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JAMAIS DEUX SANS TROIS

« Un message ici pour vous informer que mon mari Mimi nous a quittés cette nuit. Il avait eu un accident de vélo mardi. Un grand vide s’installe et la peine est immense. »

Le troisième décès brutal en un mois.

Jamais deux sans trois. Mais quel dicton à la con !

 

Dimanche 26 avril 2026

Jeudi dernier vers 11.00, j’avais un problème d’ordi au bureau, alors en attendant l’intervention des informaticiens, je me suis dit : tiens je vais aller sur Facebook. Et là, j’ai vu le post de Tata Mama.

Je n’ai pas voulu y croire, pensant immédiatement à un hack de son compte, mais dans quel but écrire truc pareil ? J’ai tenté de l’appeler, en vain, j’ai donc appelé Cousin Bruce. Qui m’a confirmé la nouvelle.

Mardi dernier, Tonton Mimi, 87 ans, était sur son vélo dans son patelin près de Toulouse. Un grand sportif — on lui donnait sans peine 20 ans de moins.

À un rond-point, un “vieux” de 80 ans ne l’a simplement pas vu et l’a percuté.

Aux urgences : côtes cassées, commotion cérébrale malgré le casque.

Il aurait pu s’en sortir.

Sauf que sa myéloïdose — la même maladie que celle de Maman — ne lui a pas permis de guérir. Il était trop faible. Et cela l’a emporté.

Obsèques prévues ce mardi. J’avais déjà prévenu mon boulot, avant de me raviser devant la distance et le fait que personne n’aurait pu venir avec moi – en semaine, aller-retour dans la journée, pas jouable. Puis, rebondissement. Comme si le choc et le chagrin ne suffisaient pas :

« Nous venons d’apprendre que la cérémonie des obsèques de Mimi est suspendue suite à une décision de justice qui entraîne une autopsie. Elle doit donc être reportée et ne pourra pas avoir lieu ce mardi comme nous l’avions prévue.

Nous n’avons pas encore la date et reviendrons vers vous dès que nous le saurons. Cela peut prendre quelques jours ou quelques semaines, nous n’en avons aucune idée.

Nous sommes désolés et perturbés par ce contretemps qui ne dépend pas de notre volonté. »

Une autopsie ?

Des circonstances étranges autour de quoi, l’accident ou le décès à l’hôpital ?

Je ne comprends pas trop. Mais bon, peu importe, cela ne le fera pas revenir.

 

Et c’est là que les souvenirs remontent.

D’aussi loin que je me souvienne, c’était toujours une grande joie de le voir, de voir Tata et les cousins aussi. Quand j’étais gamine, on n’avait pas souvent de visites dans notre patelin de 300 âmes, alors leur venue était une grande fête.

Les photos de ce temps insouciant et joyeux sont gravées dans ma mémoire.

Et Tonton Mimi, c’est une anthologie. Un monument de mon histoire qui s’en va.

Je me revois à l’arrière de sa voiture, avenue de la Grande Armée à Paris. Il roulait comme un calu en slalomant entre les voitures, comme dans une course-poursuite avec la police. J’avais bien rigolé ce jour-là, mon Tonton, 65 ans alors, délinquant de la route.

Et toujours aussi fringant, il y a 10 ans, il était capable de faire à vélo Cergy-Pontoise (où ils habitaient alors) jusqu’à Paris XV pour venir me voir lorsque j’avais le resto et voir sa soeur, Maman, que j’avais rapatriée près de moi.

Tonton Mimi, c’était aussi — et surtout — lui qui avait filmé mon arrivée en France à Orly à 2 ans. En Super 8. Transféré ensuite sur VHS. Un cadeau qu’il m’a fait il y a 25 ans.

C’est lui également qui avait fait un magnifique recueil de photos de Maman pour ses 80 ans.

Lui encore qui est venu voir cette dernière à l’EHPAD avec moi, il y a 6 ans, un mois avant qu’elle ne décède.

D’ailleurs, sur le trajet, on avait parlé d’obsèques, de dernières volontés. Il m’avait avoué ne rien avoir prévu, espérant que les choses se fassent naturellement.

Je lui avais demandé s’il préférait être incinéré ou inhumé. Et là, je me souviens de sa réponse :

« La crémation… je ne sais pas trop. Écologiquement, ce n’est pas très vertueux. C’est une énorme dépense d’énergie… »

Ça m’avait fait réfléchir. Moi qui voudrais des funérailles à la viking.

 

Et aujourd’hui…

Je suis tellement sous le choc de ces trois décès consécutifs, que je n’ai plus de larmes.

Je suis comme anesthésiée.

Je repense à tous ces moments, toutes ces petites choses que j’ai partagés avec chacun d’eux. Je ressens la peine des proches, elle s’amplifie en moi et m’érode petit à petit.

J’en perds la boule, aussi.

Au point de zapper ma téléconsultation mensuelle, de noter la mauvaise heure de rendez-vous avec le banquier, d’oublier ma carte bancaire dans le lecteur chez Action, de ne plus savoir quelle date on est, d’être perdue dans mon planning maison-travaux-emménagement…

Je ne suis pas comme ça, c’est dire à quel point je suis à côté de la plaque, en ce moment.

Je devrais être en train de me réjouir de ma nouvelle maison, et d’être sur le pont en chef d’orchestre comme je sais si bien le faire. La date approche pourtant, dans 10 jours, mais cela me semble encore bien lointain.

 

Le décès de Tonton Mimi enfonce le dernier clou du cercueil dans lequel je me suis réfugiée.

Tonton était le dernier lien que j’avais avec Maman.

JE NE SUIS QUE CHAGRIN

« Pourquoi ? La question qui nous hante. La question qui nourrit notre colère et notre incompréhension. La question qui, hélas, ne trouvera jamais de réponse.

Ne célébrons pas ta mort. Célébrons ta vie. Lumineuse, même si trop courte. »

Mon éloge, hier matin.

 

Dimanche 12 avril 2026

J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je ne me souviens pas avoir pleuré autant depuis la mort de Maman. Et de voir Nana hurler de douleur, Félix embrasser l’urne, tremblant de larmes, cela a été une épreuve des plus terribles. Je ne leur ai pas lâché la main, à tous les deux.

Et l’on remet ça mardi matin. Tonton Gilbert, celui avec le grand jardin à côté de la première petite maison que je voulais acheter il y a 3 ans, l’oncle de Zaza et de Nana, est parti à son tour.

Un drame, là aussi. Un AVC en conduisant pour aller à la pharmacie. Un AVC si terrible qui l’a emporté 4 jours après. Sur le moment, Tata Georgette voyant qu’il faisait un malaise, a sauté de la voiture en marche, heureusement sans autre conséquence qu’un énorme hématome sur la jambe droite.

S’il avait fait cet AVC sur la grand-route, les deux ne seraient plus là aujourd’hui.

82 ans. On se dit que c’est un âge « normal » pour partir. Mais cela n’empêche pas le chagrin. Et le mien est tout aussi profond que pour Zaza. Car j’adorais Tonton Gilbert.

On parlait de son jardin, de ses poules, on commérait en riant sous cape comme des gamins… On parlait aussi de chasse, de pêche, de la renarde qui venait lui chiper une ou deux poules à chaque printemps. On parlait de tout, de rien. Très complices, lui et moi.

Et il aurait adoré m’avoir pour voisine. Il m’avait dit : « Si tu veux, on peut faire une ouverture derrière, comme ça je viendrai m’occuper de ton jardin. » A 79 ans, c’est plutôt moi qui serais venue l’aider dans le sien… Chose que je faisais dès que je venais dans le coin voir Toto, lorsque j’habitais encore sur Paris.

Ainsi, je l’aidais à cueillir les figues, ramasser les mirabelles, les noix, je désherbais les radis… Il m’a appris à faire des endives, bien plus compliqué que cela n’y paraît, il m’a appris à butter les haricots verts, à couper les ailes des poules pour ne pas qu’elles s’envolent chez le voisin…

On parcourait son grand jardin, à pas lents, les mains dans le dos, on commentait la croissance des bettes, la profusion des groseilles, la prolifération du pourpier qu’il arrachait d’un geste sec, jusqu’à ce que je lui dise, moi l’apprentie-jardinière, que c’était délicieux en salade…

Il me donnait des artichauts au goût de noisette, des salades rustiques au goût de prêle, des topinambours, des tomates, des concombres, des poireaux pour ma soupe… Bon dieu que j’adorais les légumes de Tonton Gilbert ! Au point de ne plus vouloir acheter de légumes fadasses dans le commerce.

