivent, ce qui n’entame en rien leur entrain. Tant mieux, car je suis en mode larve, aujourd’hui.

Et comme ils ont cueilli tout leur cerisier, ils m’ont ramené cinq kilos de cerises dans une énorme cagette que j’ai du mal à rentrer dans le frigo. J’adore les cerises mais comment je vais faire pour m’enfiler la cagette sans être malade ? Je pourrais peut-être les vendre au coin de la rue ?…

12.30. Le camion est chargé, Toto et sa femme ont bien bossé. On déjeune sur la grande table débarrassée maintenant des cartons de ma mère. Cette grande table de ferme, démesurée pour la taille de mon salon, est bien plus vieille que moi. J’y tiens comme une folle.

Chez mes parents depuis toujours, je l’ai rapatriée au restaurant lorsque j’ai déménagé ma mère il y a quatre ans. Et elle trône dans mon salon depuis le 24 février. Tout s’organise autour d’elle, à vrai dire. Quitte à louvoyer. Peu m’importe, elle m’a quasiment vue naître et elle m’accompagnera jusqu’au bout.

15.00. Toto et sa femme sont repartis et je me retrouve seule dans l’appartement qui semble bien vide. Il paraît plus grand, aussi. Limite, ça résonne…

Faudrait faire le ménage, un gros. Car outre le fait que cela fait un mois que je n’ai rien fait d’autre qu’un rapide coup d’aspi, en déplaçant les meubles, bah y a des grosses traces noires sur les murs et des moutons accrochés au plafond. Pas très Monk, ces derniers temps.

Mais une grosse fatigue vient s’abattre sur moi. Ma gueule de bois renchérit et me voilà en boule sur la banquette. Tant pis, je ferai ça demain. D’autant plus si lundi ils me confirment mon entretien et si je suis embauchée dans la foulée, j’ai intérêt à être à jour dans le ménage parce qu’après, je n’aurai plus le temps.

L’APERO SOCIAL

 

– Oh tu m’as apporté des cerises, c’est gentil ! Quand est-ce que je sors ?

  • Pas tout de suite, Maman, pas tout de suite.

Hier dans sa chambre d’hôpital d’une tristitude absolue. A n’en pas douter, elle sera mieux à l’EHPAD. Mais bon, son état reste trop critique pour envisager une sortie dans les jours prochains. Et ça, elle a du mal à le comprendre.

  • Je ne souffre pas, tu sais. Je suis juste extrêmement fatiguée. A mon âge, c’est normal. Mais j’en ai marre d’être là, qu’est-ce que j’étais bien chez toi ! Je peux revenir ?
Vendredi 5 juin 2020 – DECONFINEMENT J+26

Levée aux aurores bien avant la sonnerie aigrelette de mon réveil, j’ai passé la journée à trier et à ranger. Outre le sapin et ses deux cartons de déco, j’ai gardé une boîte entière de lettres et de cartes postales dont certaines remontent à mes 10 ans ! Des albums photos aussi, ma robe de mariage que je décide de filer à ma belle-sœur pour qu’elle la ‘recycle’ car je n’ai pas le cœur de la jeter.

Je ne sais pas pourquoi j’ai gardé tout ça et pourquoi je ne jette pas aujourd’hui. Je me dis que tant que ça tient dans mes placards et que je n’ai pas besoin de place… Je sais, c’est mauvais pour le feng shui mais je ne m’y résous pas.

Bref, la chambre ressemble à entrepôt de stockage, manque plus que le fenwick. Au moins, c’est rangé, je travaillerai sur l’esthétique plus tard.

Et dans l’optique d’optimiser le rangement, j’ai promené le reste de mes affaires de placards en tiroirs, de boîtes en autres boîtes pendant au moins deux heures. J’ai fini par tomber sur une toute petite boîte que je n’aurais pas dû ouvrir. J’aurais la prendre tel quel et l’enfouir au fin fond de ma grosse boîte de bidules divers tout en haut de l’étagère du placard de l’entrée.

La boîte ‘Reliques de Walter’. Et presque religieusement, j’en ai inventorié le contenu. Sa carte de visite de l’époque, la carte d’un restaurant où l’on s’était retrouvé un jour, celle de l’hôtel où je m’étais réfugiée le 17 février 2011 et où je l’avais attendu en vain, un fast-pass de Disneyland où nous avions passé un après-midi, un ticket-cadeau Passionata, la montre Chanel qu’il m’a offerte mais que je n’ai jamais pu porter car elle me faisait de l’allergie, un pendentif en forme de cœur sur un lacet de cuir noir et un fax du dessin de son tatouage, un dragon celte avec ces quelques mots écrits de sa main…

Ça m’a rendue triste et en colère à la fois. Et comme si cela ne suffisait pas, des tréfonds d’un tiroir de la salle de bains, j’ai exhumé l’Huile Sublimante à la poudre d’or que je portais… lorsque j’ai rencontré Walter. Je l’ai respirée… Oups la boulette ! Le truc à ne pas faire en ces temps d’instabilité émotionnelle. On dit bien que la mémoire olfactive est la plus puissante, la mienne m’a mise K.O. en une bouffée. Le parfum est resté intact et m’a transportée instantanément 19 ans en arrière.

Je n’ai rien pu faire pour retenir mes larmes. Rien pu faire non plus pour me forcer à tout jeter. Car c’est tout ce qu’il me reste de lui. Ça et les 265 pages du tableau de bord de notre histoire.

17.45. Vu le temps qui vire à la tempête, je consulte mes mails, voir si la soirée barbecue des voisins n’a pas été annulée. Apparemment, non. En revanche, j’ai reçu ça :

« Bonjour, 

Nous vous remercions pour votre candidature et l’intérêt que vous portez à notre agence.

Après avoir examiné votre profil, nous avons trouvé celui-ci très intéressant. Ainsi, nous souhaiterions vous rencontrer afin de discuter d’une éventuelle collaboration.

Pourriez-vous me communiquer vos disponibilités ?

En vous remerciant par avance. »

YEEPEE !!! Mon premier entretien ! Je réponds de suite puis je regarde la pendule… Bon, j’aurai une réponse lundi matin, je pense.

C’est un cabinet d’architecture franco-japonais basé à Oberkampf. Je fais quelques recherches sur leurs ouvrages et je tombe en totale admiration : la pierre douce et le bois blond, la pureté des lignes, la maîtrise de la lumière, ça me parle ! Bien sûr, mon job ne sera pas architecte, je ne suis qu’une amatrice éclairée, mais c’est toujours mieux de bosser dans un environnement que l’on admire.

J’ai une palanquée de magazines divers d’architecture et de décoration dans lesquels j’aime me replonger parfois : je me transporte littéralement dans une page, je m’imagine sur les lieux, je ressens l’atmosphère, je touche, je respire…

C’est à chaque fois un véritable voyage dont je reviens émerveillée, comme d’un week-end dans un manoir d’hôtes à Aberfeldy au cœur des Highlands. Je voyage pour 6 euros, imbattable, non ? J

Zone de texte

https://www.pressreader.com/france/maison-cote-ouest/20191204/281547997740733

Un coup d’œil sur Google Maps : 50 minutes porte à porte mais un seul métro. Un peu long, certes, mais je ne peux pas faire la fine bouche. C’est vrai qu’au début je cherchais relativement à proximité de chez moi, déjà pour éviter de passer un tiers de ma journée dans les transports mais surtout en cas de grève, pour pouvoir aller bosser à pied car le vélo et encore plus la trottinette, c’est exclu pour moi. Bah allez, ce n’est pas la mer à boire.

19.00. Je sonne à la porte de l’appart-terrasse, une bouteille de Côtes du Lot à la main, une des rescapées du restaurant. Je le connais, le voisin ‘Je golfe à Courçon’, c’est un grand amateur de bons vins. J’espère d’ailleurs qu’il y aura son Rêve de Ternac à table… Un des plus forts coups de cœur de toute ma vie de pseudo œnologue, impossible à se procurer si l’on n’est pas proprement parrainé.

La soirée se passe bien. Mon premier apéro social ! Sans masque donc, en essayant de garder nos distances les uns des autres. Pas gagné. Il y a des têtes que je connais des anciennes fêtes des voisins et puis des petits nouveaux, très sympathiques. Très jeunes aussi. Comme ils n’arrêtent pas de me vouvoyer, j’en déduis avec désolation que je fais mon âge, comme on dit. Merde.

Pour la peine, je décide de me resservir de la soupe de champagne. Je picore quelques olives et je m’incruste auprès des ‘anciens’ qui eux me tutoient d’emblée. On parle de tout, de rien, de mes déboires d’ancienne restauratrice et de cette crise sanitaire qui affectent toutes les strates de la société, on rit beaucoup aussi, bref, une bonne soirée.