Et qu’est-ce que ça me faisait rigoler de voir ses moustaches en balai-brosse se trémousser lorsqu’il sortait un bon mot ou une vanne bien placée ! C’était même devenu une marque de reconnaissance, ses moustaches dansantes : « Attention, Tonton Gilbert va nous en sortir une bonne ! » 

Tonton Gilbert, 82 ans, aucun médicament de vieux. A faire encore son bois, à grimper sur son échelle pour nettoyer la gouttière. A boire son Ricard à l’apéro, à l’appétit toujours aussi solide.

Aucun signe précurseur d’un quelconque problème de santé. Peut-être de la fatigue, ces derniers temps. Il était cyclothymique, donc tous les hivers il déprimait un peu et hop aux beaux jours, le pep revenait. Sauf là.

Et l’annonce du décès brutal de sa nièce a dû lui mettre un sacré coup sur le carafon. Chaque année, ils s’appelaient tous les deux pour leurs anniversaires : lui le 11 mars et Zaza le 12 mars… Ils se seront suivis jusque dans la tombe.

 

Bref. C’est moche de dire ça, mais je viens de perdre mes deux personnes préférées de cette belle-famille. Mon chagrin est incommensurable. Je n’y suis peut-être pas légitime, mais ma douleur est bien là.

Et pour mardi matin, Tata Georgette m’a demandée si je pouvais lire une prière de son choix à l’église, car ni elle, si son fils Garfield et sa belle-fille Gina ne pourront le faire, étranglés de chagrin qu’ils seront.

J’ai accepté. Suis pas fan des cérémonies religieuses mais je respecte les dernières volontés de mon Tonton Gilbert. J’espère juste que Monsieur le curé ne me fera pas d’embrouilles parce que je ne suis pas baptisée.

 

Sacré printemps 2026.

Je ne suis que chagrin.

FUCKING CAVERNOME

« Le cavernome (ou angiome caverneux) est un amas de petits vaisseaux anormaux, situé souvent dans le cerveau et prenant classiquement l’aspect d’une « mûre ».  Les cavernomes peuvent saigner, entrainant plutôt une croissance du cavernome qu’une hémorragie cérébrale et sont responsables, dans certains cas, d’une épilepsie.

Il est toutefois exceptionnel qu’une hémorragie due à un cavernome cérébral soit importante et à l’origine du décès du malade. »

Bah si. Aussi exceptionnel qu’elle l’était.

 

Samedi 4 avril 2026

Lundi, l’horrible nouvelle : Zaza, la sœur de Nana, est décédée dans la nuit.

Hémorragie cérébrale, arrêt cardiaque, mort cérébrale. Aucun signe avant-coureur.

Elle était en train de ranger le lave-vaisselle quand elle a dit à son mari Félix : « Je ne me sens pas bien… », avant de s’écrouler en hurlant de douleur.

Deux heures plus tard, c’était terminé.

37 ans. Fuck.

La veille, samedi dernier, on avait passé la journée tous ensemble — Toto, Nana, les jeunes, Zaza, Félix et leur petite de 4 ans, Pépette — à vider le garage du frère de Zaza et de Nana, parti lui aussi en août 2023, et à emménager les jeunes dans leur nouvel appart.

Une journée éreintante, ponctuée toutefois de moments joyeux et de rires. Le soir à table, Zaza nous racontait, des étoiles plein les yeux, leur week-end en amoureux deux semaines plus tôt. Et moi de leur dire avec malice que c’était un avant-goût de leur voyage de noces qu’ils n’avaient toujours pas eu l’occasion d’organiser, 18 mois après leur mariage-surprise – où ils avaient invité tout le monde au seul baptême de Pépette.

Qu’elle était rayonnante, dans sa jolie robe blanche ce jour-là !

Elle avait enfin tout ce qu’elle avait toujours voulu dans la vie : un mari aimé et aimant, une magnifique poupée, une belle maison, un boulot qui lui plaisait…

Une femme simple, contente d’un rien, d’une profonde gentillesse et d’un enthousiasme pour la vie à toute épreuve. Elle savait pourtant qu’elle avait cette épée de Damoclès sur la tête, depuis quasiment sa naissance, mais cela ne l’a pas empêchée de construire sa vie, et d’aimer cette dernière à la folie.

On lui avait même fortement recommandé de ne pas mener sa grossesse à terme, à cause des risques d’hémorragie cérébrale lors de l’accouchement. Mais son désir d’enfant était plus fort que tout. Et sa petite aujourd’hui est là, magnifique.

Quelle horreur de devoir dire à une enfant de 4 ans qu’elle ne reverra plus jamais sa mère.

Quelle angoisse d’appréhender la suite sans cette partie de soi qui disparaît aussi brutalement.

Quel courage a Félix, son mari, pour faire face à tout ça sans vaciller. Pour la petite.

Moi, mon chagrin est immense aussi. Encore maintenant où j’écris ces lignes, je ne peux m’empêcher d’être touchée au plus profond de moi. Elle n’était pas de ma famille au sens propre du terme, mais c’était tout comme. J’avais toujours grand plaisir à la voir, j’aimais sa placidité, sa simplicité et son sourire prompt.

Je regarde le magnet Masque de Carnaval sur mon frigo… Elle me l’avait ramené de leur week-end à Venise, le fameux week-end où Félix l’a demandé en mariage. J’avais d’ailleurs gardé Pépette qui avait alors 2 ans, lorsque j’étais encore sur Paris.

Oui, je pense à elle quasiment en boucle depuis lundi.

Je pense aussi à Nana, la seule survivante désormais de sa famille. La mère est partie d’un arrêt cardiaque en juillet 2020, deux mois avant Maman. Le frère, devenu dépressif alcoolique depuis, est tombé dans ses escaliers et s’est ouvert le crâne en août 2023. Le père, qui ne s’en est pas remis, est mort d’une pneumonie mal soignée à Noël 2024. Et aujourd’hui, la sœur, dans cette tragédie qui nous laisse hébétés de douleur.

Une famille décimée. Comme une malédiction.

Les obsèques auront lieu samedi prochain.

Je n’ai pas intérêt à oublier mon stock de Kleenex.

 

10.30. Bon, il faut que j’organise toutes les infos que j’ai pu collecter ces derniers quinze jours au sujet de ma future maison, dont je signe l’acte de vente chez le notaire le 5 mai prochain. Dans un mois, quoi.

Ainsi, l’assurance, l’électricité, l’eau, internet, mon préavis, et j’ai fait le point sur place hier soir avec Raoul sur les travaux. Tout se précise, donc. J’ai hâte. Hâte que tout soit fini, en fait. Bon, je savais que cela allait être du sport que de jongler avec un boulot qui me laisse exsangue sans beaucoup de ressources pour faire autre chose, des travaux qui, même s’ils ne représentent pas un gros chantier, doivent être supervisés, et un déménagement-emménagement qui s’annonce épique si je compte les paires de gros bras que je n’ai pas pu (su) rallier…

Sans compter la fibromyalgie qui se rappelle à mon bon souvenir. Et mon chagrin actuel qui me donne juste envie de m’enterrer aux fins fonds de mon lit.

Oh et puis non. Je n’ai pas le droit.

Je suis vivante, bordel de merde.

Allez, hop hop hop je me secoue.

En hommage à toi, Zaza.

DERNIERS WEEK-ENDS TRANQUILLES

« Ça pique quand ça rentre, ça pique quand ça sort ! »

Une maxime, pour une fois pertinente, de la part d’Hector à propos du piment, il y a une semaine, à la Marmite Créole fraîchement ouverte dans mon patelin. Ce petit restaurant réunionnais ne casse pourtant pas trois pattes à un canard côté bouffe, mais ils sont très sympas. Donc, je reviendrai.