Je pensais mon instinct grégaire ténu de nature, voire inexistant mais je m’aperçois qu’il est capable de caracoler joyeusement sans ouvrir en moi d’abîme de consternation. C’est agréable, au fond, de fréquenter d’autres humains.

Et rassemblés autour de l’immense table déployée sous le store aux dimensions d’une voile de catamaran, on termine la soirée doucement. C’est l’heure des confidences que l’on échange avec son voisin/voisine de fauteuil. C’est comme cela que j’apprends, par sa femme, que l’hôte de la soirée Monsieur FFP2 bah portait justement ce masque parce qu’il a été atteint par la Covid-19 et apparemment, méchamment… Dans ma tête, je me confonds en excuses pour l’avoir jugé sans savoir. Je me sens bien minable, du coup.

Alors, je prends congé de la petite assemblée et les deux hôtes de maison me raccompagnent tous les deux. Comme ils connaissent Kevin, ils ont été accablés quand ils ont eu vent de notre séparation et le sont encore plus lorsque je leur confie, sur le palier, ma vie depuis avec ma mère.

Mon émotion doit être palpable car ils me prennent tous les deux dans leurs bras. Heureusement que j’ai activé ce soir mon bouclier anti-empathie, le modèle blindé. J’espère que ça marche aussi pour le virus, s’il en reste…

Bref, cinq minutes plus tard, je suis chez moi en train de me brosser les dents. Je suis fière de moi, je ne suis pas ivre morte. C’est un fait en soi assez extraordinaire, au sens propre, pour le mentionner : au moment où j’ai senti que j’allais basculer, ce fameux moment que j’affectionnais tant avant, je suis allée remplir mon verre d’eau au robinet de la cuisine puis j’ai piqué un peu de multi-fruits dans la bouteille réservée de Monsieur Champomy.

Pourquoi ? Car j’avais très peu de route pour rentrer, à pied et en ascenseur en plus, et personne qui m’attendait pour me faire la morale… Alors oui, mon problème cardiaque. Mais non, je l’ai bel et bien décidé de façon lucide et responsable. Je suis restée digne. Très 48 ans, en fait. Re-merde.

De toute façon, rien de bon ne m’est jamais arrivé lors de mes séances d’éthylisme aigu, ni pendant et encore moins après. Ne commencerais-je pas à apprendre les leçons du passé ?…

 

DES CERISES

… My life is perfect, so you believe
Are you that stupid ’cause I strongly disagree
I’m not a martyr, more like a thief
Your rules are twisted and they don’t affect me !
There ain’t nothin’ in this world for free
There’s not a man, not a man I believe
Give a rat’s ass what you think about me
I’ll dot your I’s and cross your fuckin T’s !…

Five Finger Death Punch à fond dans la Clio chargée jusqu’au plafond hier, direction l’EHPAD et Toto pour déposer les premières affaires de Maman. De chanter à tue-tête la musique à fond et de retrouver mes anciens réflexes de conduite, même si pas forcément glorieux vu que j’ai toujours conduit comme une délinquante de la route, bah ça m’a fait un bien fou. Et je déteste toujours autant les femmes en Twingo qui freinent autant qu’elles accélèrent et qui mettent leur clignotant à droite pour tourner à gauche.

Mercredi 3 juin 2020 – DECONFINEMENT J+24

J’ai toujours aimé conduire. Partout, sauf à Paris. Je crois que je l’ai fait trois fois dans ma vie, contrainte et forcée. Faut regarder à gauche, à droite, devant, derrière, au-dessus, les sens uniques sinon tu refais un tour gratuit… Faut faire gaffe aux scooters, aux vélos, aux trottinettes, aux piétons qui traversent en dehors des clous le nez vissé sur leur portable, bref, on a les yeux partout sauf sur la route. Sans parler de se garer.

Non, je préfère la route, la vraie. J’aurais pu être routière. J’aime bien les camions et j’ai déjà les tatouages. Mon record : seize heures d’affilée pour faire l’aller-retour Denver-Durango dans le Colorado en passant par les Rockies et trois tempêtes de neige !

Dernièrement, j’étais un peu frustrée niveau conduite routière, je ne faisais que trimballer ma mère en mode ‘ambulance’ où l’aiguille dépassait rarement les 30 km/heure. Et avant cela, pas le temps, pas l’argent pour une escapade quelconque, donc ce petit tour hier m’a fait le plus grand bien.

Lundi, j’ai bien fait les cartons que j’ai réussi, mais à quel coût, à fourrer dans la voiture. En effet, j’y ai laissé un tibia et mes deux bras. Le tibia est resté sur l’escabeau duquel je n’ai pas manqué de dégringoler en voulant attraper une caisse de photos perché sur une armoire, quant aux bras, notamment les coudes, déjà mal en point depuis quelques temps, ils ont fini par décéder après le troisième carton, celui des bouquins…

J’ai donc pris la route hier avec les deux derniers Nurofen que j’ai dénichés au fin fond de mon sac et laissé mon frère et ma belle-sœur s’occuper du déchargement pendant que je bullais sur leur terrasse. Cela a parfois du bon d’être handicapé.

J’ai fait le tour de leur jardin, ravie. Rat des villes depuis des lustres, je ressens néanmoins un immense plaisir à chaque fois que je me mets au vert. Et là, j’ai eu la totale : les gazouillis des petits oiseaux dans les arbres, l’air pur, les salades fringantes dans le potager et le cerisier regorgeant de fruits. Et même pas la tondeuse du voisin !

C’était aussi l’anniversaire de Maman que j’ai appelée avec Toto. Je ne sais pas si c’est son téléphone à l’hôpital qui est pourri et/ou sa surdité qui s’aggrave mais elle a cru que l’on venait la chercher… Ça m’a fait peine.

Puis, nous sommes allés rencontrer la directrice de l’EHPAD qui nous a fait visiter l’établissement sur son Ipad. On a pu voir cependant les extérieurs qui étaient très agréables, fleuris, au calme… Un environnement idéal pour une convalescence, ce dont j’ai fait part à la directrice.

  • Je dois faire le point avec les médecins mais s’il s’avère que l’état de ma mère ne s’améliore pas, pouvez-vous l’accueillir quand même ? Elle sera mieux ici plutôt qu’à l’hôpital.
  • Oui, on peut faire une réservation.
  • Comme sur RB&B ?…

J’ai eu un bon feeling, Toto également. Le personnel nous a semblé très gentil et dévoué, les résidents n’avaient pas l’air d’être maltraités, on avait même l’impression qu’ils étaient contents d’être là. Bref, on a tablé sur fin juin au max.

Je suis repartie tard dans la soirée, saluée par les grillons qui s’en donnaient à cœur joie dans la lavande. Le cœur rempli d’espoir et le coffre plein de cerises. J’ai regagné mon petit appartement citadin qui du coup m’a paru bien exigu, après cette journée au grand air.

Surtout avec le tas de cartons et de sacs en vrac dans le salon déjà prêts pour l’acte II du déménagement samedi.

Je suis revenue avec une petite extinction de voix aussi … Pas à cause des courants d’air mais à force de brailler sur System Of A Dawn sur la route du retour. Kevin aurait été ravi, le heavy-metal étant un des rares points que j’avais en commun avec lui.

Bref, j’attends ce dernier justement d’un instant à l’autre pour aller vider mon garde-meubles et m’aider à réaménager l’appart, en tout cas, pour ce qui nécessite la force de deux bras vaillants. Comme de repasser mon lit dans la chambre. Après plus de deux ans de nidification dans le salon, il va falloir que je me réhabitue à finir ma nuit à côté. Mine de rien, c’est un sacré changement.

16.00. Vu qu’il fait 30°, la terrasse en-dessous est en pleine effervescence. Déjà hier soir en rentrant vers minuit, j’ai vu qu’il y avait du monde. Il va donc falloir que je réacclimate mes oreilles à ce bruit de ruche mais là, ça me soûle alors je ferme les fenêtres et je mets en route le ventilateur fraîchement récupéré de mon garde-meubles.

Profitez bien car demain, c’est la Toussaint et vous ferez moins les malins avec vos anoraks et vos moufles. Une belle vacherie que la météo, n’est-ce pas ? Mais une aubaine pour mes oreilles.

Il a bien bossé, Kevin. Il a eu pitié de mes bras en carton et il a ramené tout seul l’intégralité de mon garde-meubles. Il a également évacué les trois mètres cubes de ce que j’ai jeté et poussé les meubles en deux coups d’épaules. Je lui dois une fière chandelle. Toute seule, cela m’aurait pris jusqu’à Noël.