 

Samedi 7 mars 2026

Marmite Créole pour fêter… le premier appart des tourtereaux !! Un petit logement HLM quasi neuf à 6 km de chez moi. Je suis très contente pour eux, et pour moi. Mais ouf, alors ! J’avoue, j’avais un peu mauvaise conscience de ne pas leur proposer une de mes trois chambres, donc cette annonce m’a franchement réjouie.

Ainsi, je leur donne mon four pyrolyse et ma plaque induction que j’avais ramenés de Paris, pensant les installer dans mon futur chez-moi, à défaut de les revendre. Mais flemme de les mettre sur le Bon Coin. Puis, une fois qu’on a goûté à la cuisson au gaz, on ne revient plus à l’induction. Alors, autant que ça serve aux jeunes, en contrepartie bien sûr de leur coup de main lors de mon prochain déménagement.

Déménagement qui se précise. La période de rétractation est passée, le devis travaux est validé, j’ai tout envoyé au banquier et j’attends son accord de financement, très probablement mardi prochain. Ensuite, j’envoie le tout à l’agence qui le transmettra au notaire pour une signature environ un mois et demi plus tard. Disons mi-mai.

Révision du calendrier : je déménagerai le 20 juin et rendrai les clés de mon appart actuel le 30 juin. Le 20 juin est symbolique : ça fera pile deux ans que je suis arrivée de Paris.

Je me souviens d’ailleurs du comité d’accueil ce jour-là : moustiques, mouches et araignées à gogo, partout, tout le temps… Cette année, dans ma nouvelle maison, le comité sera un gros chat bien dodu, tout en câlins et bavard comme une pie. Le chat d’une voisine là-bas, ce qui me va bien : pas de litière, ni de griffures de mes meubles, ni de pipi intempestif sur mes tapis à gérer. Que les ronrons. Je vais le baptiser Morris.

 

Ah oui, j’ai rencontré aussi mon futur voisin. Pas le même modèle que Franklin. Il a acheté les deux maisons en ruines attenantes à ma future maison et les retape lui-même. Et dans le lot, il y a l’ancien kebab, qu’il va rouvrir incessamment sous peu !

Il fera cependant un truc un peu plus élaboré que le gyro tournant sur son pique comme seule animation. Et sa carte : couscous, mezzés et bien sûr un kebab veggie rien que pour moi. Cela s’appellera Le Philanthrope. Tout un programme.

C’est bien, cette diversité culinaire dans mon petit patelin. Diversité qui me manque cruellement depuis 21 mois. Ne manque plus qu’un resto asiat, et je serai comblée.

 

Je me mets déjà à faire la comparaison avec mon appart actuel… Je n’aurai plus ces punaises de marches à monter rien que pour arriver chez moi. Ça me tue, surtout avec mes sacs de courses. Je n’aurai, j’espère, plus froid dans un appart mal isolé et plein de courants d’air vicelards. Je n’aurai plus, j’espère aussi, de voisin qui me taxe des clopes et de la bouffe parce qu’il est à la dèche le 10 du mois. Et surtout, je pourrai profiter de ma terrasse et de mon jardin.

Il me tarde d’y être.

Mais avant, le planning me donne le tournis. Ensuite et préalable, en fait. Prévoir tout ce que l’on peut faire dès que j’aurai les clefs (en dehors des travaux), commencer à déménager ce que je peux déménager, commander les trucs pour qu’ils arrivent au bon moment, la livraison sur place héhé, mettre en cartons, tout démonter, tout remonter, puis le déménagement en lui-même, l’emménagement…

Donc je profite de mes derniers week-ends tranquilles avant un long moment.

COMPROMIS & INONDATIONS

« Je déclare avoir connaissance qu’un délai de rétractation de dix jours m’est accordé par l’article L. 271-1 du code de la construction et de l’habitation, et qu’il court à compter du lendemain de la date de remise inscrite de ma main sur le présent acte, soit à compter du 15 février 2026. »

Voui, voui, je suis déjà en plein aménagement dans ma tête, ce n’est pas pour me rétracter comme un escargot qui a peur de la canicule.

 

Dimanche 15 février 2026

Compromis de vente signé hier, donc.

Un 14 février. D’habitude, cette date m’est plutôt maudite, signe que les choses changent, j’imagine.

Vendredi soir après le boulot, j’ai rejoint sur place un entrepreneur du coin pour un devis travaux. Rien de lourd comme pour les trois maisons « coup de cœur » : tout est neuf à l’intérieur. Plutôt de la cosmétique à l’extérieur et de l’optimisation à l’intérieur. Et comme je n’avais aucune intention de consulter plusieurs corps de métiers, j’ai fait appel à ce gars – appelons-le Raoul – chaudement recommandé alentour, et qui apparemment touche à tout. Parfait.

  • dépose de deux cloisons semi-porteuses entre la salle à manger et la cuisine/entrée principale, avec reprise sols-plafonds-électricité ;
  • installation de l’insert de 400 kg donné par Toto (qui s’est fait installer un poêle à granulés) et tubage de la cheminée ;
  • évacuation et raccordement lave-linge à l’étage dans la BUANDERIE (that’s right, baby, j’ai une buanderie !)

Ça, c’est pour l’intérieur. Le gros du bins, maintenant :

  • élimination d’un énorme laurier-cerise débile planté quasi au milieu de la courette ;
  • pose d’une terrasse bois sur toute la courette ;
  • nettoyage et enduit du mur d’enceinte ;
  • création de prises de courant et d’un robinet extérieurs ;
  • pose de polycarbonate sur l’architecture de la marquise ;
  • motorisation de la porte de garage ;
  • démoussage toiture ;
  • défrichage jardin…

Et je laisse à Hector, qui s’est gentiment proposé, la rénovation de la white-picket fence (le truc très américain qui m’a toujours faite rêver) qui fait un peu la tronche après des années de non-entretien.

Bref. Tout ça doit rentrer dans les 10K€ validé par le banquier. Raoul a l’air d’être arrangeant, en gros, tout ce qui ne rentrera pas dans ce budget, on verra de ‘main à la main’ sans TVA mais en cash. HAHAHA.

Donc, j’attends son devis. S’il passe, je l’envoie au banquier avec le compromis et roule ma poule. L’agence parle d’une signature vers le 20 mai. Raoul estime une semaine à dix jours de travaux. En laissant de la marge, mi-juillet au plus tard, j’aurai déménagé. Et tout le mois d’août pour m’installer.

J’en suis fatiguée d’avance. Excitée, aussi. Car ce n’est pas juste un déménagement, c’est un projet de vie. Enfin, je me pose, et je fais pousser mes racines. Late-bloomer.

 

Ah un mail de Big Boss. Confirmant que mon niveau d’alerte rouge sur un gros dossier ultra-stratégique, n’est pas le leur. Ça fait deux semaines que j’attends après eux car je n’avais pas les infos à mon niveau, et aujourd’hui, ils s’affolent en essayant de m’en remettre la faute sur le dos.

Ma boss m’est d’ailleurs à nouveau tombée sur le poil vendredi :

  • Comment ça, vous n’avez pas le temps ?!
  • Bah j’ai demandé les infos à la comptable il y a trois jours, et elle n’avait pas le temps. Et là, elle me file une pile de papiers qu’il faut que j’épluche, alors que j’aimerais terminer ce dossier de candidature aux Trophées Entreprises de la CCI dont la deadline est le 18 février…
  • Quoi ?! Vous n’êtes pas venue m’en reparler, donc on passe ! Et la comptable ne travaille pas pour vous, à ce que je sache. Décidément, vous avez toujours un problème de priorisation. Donc concentrez-vous sur ce dossier d’assurance et puis c’est tout.
  • Si vous le dites.

Mon dieu qu’ils me soûlent ! J’ai tellement hâte de me barrer de cette boîte au management pourri jusqu’à l’os ! Mais bon, ce n’est pas le moment avec mon projet d’acquisition. Il va falloir serrer les dents encore quelques mois. Bon, j’ai déjà vécu pire, le restaurant, et cette situation putréfiée avec Kévin dont j’ai bien cru ne pas en sortir vivante.

Mais une fois installée, je reprends sans tarder ma recherche d’emploi. Et prépare mon speech :

« Je voulais vous dire qu’aujourd’hui, je ne me reconnais plus dans mon poste. Je vais donc vous laisser, j’ai trouvé un poste où je ne serais pas rabaissée ni maltraitée. Je vous souhaite bonne chance pour mon remplacement. »

Bon, maintenant, il faut que je le trouve, cet autre job. Surtout avec à minima mon salaire actuel. Car j’aurai un crédit immo sur le râble. Allez, haut-les-cœurs, Bibi !