On a fait une petite pause-déjeuner sur un bout de table et on s’est mis à papoter. Lui, surtout. Surprenant, car si moi je suis un bulot, lui c’est une bernique en temps normal. Bref, on a parlé entre autres de sa recherche de job, il m’a dit notamment qu’il envisageait un retour dans son pays d’origine car il aurait quelques opportunités… Ce serait l’occasion ou jamais. Mais comme il faut un visa permanent et la maîtrise un tant soit peu de la langue, ce n’est pas un voyage à faire sur un coup de tête.

Je suis contente pour lui. C’est quelque chose dont il a besoin. L’aboutissement d’une longue quête. Je comprends, même si cela m’est complètement étranger. Je n’ai jamais ressenti cet appel de la mère-patrie qui pour moi ne l’est pas.

Est-ce parce que moi j’ai été adoptée lorsque j’étais bébé et que je n’ai aucun souvenir ? Rien de franc, en tout cas. Ma mère m’a dit que j’avais juste peur des avions dans le ciel et que je courais me cacher sous la table en me bouchant les oreilles. Mais était-ce bien une réminiscence et non une peur légitime pour une fillette de deux ans ?…

J’ai bien fait quelques recherches sur mes origines vers mes trente ans. Jamais auparavant je n’avais ressenti ce besoin, j’étais d’ailleurs plutôt dans le rejet. Il aura fallu un extrait à la télé de la comédie musicale Les Dix Commandements et cette chanson Mon Frère :

« … Chacun avec sa peine… Que le temps nous apprenne… A nous aimer… En frères… »

Je me souviens m’être figée devant la télé, ces mots résonnant à l’infini et soudain cette question s’est mise à hurler en moi : était-ce parce que j’avais été adoptée que je ne connaissais pas cet amour filial inconditionnel et si demain je rencontrais quelqu’un de mon sang, le ressentirais-je enfin ?

J’ai déterré alors mon dossier d’adoption que mes parents m’avaient donné à mes dix-sept ans. Déterré, c’est bien le terme. Car lorsque je l’ai eu en mains la première fois, j’ai fait une sorte de fracture d’identité et je suis partie en cacahuète. Fugue, abandon de l’école et dérives en tout genre…

J’ai mis du temps à m’en sortir. Mais quelque part, ce qui m’a empêchée de me perdre définitivement a été mon enfance ultra-heureuse. J’en ai toujours puisé une force, même, surtout, je dirais ! dans mes heures les plus noires, pour me relever, pour me battre, pour vivre. Le seul rocher indéboulonnable dans cet édifice sans fondations sur lequel je me réfugiais au moindre tremblement de terre.

Je me suis reprise en main et j’ai enfoui ce dossier, source de tous mes maux selon moi, au fin fond d’un carton et même s’il a suivi toutes mes pérégrinations depuis lors, je ne l’ai jamais rouvert. Jusqu’à ce jour devant la télé et cette stupide comédie musicale.

Tout ce que j’avais pu lire jusqu’à lors était une traduction sommaire du rapport de l’orphelinat et pas grand-chose sur mon abandon. J’ai alors traduit l’intégralité de mon dossier et fait quelques recherches en contactant certains organismes sur place.

Ainsi, j’ai découvert que ma mère biologique avait seize ans lorsqu’elle m’a eue et qu’une fille-mère dans ce pays rétrograde en matière de droits de la femme – qui l’est toujours, d’ailleurs – n’avait d’autre choix que de m’abandonner. Elle vivait dans les bidons-villes, près de la base militaire américaine. D’où ma peur des avions, peut-être. Et la cicatrice de brûlure sur mon épaule droite est le résultat d’un incendie qui était monnaie courante dans les bidons-villes où l’on s’éclairait à la bougie.

C’était certainement une prostituée et pas par choix. Je ne peux qu’imaginer sa détresse lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte de moi. Bref, je suis née dans une poubelle. Littéralement. Elle a accouché accroupie sur un tabouret. Cependant, elle ne s’est pas débarrassée de moi immédiatement, elle a essayé mais sans ressources, elle n’a pu faire autrement que de me donner à l’orphelinat lorsque j’ai eu un an.

Un autre facteur très important dans cette décision, c’est le fait que je n’étais pas une ‘pure race’. En effet, ce n’est pas très clair mais il est fait mention que j’ai dû avoir un géniteur aux origines occidentales pour moitié. Mes traits, en grandissant, l’ont confirmé. Peut-être la base militaire américaine à proximité ?…

Je n’ai jamais eu d’illusions, je ne me suis jamais dit que j’étais une princesse qui avait été enlevée à des parents aimants. D’être le bâtard non-désiré d’une jeune fille prostituée n’était pas pour autant ce à quoi je m’attendais mais cela ne m’a pas révulsée, bien au contraire, cela m’a apaisée et j’ai pu pardonner à cette femme qui n’a vraiment pas eu de chance et qui, d’une certaine façon, m’a sauvée.

Toute ma vie, j’ai fait ce rêve où cachée à l’orée d’un bois, je regarde la vie d’un petit village se dérouler en contrebas. Une femme s’en vient vers moi, je sais que c’est ma mère même si elle n’a pas de visage. J’ai envie de sortir du bois et de courir vers elle mais je ne peux pas, quelque chose me retient. Je ne fais que fixer son ventre vers lequel je tends les mains sans jamais pouvoir le toucher.

A la suite de ces révélations, j’ai refait ce rêve une seule fois. Et là, je suis sortie du bois, je suis allée vers elle et son visage est apparu. Un sourire heureux et triste à la fois, pas de larmes. Et j’ai enfin pu toucher son ventre.

Ça a été le déclic, il était temps pour moi de retourner au pays. Je suis allée directement à l’orphelinat qui n’en était plus un mais la chapelle baptiste dans laquelle j’avais été amenée était, elle, toujours là. Pour moi, c’était mon ombilic, mon point de départ.

Et seule pendant deux heures dans cette grande salle surannée au décor rococo, je lui ai parlé. Et j’ai pu faire la paix.

« … Me pardonnes-tu ma colère toutes ces années ? As-tu pensé à moi ? T’es-tu demandée si j’étais heureuse ?

J’ai grandi tant bien que mal avec ce trou immense dans mon cœur. Je n’étais qu’un fantôme de moi-même. Je tendais les doigts vers le miroir mais je ne me voyais pas. Je me suis construit une carapace à toute épreuve, tout en sachant que le danger viendrait de l’intérieur.

Peur d’imploser. Peur de lâcher la bride à mes émotions et qu’elles me submergent, peur de m’y noyer sans bouée de secours. La peur surtout d’aller jusqu’au bout de moi-même et de ne pas savoir en revenir. Peur de t’aimer, sans retenue et sans regret.

Aujourd’hui, je te pardonne. Car tu m’as sauvé la vie en me confiant à des gens qui m’ont aimée de toutes leurs forces. Alors du fond du cœur, merci… »

De ne pas faire de recherches plus poussées a souvent été mal interprété, notamment par d’autres adoptés qui pensaient que j’étais lâche. Eux qui n’avaient de cesse de retrouver leur famille biologique en mettant tous leurs problèmes existentiels sur le dos de leur abandon, ils avaient du mal à comprendre que je me suffise d’un simple retour au sol.

Je leur ai répondu que c’était ma quête à moi que personne n’avait le droit de juger. Je leur ai dit aussi que c’était peut-être eux les lâches, en ne prenant aucune responsabilité dans ce qui n’allait pas dans leur vie. Qu’un visa permanent n’était pas un passeport pour le bonheur pour autant.

Tous ces jugements à l’emporte-pièce, tout ce pathos, ces regards de chiens battus ont fini par me soûler et je me suis éloignée.

C’est un très beau pays qui mérite vraiment d’être découvert, touristiquement parlant. Je ne pourrais y vivre, c’est trop aux antipodes de ce que j’ai connu jusqu’à lors. Je ne me suis jamais sentie autre chose que Française. Bourguignonne-Normande, plus exactement. Une fille du terroir, du cru. C’est comme ça, la greffe a prise. Seul le Montana peut rivaliser dans mon cœur.

J’ai de plus un regard particulier sur l’adoption en général. Pendant longtemps, je disais que j’avais été choisie sur catalogue puis apportée par une grosse cigogne aux ailes de fer qui, de nos jours, aurait pu s’appeler Amazon. C’est à peu près ça dans les faits, mais comment faire autrement ?

Non, le plus gros reproche que je puisse faire, c’est aux destinataires du colis, ceux qui passent commande. Commander un enfant, avec peut-être tous les traumas qui l’accompagnent, ce n’est pas comme de commander un jeu-vidéo ou un lave-vaisselle : il n’y a pas de notice, pas de SAV et pas de bon de retour. Plus grave, il n’y a pas ou très peu d’enquête sur l’habilité psychologique à devenir parents.