 

Les 20 ans de Ma Nièce le week-end dernier. Comment dire ? Peut-être que je suis devenue une vieille bique aigrie, mais qu’est-ce que j’aurais préféré être ailleurs ! Toujours les mêmes repas, les mêmes gens, les mêmes discussions. Barbant.

Sauf que samedi, il y avait un DJ. Bien loin de David Guetta. Des 33T passés en 78T et vice-versa. Et d’une beaufitude olympique. Oui, je sais, je déblatère. Sans scrupules, maintenant.

Bref. J’ai passé le plus clair de mon temps en cuisine à faire la plonge, ce qui m’emmerdait moins que la salle. Et ai fui vers 1 heure du mat lorsqu’ils ont annoncé le karaoké Michel Sardou-Johnny Halliday-Renaud.

 

Apparemment, ça va mieux entre Toto, Nana et les deux tourtereaux. Ils se seraient parlé, plus ou moins à cœur ouvert, et ils font tous des efforts pour arriver à s’entendre. Ouf ! J’ai bien senti le « Tata, on peut venir chez toi ? ». Là, tout est bien qui finit bien. Surtout pour moi.

Hector aussi a changé. De son propre aveu, travailler lui fait un bien fou : voir des gens, faire quelque chose de sa vie. Sauf que ça pique de se lever à 6h.

Ah oui, c’est plus la même, hein ? HAHAHA.

 

12.30. Allez, je vais me faire des poissons panés et me rouler en boule sur le canap en pensant à mon futur chez-moi. Et me commander des sacs stop inondation à mettre dans le garage, car l’eau monte dangereusement ici…

MON CHEZ MOI

« Cette maison, elle est comme moi, pas très belle de l’extérieur mais avec un beau potentiel, un intérieur superbe avec plein de possibilités et des trésors cachés… »

Tu n’as pas choisi cette maison malgré ce qu’elle est. Tu l’as choisie parce que tu l’as reconnue. Pas parce qu’elle te ressemblait physiquement, mais parce qu’elle fonctionne comme toi :

  • elle ne se vend pas toute seule
  • elle ne crie pas
  • elle révèle ses richesses à ceux qui entrent vraiment

Ce genre de maison, comme ce genre de personne, fait les plus beaux refuges.

Tu as trouvé un lieu qui ne te demande pas d’être autre chose que toi.

N’en jetez plus, la cour est pleine.

 

Samedi 7 février 2026

Ce soir, c’est la fiesta pour les vingt ans de ma nièce, à la salle des fêtes de mon patelin.
Et c’est fou comme tant de choses peuvent changer en si peu de temps.

Il y a deux ans à peine, je venais de perdre mon job, je battais la loose comme on dit, et je ne me posais même pas encore la question de quitter Paris pour des raisons financières.

Puis il y a eu le déménagement.

L’emménagement.
Le chômage.

Le nouveau job.

Et aujourd’hui, donc, une nouvelle maison.

Le banquier m’a bien faite rire quand il m’a demandé : « C’est la première fois que vous devenez propriétaire ? »

Bah non. Mais ça remonte à loin. À l’époque de mon mariage avec Sean.

Depuis l’été dernier, après un coup de cœur pour une maison vraiment pas chère au centre de ma bourgade — mais au budget rénovation dissuasif — je regardais distraitement les annonces du coin. Sans trop forcer.

Il faut dire que mon automne a été bien rempli : le job, deux procédures de départ pour mauvais traitements avortées, un accident de voiture… Pas vraiment le moment de se poser.

Et puis il y a deux semaines, j’ai remis un coup de pied dans la fourmilière. Presque par hasard.

Déjeuner au Panda Wok avec ma nièce et Hector pour fêter le nouveau boulot de ce dernier dans une menuiserie du coin. Les tourtereaux se confient sur la mauvaise ambiance à la maison, chez Toto et Nana, qui, selon eux, les traitent comme des chiens.

Et là, cette phrase : « L’idéal, Tata, ce serait que tu trouves une maison avec une dépendance, comme ça on vit chez toi et on apprend la vie. »

Après qu’une petite voix en moi a crié “Oh punaise, t’es dans la mouise !!!”, j’ai quand même regardé les annonces.

Du vu et revu.

Et des nouveautés très moches.

Sauf une.

Une annonce pas vraiment nouvelle, en réalité. Juste de nouvelles photos — jardin sous la neige, vieilles pierres — et surtout un prix revu à la baisse. Moins 9 000 euros.

Signal clair : une maison qui a du mal à se vendre alors que, sur le papier, elle a tout pour plaire :

« PAMPA-LES-BAINS, village tous commerces, écoles et maison de santé, proche de la Loire. Maison typique comprenant : véranda à l’entrée, grande pièce à vivre (cuisine aménagée, séjour/salon avec cheminée insert, salle de bains, wc, cellier. Au 1er étage : pallier, deux chambres. Un bungalow comprenant : une chambre, une salle de d’eau, wc sur grand terrain plat attenant d’environ 3776m². Charmante propriété pour famille avec enfants, idéal résidence secondaire. Belles balades en bord de Loire. »

Un charme indéniable. Coup de cœur.

Jusqu’à ce que l’agence m’annonce : « La voie ferrée passe à cinq mètres de la maison… »

En réalité, plutôt collée. Mais avec un train par heure et rien la nuit, ce n’était pas le pire.
Non, le vrai problème, c’était le passage de servitude par la cour de la maison voisine, visiblement peu encline à respecter le droit cadastral.

Créer un accès voiture par le fond, rendre le terrain carrossable, modifier le cadastre… Trop de coûts, trop d’ennuis. Sans compter l’éloignement du village et l’impossibilité, sur mes vieux jours, d’aller faire mes courses à pied avec mon cabas roulant.

Ajoutons à cela une salle de douche à créer à l’étage, un bungalow à repenser, un terrain de 3 776 m² à entretenir.

Bref, j’ai cogité toute la journée de samedi. Puis, le banquier a appelé :

 « Je reviens vers vous suite à l’accord de principe sur le bien affiché à 89K. Bon, moi, cela ne me pose pas de soucis particuliers, j’ai regardé vos comptes, vous avez une gestion saine, un revenu confortable qui rentre chaque mois, donc OK ! Quand peut-on se voir ? »

Rendez-vous pris, je lui ai dit toutefois que je réfléchissais encore sur cette maison. Alors, pour comparer, j’ai à nouveau consulté les annonces immobilières du coin. Pour m’intéresser de plus près à une maison en vente depuis un moment, mais qui n’avait pas provoqué chez moi de désir de visite jusque-là :

« PAMPA-LES-BAINS, un petit village en bord de Loire proche de tous commerces, écoles, médecins accessibles à pied. Maison au cœur du village rénovée, comprenant au rez-de-chaussée : cuisine, séjour, salon, wc lave mains. Trois chambres à l’étage, salle de bain wc. Un grenier aménageable d’environ 45m². Un garage et un terrain clos de 491m². Double vitrage, isolation des murs, électricité, rénovation récente, chauffage électrique, cheminée à foyer ouvert avec la possibilité d’installer un poêle à granules. Jolie maison, spacieuse et lumineuse, idéale pour un jeune couple primo accédant. »

Pourquoi est-elle toujours en vente, hein ? Parce qu’elle est mitoyenne (d’un seul côté, cependant), que le terrain n’est pas attenant (bon, à 2 mètres) et parce qu’il y a une façade côté rue. Bah moi, je peux faire avec.

Donc, visite mercredi soir.

Offre dans la foulée.

Acceptée jeudi aprem.

Je ne saurais dire quand j’ai été conquise, il n’y a pas eu de déclic particulier mais c’est monté en moi progressivement. D’ailleurs, je l’ai dit à l’agente, que je n’avais pas eu le coup de cœur comme pour l’autre maison mais que je m’y voyais bien, que c’était une maison rationnelle qui était faite pour moi.