Même pour faire un enfant naturel, je pense qu’il faudrait un permis, plutôt qu’un passe-droit.

Bref, moi j’ai eu une chance incroyable d’avoir été adoptée par des gens aimants car je me suis rendu-compte, au fil de mes rencontres dans cette association, que ce n’était pas la majorité ! Certains ont été carrément maltraités, abusés : comment peut-on faire cette démarche censée être remplie d’amour si l’on est plein de haine et de perversité ?

Je pense que les adoptants devraient passer des tests psychologiques plus poussés qu’un QCM d’une heure avec un psy d’opérette et une formation sur ce qui les attendra inévitablement, à savoir comment gérer et accompagner un enfant déraciné en quête de ses origines.

Certains de ces adoptants vont jusqu’à gommer complètement l’identité de l’enfant et lui cacher son dossier d’adoption, voire lui mentir sciemment. Ils lui martèlent qu’il n’a qu’un seul pays et qu’il doit être reconnaissant, que sans eux, il serait mort. Ils prennent toute question, tout embryon de recherche, ne serait-ce que de se rapprocher d’une association d’adoptés, comme une trahison suprême. Certains même vont jusqu’au chantage :

« Tu choisis : nous qui t’avons sauvé la vie ou eux qui t’ont jeté dans le caniveau ! »

L’adoption, pour moi, est tout sauf altruiste. C’est une démarche égocentrée et bien trop souvent inconsciente. Comme de faire un enfant naturel, d’ailleurs. On assouvit un désir biologique, on essaie de s’accomplir, de se dépasser mais très rarement, on se met à la place de l’enfant. Quelle déception, quelle cuisante défaite lorsque ce dernier avoue qu’il aurait préféré rester dans sa misère, si tel était sa destinée et que de changer le cours naturel des choses n’a fait de lui qu’une âme en peine, une coquille vide, un arbrisseau déraciné qui pourrit sur pied…

Là aussi, j’ai eu une sacrée chance d’avoir des parents qui m’ont accompagnée comme ils ont pu sans jamais me renier, même dans les pires moments de ma révolte. Ils ne comprenaient pas, comment auraient-ils pu, mais ils n’ont jamais cessé de m’aimer et de me souhaiter tout le bonheur possible.

C’est grâce à eux, à leur amour, que j’ai pu réchapper à tous ces tourments. Cela a toujours été très clair pour moi, je n’ai eu qu’une seule maman, qu’un seul papa, qu’un seul pays mais dans mon cas, personne ne m’a lavé le cerveau.

Je suis peut-être l’exception qui confirme la règle. Même si au fond de moi, je reste fataliste : si j’étais restée dans mon bidonville, je serai déjà morte certainement. Mais bon, sur les milliards que l’on est sur terre, cela s’appelle la sélection naturelle.

17.00. Il faudrait que je commence à ranger, à trier. Mais comme je sais que je vais y passer la nuit et que mon courage s’est carapaté en même temps que l’effet de l’ibuprofène de contrebande que ma belle-sœur m’a refilé, je remets ça à plus tard. En l’occurrence, à vendredi car demain je vais voir Maman à l’hôpital et faire l’état des lieux de sortie de mon garde-meubles.

23.00. Ça me fait bizarre de me traîner, mon somnifère avalé, du lit de ma mère réhabilité en banquette devant la télé jusque vers mon lit dans la chambre. Bien sûr, je ne manque pas de laisser mon deuxième tibia, le valide, sur un carton qui traîne dans le passage…

Ainsi, allongée dans le noir, les yeux grands ouverts, j’essaye de ressentir la présence de ma mère qui dormait, il n’y a pas si longtemps encore, à la place exacte où je suis. Mais je ne ressens rien. J’imagine que d’avoir évacué ses affaires y est pour quelque chose.

EMPATHIE vs SYMPATHIE

 

– Bonjour, j’ai des papiers à faire signer à ma mère, impôts et assurance, je peux la voir ?

  • Oui, on va vous équiper car il ne faut pas que vous lui ameniez des microbes.
  • Pas de problème ! Attendez… Oh mince ! J’ai oublié les papiers dans mon autre sac ! Je suis trop nulle !

Gros moment de solitude, hier après-midi.