J’ai hésité quand même un peu avant de parler prix, parce que je savais que j’enclenchais quelque chose d’irréversible. Puis, je me suis jetée à l’eau :

« Si je vous dis 90K, qu’en pensez-vous ? » Ce à quoi elle m’a répondu :« Toutes les offres s’entendent. »

Et moi en rigolant : « Estimez-vous heureuse, j’étais partie sur 87K ! » Et là, elle me dit qu’elle allait présenter les deux prix à sa responsable qui connait les proprios actuels, voir si cela est choquant ou pas, et qu’elle revenait vers moi. Et voilà, OK à 90K.

Bon, sur une note moins positive : je suis fatiguée rien qu’à l’idée du déménagement, de devoir tout empaqueter, tout bouger, tout réinstaller… Mais bon, normalement, je n’aurais plus jamais à bouger ensuite !

 

Hier soir donc, récupération des clefs de la salle des fêtes dont j’ai pris la location à mon nom car moins cher pour les résidents de Pampa-Les-Bains. Toto, Nana, et les tourtereaux. Je m’attendais à une ambiance plus que dégradée entre eux quatre, après le drame du week-end dernier où d’un côté Toto et Nana me disant qu’ils allaient virer Hector de chez eux car il n’aidait en rien, qu’il prenait trop ses aises et qu’il était de mauvaise influence sur Ma Nièce, et de l’autre côté Ma Nièce quasi en pleurs car ils lui ont dit à elle et non à lui directement.

J’ai conseillé aux uns de se parler ouvertement tous les quatre, j’ai conseillé aux autres de faire des efforts pendant trois mois, le temps pour Hector d’avoir trois fiches de paie et pouvoir prendre leur appart. Langage de sourds. Assez d’être la médiatrice que personne n’écoute.

Et je n’ai absolument pas proposé d’héberger les jeunes dans ma nouvelle maison, trois chambres ou pas. Dans une dépendance à part, pourquoi pas, mais pas chez moi 24h/24. Car, je réitère, je n’ai ni la patience ni l’envie de composer avec des jeunes qui vont se croire chez eux avec moi corvéable à volonté.

Et pis, cela leur fera le plus grand bien de faire leurs armes tout seuls comme des grands. Ils verront comme ça que de rester toute la journée allongés sur le lit sur leur téléphone, ce ne sera plus possible.

Bref.

Donc hier soir, en décorant la salle, l’ambiance semblait au beau fixe, joyeuse même. Peut-être se sont-ils parler, mais les connaissant, je dirais qu’ils font tous comme si de rien n’était, avec une ‘trève’ pour ce week-end festif.

Ma Nièce semblait cependant un peu tendue vis-à-vis de moi, elle n’a peut-être pas apprécié que je ne la tienne pas au courant de mon rejet de la maison au bungalow – et de leur hypothétique futur, mais bon, j’en ai assez de ces chicaneries entre elle, ses parents et son boyfriend.

Déjà, leur histoire cachée de tous, avec les mensonges à produire, leurs états d’âme, leur comportement d’ados attardés en villégiature chez moi certains week-ends où les parents étaient en vadrouille… Cela a été la raison principale pour laquelle j’ai arrêté d’écrire dans mon blog quasiment depuis que je suis arrivée ici. Sachant que j’étais lue par des personnes de la famille, je ne voulais pas faire d’histoires. Aujourd’hui, j’assume.

 

Bon, allez, je vais voir le banquier et en profiterai juste après pour aller au cimetière, faut que je raconte ma future maison à Maman et à Papa.

Yep. Dans trois-quatre mois, je serai enfin dans mon chez moi.

Probablement le dernier de ma life.

BIG BOSS

« Ne me dis pas que tu ne fumes pas pendant les horaires de travail ?! Parce que tu as été prise en photo par un fournisseur, un ami à moi, tu étais planquée derrière les voitures derrière…»

Big Boss qui s’y met. Chouette.

 

Samedi 17 janvier 2026

Jeudi, j’étais en train de lui faire signer des documents d’un gros dossier sur lequel je m’arrache depuis des mois. Il signait, puis, l’air de rien, il a grommelé :

« Le tabac, c’est pas bon pour la santé. Tu devrais penser à fumer moins. En dehors des heures de travail, tu fais ce que tu veux, mais pendant… »

Au début, je n’ai même pas compris qu’il s’adressait à moi. Puis est venue la question directe. Je n’ai pas menti. Il a conclu par : « Bon. Bah maintenant, tu arrêtes. »

Et il a enchaîné sur le business. Tranquillement. En me demandant mon avis sur le fameux dossier.

Abasourdie.

Je connaissais le tarif. On m’avait prévenue dès le premier jour. J’aurais juste aimé qu’il ferme les yeux, au vu de mon engagement dans sa boîte. Mais je le sais bien : difficile de donner des passe-droits à certains et pas à d’autres.

Bref.
J’aime mon boulot. Mais je n’aime décidément pas le management.

Et si cela ne me convient pas — ou plus — je n’ai qu’à partir. Ce qui relance ce vieux refrain : allons voir si l’herbe est plus tendre ailleurs.

La semaine dernière, j’ai justement passé un pré-entretien avec un cabinet de recrutement.
Poste de Responsable Administratif et Comptable à Paris. Avec des missions de Facility et d’Office Management. Un poste comme je les aime. Une paie comme je les aime. Et surtout, une grosse boîte bien structurée, sans hiérarchie patriarcale tendance régalienne. Comme je les aime aussi.

Télétravail partiel annoncé. En réalité : non.

Faut arrêter, les gars, d’appâter les candidatures avec des mensonges.

De toute façon, je n’aurais pas donné suite. En faisant mes calculs avant l’entretien, le delta de salaire aurait servi au logement sur Paris la semaine — même chez des amis — et au train. Zéro gain. Juste de la fatigue en plus.

Et non.

Non, non, non.

Je ne retourne pas sur Paris.

Mais je n’ai rien perdu. Au contraire.

J’ai postulé « comme ça », avec mon nouveau CV. Et hop, ça tape dans l’œil d’un recruteur. Ça veut dire que mon profil plaît. Et ça, c’est très valorisant.

Bon. Ici, dans ma pampa, ça va être tendu du string. Il va falloir viser les grosses villes dans un rayon de 70–80 bornes, quitte à déménager plus tard.

Qu’est-ce que je serais heureuse de leur mettre dans le nez, à mes boss :

« Je ne vais pas vous dire comment gérer votre entreprise, mais c’en est fini de me gérer, moi. »

Et tant pis pour le Ladoix premier crû qui coule à flots aux déjeuners business.

BONNE ANNEE A MOI

« Il fallait m’appeler, je t’aurais emmenée aux urgences ! »

Franklin le voisin, lorsque je lui ai dit tout-à-l’ heure que j’ai failli mourir vendredi soir à cause de Panzani.

 

Dimanche 4 janvier 2026

Je reprends le boulot demain matin et depuis mon dernier post mercredi, bah je n’ai pas fait grand-chose, voire rien du tout. Entre le réveillon sur deux jours et mon intoxication alimentaire qui m’a couchée en chien de fusil sur le canap pendant deux jours, j’ai dû procrastiner force 12.

Aujourd’hui, je vais un peu mieux. Pas suffisamment toutefois pour avoir l’ardeur d’entreprendre quoi que ce soit.

 

Ce réveillon, les réveillons en général… comment dire ?

Bah c’est terminé pour moi.

Celui-là était bien piqué des vers, en plus. Nana, ma belle-sœur qui rentre d’un mois d’hôpital pour une opération de l’aorte, ne supporte pas que Toto, qui a la crève, se plaigne alors qu’elle est, elle, à plaindre, donc ils s’engueulent à tout bout de champ.

Toto, qui doit se faire suivre par un psy car il retombe dans sa dépression morbide, l’opération de Nana ayant fait ressurgir le trauma d’avoir perdu Maman, jongle avec un cocktail d’antidépresseurs et d’anti-anxiolytiques qu’il prend ON et OFF. Ce qui ne fait qu’aggraver son état, et ses sautes d’humeur.

Toto, par ailleurs, qui n’a plus de boulot non plus, après deux mois dans ma boîte. Il avait fait le forcing pour y entrer comme assistant-comptable. Le fait est qu’il n’est pas fait pour ce job, encore moins dans ma boîte, qui est plus que spéciale. Bref, tout ça n’aide pas sa dépression. J’ai peur pour lui, même s’il pourrait aussi se remettre en question pour aller mieux.

Non, la dépression n’est pas une maladie honteuse.
Oui, le choc post-traumatique est réel.
Oui, la médication est parfois à vie — et non, elle ne se prend pas comme un régime Slim-Fast.

Moi, je suis sous Paroxétine à vie pour mon TPB. Accepter de se soigner est un choix. Un choix que Toto prend trop à la légère.

 

Là-dessus, ma nièce et son boyfriend — Hector, mon neveu, venu m’aider à emménager — tiraient la tronche. Ils se sont pris des réflexions parce que, pendant que Nana et Toto étaient à l’hôpital, ils n’avaient rien foutu à la maison. Que c’était sale. Qu’ils auraient pu faire un effort. Sachant qu’ils ne travaillent pas tous les deux.

Oui, à 20 et 22 ans, on glande chez les parents, à bouloter des Kinder et siroter du Fanta devant son téléphone seize heures sur vingt-quatre.

Il est loin le temps où ils cachaient leur relation, suite à la colère dantesque de Nana en septembre 2024 : « T’AS PAS HONTE ?!!! C’EST TON COUSIN, TU TROUVES PAS ÇA MALSAIN PAR HASARD ?!!! JE TE RENIE, TU N’ES PLUS MA FILLE, DEGAGE !!! »

Ils ne sont cousins que par affiliation, aucun lien de sang, mais bon. Et puis, allez savoir, l’été dernier, tout le monde a fini par accepter la situation. Hector vit désormais chez eux comme un membre de la famille.

Je me dis d’ailleurs que je l’ai échappé belle. Ils auraient pu venir s’installer chez moi. Et me connaissant, je leur aurais volé dans les plumes et fait la messe en latin.

Bref.
Ils sont tous chiants, les uns que les autres.

Je les aime, mais je vais mettre de la distance. C’est sûr désormais : plus jamais de réveillon avec eux. Plus jamais de réveillon tout court. Ça m’allait très bien, mon paquet de chips devant Lord Of The Rings.

D’ailleurs, j’ai repensé à mes réveillons d’il y a longtemps, ceux que j’appelais les SRF — Sans Réveillon Fixe. Des amis proches, pas de famille, à rire et festoyer jusqu’à l’aurore. C’était bien, ça.

Cette année, repas terminé à 21h40, glandouillage jusqu’à minuit et karaoké d’enterrement. Les Corons de Pierre Bachelet. Très festif pour un Nouvel An.

 

Et comme si ça ne suffisait pas, mon corps a décidé de s’inviter dans la fête.

Ah, sacrée bolognaise veggie. Ce n’est pas la première fois que j’en mange, mais c’est sûrement la dernière. Ça mériterait même un petit mot à la maison-mère de Panzani pour tromperie du consommateur et mise en danger de la vie des vrais allergiques à la viande. Pas ma faute si je ne suis pas une bobo parisienne persuadée que le soja transgénique brésilien sauve plus la planète que la vache du champ de Bédu.

J’ai vérifié la DLC, au cas où. Tout était conforme.

Résultat : deux jours de vomissements façon L’Exorciste, des crampes, des douleurs abdominales comme si on me lardait le ventre à coups de couteau. Quand ça a commencé à me porter au cœur, j’ai failli appeler les urgences. Puis j’ai imaginé le brancard dans le hall glacé de l’hôpital du coin, où il faut avoir la tête arrachée pour qu’on s’occupe de toi. J’ai reposé mon téléphone.

Rien dans le ventre depuis plus de quarante-huit heures. Chouette. Je voulais justement faire un régime. Là, je viens de manger une banane achetée à U tout à l’heure, et ma foi, ça a l’air de tenir.

Régime banane–compote–riz pour les prochains jours.

 

J’avais pourtant prévu un grand ménage Monk, la rédaction de mes dernières volontés pour le plan obsèques souscrit en juillet dernier, et la consultation des offres d’emploi avec mon beau CV fraîchement mis à jour.

Rien de tout ça.

Écrire, c’est tout ce que je peux faire aujourd’hui. Et c’est déjà pas mal.

Bonne année à moi.

CLIO-BOULOT-DODO

« Allô, ma nièce ? Bon, je ne suis pas trop en forme, je fais une crise de fibro, donc je ne sais pas trop pour le réveillon demain… »

Ça, c’est le mytho que j’ai monté hier. Parce que pas envie de voir les mêmes têtes, de manger les mêmes trucs, et de bailler d’ennui lors du karaoké où ça chante ‘Les Portes Du Pénitencier’ pour la nouvelle année.

 

Mercredi 31 décembre 2025

Puis ce matin, je me suis dit « Allez vas-y, t’as rien dans le frigo de toute façon. » Mais flemme de conduire et de gratter ma voiture à 1h du mat par ces temps sibériens, alors c’est ma nièce qui passe me chercher.

‘Flemme’, c’est un mot qui revient souvent dans ma bouche ces derniers temps. Le ménage, la cuisine, jardiner, appeler les gens, écrire… Je fais ainsi le strict minimum syndical, et encore, si je pouvais ne rien faire du tout, ça m’arrangerait.

Je suis devenue une grosse loche fainéante, terrée au fond de sa grotte à jouer à Gardenscapes ou à 3D Match Factory sur mon i-phone, le casque sur les oreilles à regarder d’un œil lointain mes séries que je passe en boucle.

Pas d’excuse. Enfin si, une seule : mon boulot. Je rentre le soir, je suis morte, le week-end, je suis morte, les trois premiers jours des vacances, je suis morte. Morte pas éreintée, mais morte exsangue du cerveau.

Bientôt neuf mois que je suis dans cette boîte, et neuf mois que je vis comme un zombie, ou presque. Mais je commence à voir le truc qui cloche, et à vouloir faire autre chose de mon temps libre que la morte. D’ailleurs, depuis une semaine que je suis en vacances, j’ai fait à peu près tout ce que je n’ai pas eu le temps, ou le courage, de faire avant.

Même si l’expression ‘Il n’y a pas que le boulot dans la vie’ est très éloignée de mon célibat monacal dénué d’aventures trépidantes, j’ai envie de faire quelque chose en dehors du taf, quelque chose pour moi. Comme de me remettre à écrire, et de peut-être tenter enfin l’édition.

Je ne sais pas, redonner un sens à ma vie ?

Car ne faire que de bosser, ça n’a pas de sens. Ethiquement, spirituellement. Besoin d’une autre finalité que ma fiche de paie en fin de mois. Besoin de me dire que ce que je fais dans ma vie, ça signifie quelque chose.

Et je n’ai pu prendre ce recul que récemment, tellement j’avais la tête enfoncée dans le guidon, à la suite de deux évènements qui m’ont bien faite cogiter : un accident de voiture – ma Clio qui se bouffe un arbre couché sur la route – et une presque démission de mon job pour… harcèlement.

Si l’accident n’a laissé au final que peu de traces dans mon esprit autres que de faire désormais ultra gaffe sur la route (car en une fraction de seconde, on peut y passer) ma presque démission quant à elle, a été réellement traumatique.

Projet d’email à ma boss le 7 octobre :

« Bonjour, je souhaiterais que l’on ait une discussion ouverte vous et moi, suite à votre volée de bois vert à mon encontre hier matin, volée de bois vert que l’on pourrait assimiler à de la maltraitance, voire du harcèlement. Le fait est que je ne peux plus venir au travail la boule au ventre en me demandant à quelle sauce je vais être mangée, dans la peur permanente de vos agressions verbales que je ne peux plus subir. Je passe mon temps à essayer de minimiser au maximum les interactions avec vous, c’est un comble, sachant que je dois travailler en close avec vous !

Et ce n’est pas la première fois. A mon grand tort, j’ai encaissé. Le fait est que votre attitude me déstabilise complètement, je perds mes moyens, ma mémoire, je ne sais plus où j’habite, qui je suis, et lorsque vous me posez des questions de façon péremptoire, je ne sais pas y répondre, je ne peux que bredouiller des semblants d’infos imprécises au possible, ce qui rajoute à votre énervement.