Dimanche 31 mai 2020 – DECONFINEMENT J+21

Maman ne m’a pas reconnue, elle m’a prise pour un chirurgien avec ma blouse, mon masque et ma charlotte. Bref, elle ne se lave toujours pas, pas plus qu’elle ne change de linge, vu les deux pauvres culottes sales que je récupère, elle ne mange pas plus qu’avant, bref, elle est toujours aussi fatiguée et aussi déboussolée que lorsqu’elle est partie aux urgences il y a deux semaines.

Et cela devient de plus en dur pour moi de la voir comme ça. J’essaye de la convaincre qu’elle ira mieux bientôt et que le pire est derrière elle mais je m’aperçois qu’en fait, c’est moi que j‘essaye de convaincre. Alors, encore une fois, je ne fais pas de vieux os et je me sauve avec le mini sac de linge sale.

Je n’en reviens toujours pas pour ces papiers ! Avant de partir, je les ai bien glissés dans la poche arrière de la malle-cabine qui me sert de sac à mains mais en soulevant ce dernier, vu la trotte qui m’attendait, je l’ai troqué avec un petit sac à dos et bien sûr, j’ai oublié de reprendre ces satanés papiers.

J’étais perturbée. Sûrement. Depuis le matin quand j’ai reçu le texto de Nénette qui m’annonçait le décès de son beau-père. Connaissant l’affection qu’elle lui portait, cette nouvelle m’a frappée en plein cœur car je pouvais ressentir sa peine. A tel point que j’ai éclaté en sanglots. Et cette tristesse ne m’a pas quittée de la journée. Ma pauvre Nénette !

Du coup, je m’interroge : est-ce parce que le barrage a cédé dernièrement que je pleure désormais pour un oui ou pour un non ou est-ce mon don d’empathie qui s’amplifie ? On m’a dit dernièrement que j’avais certainement aussi le don de ‘sympathie’ car au-delà de ce que je ressens, je suis maintenant très affectée, comme si cela m’arrivait à moi… Avant, le malheur, la tristesse, la noirceur que je pouvais ressentir chez les gens ne m’atteignaient pas. En tout cas, pas comme ça.

C’est très étrange, dérangeant même et je me demande bien ce que je vais pouvoir faire de ce ‘don’ encore plus inutile que le premier.

14.30. J’ai enfin terminé le ménage sur Facebook. J’y ai passé la soirée d’hier soir et toute la matinée aujourd’hui. C’est pour moi que je l’ai fait car je me doute bien que les gens s’en foutent et ont autre chose à faire que de fouiller dans mon passé virtuel. Ainsi, j’ai quasiment effacé sept ans de photos et de vidéos qui ne voulaient plus rien dire.

J’ai désormais un profil narcissique comme tout le monde. Je me sens mieux, plus légère.

J’aurais peut-être dû opérer en plusieurs fois car cela m’aurait laissé le temps de faire autre chose, comme de commencer les cartons… Mais le Monk qui est en moi ne m’a pas lâchée d’une semelle et m’a littéralement vissée devant mon ordi pour terminer ce que j’avais commencé. Obsédée, incapable de passer à autre chose.

Et maintenant que la journée est bien entamée, une flemme énorme me tombe sur le paletot. Je regarde le pyjama que j’ai toujours sur le dos, les cartons encore pliés et les quelques babioles que j’ai commencé de rassembler, je tâte les muscles de mes jambes qui pâtissent encore de ma promenade à l’hôpital d’hier… Et je décrète que je serai mieux en croix devant la télé.

C’est calme, dehors. Pas comme hier. Avec la réouverture du parc, c’était la kermesse sous mes fenêtres : pique-niques dans l’herbe haute pas tondue, apéros sur les bancs, frisbees, foot, rodéos de mobylettes, voitures vitres ouvertes et musique à fond… Pauvres canards ! Fini le bon temps où vous aviez le parc pour vous tout seuls !

Mais j’y pense… la terrasse du restau en-dessous de chez moi va rouvrir bientôt ?! Et merde. Je n’y peux rien, ça finit de me saper le moral. Du coup, j’ai envie d’un bon gros bain moussant. Je crois que le dernier remonte à plus de quatre ans ! Et comme j’ai enlevé le siège de douche pivotant de ma mère qui mangeait toute la place dans la baignoire, je n’ai plus d’excuses.

Oui oui, demain, je ne fais que ça : les cartons.