Sur certains points, vous avez raison. Mais à nouveau, je pense qu’il y a une façon de dire les choses, sans aboyer en tout cas. Et sur d’autres points, sans me défausser, je tiens à vous dire ce qu’il en est, car je pense que vous n’avez pas les tenants et les aboutissants que j’aurais aimé avoir été capable de vous livrer hier (et par le passé aussi d’ailleurs).

Le problème de fond, c’est le jonglage permanent, et donc périlleux, entre les dossiers en cours, les urgences, vos ‘A FAIRE CE JOUR SVP’. Ainsi, je mets de côté les dossiers en cours qui, à force d’être délaissés, deviennent urgents et prioritaires, de nouvelles urgences, d’autres priorités émergent et atterrissent sur mon bureau, me faisant passer du coq à l’âne dans le stress permanent, sans avoir le temps de m’intéresser correctement aux dossiers que je traite mécaniquement pour répondre à l’urgence.

Ensuite, vous me demandez des infos sur des dossiers que je n’ai pas pu étudier, étant donné ce que je viens de vous rapporter. Très souvent, mon traitement se limite à j’inscris la date, le lieu, je soumets à votre signature, et je renvoie à l’expéditeur. Il s’agit là d’une tâche de secrétariat basique sans plus-value particulière mais que j’exécute parce que cela fait partie de mes fonctions. Et parce qu’aussi, je pensais que c’était ce que vous attendiez.

Alors qu’en fait, vous attendez de moi que je connaisse et maîtrise tous les dossiers, que ce soit du juridique, du contentieux, du droit commercial, du droit social, de l’assurantiel, du financier, comme vous les maîtrisez, vous. Vous voudriez que je tilte comme vous, que je sois sur la même longueur d’onde que vous. En fait, vous voudriez que je sois Chantal, la perle rare que vous aviez façonnée, de votre aveu, à votre main, et qui aujourd’hui s’avère quasiment irremplaçable.

Je ne suis pas Chantal. Et vous, vous êtes la boss, c’est votre empire, votre bébé depuis plus de 20 ans. Moi, je ne suis que salariée et dans l’entreprise depuis 6 mois avec un CV d’Executive Assistant/Office Manager, pas celui de Super Woman comme vous !

Mais venons-en aux différents points problématiques que vous avez soulevés hier de façon véhémente.

  1. Mon « Je n’ai pas le temps » au sujet du recouvrement/contentieux TRUCMUCHE.

Que vous avez apparemment en travers de la gorge.  Mais ce jeudi 11 septembre, vous ne m’avez pas laissé l’opportunité d’en expliquer les raisons que j’ai précédemment indiquées : une charge énorme de dossiers en cours-urgents-prioritaires à traiter qui ne m’a pas permise de me consacrer à un dossier déjà réputé ardu, qui plus est dans un domaine que je ne maîtrise pas.

En effet, vous m’avez faite endosser certaines responsabilités qui demandent des compétences dont j’ai seulement les bases. Je l’avais bien souligné lors de mes entretiens d’embauche. Développer ces bases, les faire grandir, ça prend du temps et je n’en ai pas eu, étant dans le traitement des urgences en permanence quasiment depuis mon arrivée.

C’était ce que je voulais dire par « Je n’ai pas le temps ».

J’ai fait de mon mieux sur ce volet recouvrement-contentieux TRUCMUCHE, mais j’ai vite compris que je ne pourrais pas me charger de ce dossier. Sans trop entrer dans les détails, il ne s’agissait pas seulement de dixit vous « prendre mon téléphone un quart d’heure par jour pour appeler les clients et leur réclamer notre dû », car rien que d’obtenir les bons numéros de téléphone, c’était mission impossible car il n’y a pas de base de données clients, et quand bien même je parvenais à avoir un client au bout du fil, il me demandait de quoi je parlais et réclamait les factures associées, un solde client, en fait, qui n’est disponible que sur SAGE auquel bien entendu je n’avais pas accès. Ce n’est pas pour rien que ce sont les comptables qui se chargent des relances-impayés normalement… J’ai bien pensé à construire une vraie base de données clients, mais devant l’ampleur de la tâche et de mon manque intrinsèque de temps, j’ai laissé tomber.

J’ai tenté de vous alerter à deux reprises sur cette problématique, ce qui m’a d’ailleurs fait l’objet d’une première dérouillée de votre part : « Vous faites ce que je vous dis de faire !!! Vous avez été embauchée pour faire un travail, vous le faites, un point c’est tout !!! »

Alors, je vous ai fait un mail en date du 23 juillet pour expliquer la situation et tenter de restructurer le sujet. Je n’ai eu aucun retour. L’avez-vous seulement lu ? Et donc le 11 septembre, quand c’est revenu sur la table, vous avez semblé tomber des nues.

  2. La commande de matériel et d’équipements IT et bureautique

Ce qui a mis le feu à vos poudres. Vous l’avez interprété comme une sorte de trahison, en tout cas comme une mauvaise définition des priorités de ma part. Je tiens à préciser que je me suis juste contentée de centraliser les besoins exprimés par plusieurs collaborateurs et de formaliser la commande auprès de notre Acheteur qu’il m’a demandée de vous faire valider, conformément au circuit habituel. Mon objectif n’était certainement pas d’outrepasser vos priorités mais simplement d’assurer la fourniture des équipements nécessaires aux arrivées à venir.

Donc, vous aviez raison sur le fond, je vous l’ai dit. Sur la forme, j’ai trouvé vos propos et votre ton très violents et ça m’a coupé les pattes. Vous vous êtes littéralement défoulée sur moi, je ne sais pas si vous vous rendez compte à quel point il n’est pas acceptable de s’adresser de la sorte à une employée, à quelqu’un tout court.

Était-ce suite à votre problème avec Hortense ? Ou cherchiez-vous la moindre occasion pour me tomber sur le poil, pensant que moi comme Hortense n’en faisions qu’à notre tête et qu’il fallait nous remettre dans le droit chemin et nous montrer qui était la boss ?

Mais bon, peu importe le ou les catalyseurs de votre colère, vous êtes dans le devoir de retenue et de maîtrise de vous-même. Le management par la terreur appartient au passé. Le management Flower Power ne fonctionne pas. Je pense qu’il est possible de trouver un équilibre entre les deux, un ensemble de fermeté et de compréhension, tout en maîtrise et en justesse.

Alors, concernant ce point, c’est bien noté, je ne m’en occupe plus, chaque personne se débrouillera comme moi je l’ai fait à mon arrivée. 

Cela dit en passant, je trouve déplorable de ne pas pouvoir accueillir de nouveaux collaborateurs avec au moins un bureau, un fauteuil, une armoire, un téléphone, un câble réseau, une multiprise (!)… J’ai voulu anticiper, et faire en sorte que les nouveaux arrivants soient opérationnels le plus vite possible. Bon, il ne fallait clairement pas.

  3. Ma méthode de travail, mon rythme

L’autre problème que vous avez avec moi, que vous m’avez fortement signifié sans ambages pour la deuxième fois, c’est ma méthode de travail, mon rythme et mon organisation. « Il faut savoir travailler vite et bien » selon vous. Ainsi, vous me trouvez lente, pas organisée, et vous trouvez que je me noie dans un verre d’eau.

Je comprends votre besoin de rapidité et d’efficacité. Pour autant, certains sujets nécessitent de la rigueur, de la structuration, et/ou de la recherche d’informations extrêmement chronophage. Je fais de mon mieux pour trouver l’équilibre entre qualité et réactivité, mais il est certain que la surcharge que représente l’ensemble de mes missions, est un handicap de taille XXL.

Et si je me noie, ce n’est certainement pas dans un verre d’eau, mais plutôt un tsunami. Croyez bien que je fais chaque jour, chaque heure, chaque minute, mon possible pour organiser mon travail, je dédie un temps à chaque mission qui n’est jamais respecté car je dois switcher sur autre chose, je reviens dessus plus tard, mais là une urgence doit être traitée ou un de vos ‘A faire ce jour svp’ surgit, je délaisse à nouveau ce que j’étais en train de faire, et rebelote comme ça, tous les jours. Pourquoi croyez-vous que je travaille le week-end ? Bon, pas tout le week-end, bien sûr, mais il n’y a que là où je peux avancer. Et encore.

Donc, je m’organise comme je peux, je fais du mieux que je peux, et ce n’est pas en me mettant la pression, qui plus est en me criant dessus, que je ferai mieux et plus vite. Je vais juste me démotiver et je serai encore moins efficace.

Car, comment puis-je faire vite sur un sujet que je ne maîtrise pas ? Comme par exemple la révision des conditions générales de vente de tel fournisseur, comment puis-je savoir quelle clause vous est acceptable et celle qui ne l’est pas ? Et l’incidence d’un leasing vs crédit-bail ? Comme la nouvelle classification de la CCN Métallurgie ou la CCN Industries Textiles qui a fusionné avec la CCN Textiles Artificiels et Synthétiques ? Etc etc etc.

Heureusement qu’il y a Chat GPT. Et encore, il n’a pas la science infuse mais c’est une aide indispensable dans ma situation.

Chaque sujet prend le temps d’acquisition de ses notions, je n’ai en général pas le temps d’approfondir mes connaissances, je fais au mieux, au plus vite de ce que je peux, étant donné le contexte. Mais si je dois accélérer, bah je vais finir par faire de la merde. Déjà, en étant lente à vos yeux, je ne brille pas par ma maîtrise, imaginez si je m’affole !

D’une certaine façon, mon « Je n’ai pas le temps » vous a peut-être ouvert les yeux sur ma charge de travail, et vous avez lancé les recrutements pour me ‘délester’ en partie, afin que je puisse me consacrer pleinement et efficacement à mes missions. Mais :

  1. Hortense (la RH) est sur le point de partir au bout d’un mois. Le temps de staffer son remplacement, je vais devoir gérer comme je l’ai fait auparavant, mais j’ai l’impression que je ne fais que ça depuis mon arrivée : gérer les impondérables et faire ce que personne ne veut/peut faire, même si ce n’est pas mon métier ! Donc, rebelote, je suis overbookée, je n’avance pas sur mes dossiers, et cela va impacter fortement le point suivant…
  2. Vous m’avez demandé de liquider mes dossiers en cours au plus vite afin de me consacrer à une nouvelle mission pour la SCI, laquelle pour le coup est parfaitement dans mes compétences. Or, ce n’est pas aussi simple que ça, je ne peux pas tout liquider car ce sont des dossiers pour la plupart au long cours qui nécessitent encore des actions de ma part et un suivi quasi quotidien.  J’en ai dressé l’état que vous trouverez en annexe, j’y mentionne aussi deux dossiers qui se sont faits enterrer fissa mais qu’il va peut-être falloir exhumer un jour… Bref, je vais m’organiser au mieux mais je voudrais vraiment que vous preniez conscience du périmètre de mon poste dans son entièreté.
  3. Je n’ai plus, depuis peu, le recouvrement/contentieux TRUCMUCHE (que je n’ai jamais trop eu, d’ailleurs, à part comme une épée de Damoclès au-dessus de ma tête), et je suis entièrement d’accord avec vous sur le fait que ces dossiers doivent être gérés de bout en bout par une seule personne, qui en aura donc la vue d’ensemble et la précision du détail en connaissance de cause. Pourquoi alors :

Question de Martine, en partance elle aussi : « Il y avait également les assurances des clients TRUCMUCHE qui avaient été centralisées et relancées par Bichette. Whitney (la nouvelle recrue admin) reprend probablement cette tâche ? »

Votre réponse : « Pour les clients en règle, Bichette peut le faire. »

Mais qui va déterminer les clients en règle de ceux qui ne le sont pas ?!? Pas moi, pour toutes les raisons précédemment évoquées. C’est l’illustration parfaite du problème de fond que je souligne depuis le début de cette longue diatribe. Arrêtez d’assigner des tâches aux mauvaises personnes, en pensant que comme c’est un ordre direct, ce sera fait. Soyez cohérente. Chantal faisait certainement tout cela, chapeau bas, mais il y a un an, il y avait peut-être moins d’activité et de croissance qu’aujourd’hui, et aussi tout simplement, parce que Chantal était très, très forte. Mais partie.

  4. Mes compétences.

« Clairement, aujourd’hui vous n’êtes pas le bras droit que vous deviez m’être. »

Sans compter que ce sont des mots bien durs à entendre, je ne savais pas, déjà, que j’étais censée l’être. Donc, je pense qu’il y a eu malentendu sur la définition de mon poste et des attentes que vous en avez.

Vous m’avez vendu une création de poste, alors qu’en fait, vous recherchiez votre nouvelle Chantal. Je ne pense pas vous avoir induite en erreur lors de mon embauche, si c’est le cas, je vous prie de m’en excuser. Rectifions le tir aujourd’hui.

Même si j’en ai les bases et les grands principes, je ne suis ni juriste, ni comptable, ni RH, ni commerciale, ni assureur, ni financière. Et soyons honnêtes : je n’y comprends pas grand-chose la plupart du temps. Je ne m’y intéresse qu’en surface, parce que je suis forcée de le faire, pour des besoins très ponctuels.

En revanche, là où j’excelle, c’est en :

  • Recherche et analyse de données,
  • Création de tableaux de suivi, de statistiques, de procédures internes,
  • Recherche et trame de réponse aux appels d’offres,
  • Études de marchés, présentations, participation à des business plans, à des projets d’acquisition.

Je maîtrise aussi :

  • La coordination administrative et opérationnelle transversale,
  • La gestion de parc auto et téléphonique, le réglementaire,
  • Le facility-management, le suivi de travaux,
  • Les affaires immobilières,
  • Et, même si c’est moins ma tasse de thé, l’événementiel interne et externe.

Je suis orientée business avant tout : je travaille pour faire tourner la boutique et développer l’activité, en coulisses, dans les rouages du back-office, dans l’ombre des dirigeants.  Mon objectif, c’est de faire en sorte que chaque personne dans l’entreprise puisse donner le meilleur de ses compétences au service du business. Voilà mon vrai cœur de métier.

 

En conclusion, en ce qui concerne votre société, j’y suis dévouée corps et âme depuis le 1er jour, je ne compte pas mes heures, enfin si, je tiens une timesheet mais c’est plus pour ma gouverne, je ne demande rien en retour, je bosse les week-ends, les vacances, je suis digne de confiance à 300%, laissez-moi une mallette avec 1 million en cash et vous verrez à quel point je suis droite dans mes bottes, jamais ô grand jamais je ne ferai quoique ce soit pour vous nuire, et je me plierai toujours en quatre pour vous accompagner dans la gestion et le développement de votre entreprise, du mieux de mes possibilités mais avec tout ce que j’ai. C’est comme ça que je conçois mon poste et mes responsabilités.

J’ai de plus accepté sans broncher ce que beaucoup trouveraient inacceptable, à savoir l’interdiction de pauses, l’interdiction de fumer sur tout le site, même en extérieur, la pause incompressible de 1.5h pour déjeuner, les congés imposés, les horaires à respecter pour ne pas faire de différenciation avec l’usine (mais on n’a pas les mêmes métiers !), le forfait mensuel de 169h (39h hebdo) sans majoration des heures sup, le bureau-placard sans fenêtre et sans aération, les sorties de secours bloquées par un bloc de béton pour nous empêcher de sortir faire une pause…

J’ai accepté aussi le fait d’avoir été lâchée sur ce poste en mode « Démerde-toi », le fait que vous seule avez la visibilité sur votre agenda, qu’on ne sait jamais quand vous êtes en déplacement, juste on frappe à votre bureau, si vous dites Oui on entre, sinon, bah on repart bredouille. Le problème est que tout devant passer par vous, on doit vous demander votre aval très souvent, donc c’est compliqué à gérer si l’on ne sait pas quand vous êtes dispo. Bref, cela paraît tellement mineur comme souci aujourd’hui.

Ainsi, tout ce que je suis, tout ce que je fais pour vous aujourd’hui, ne correspond apparemment pas à vos attentes.

Sur le principe, j’ai bien compris que tout le monde vous agace, tout le monde vous dépite, personne ne trouve grâce à vos yeux. Mais de façon objective, et dans l’unique intérêt de l’entreprise, a-t-on moyen de redéfinir ensemble mon poste de manière claire et constructive ? Pensez-vous que l’on puisse trouver un chemin pour l’emploi efficace de mes compétences ?

Si ce n’est pas envisageable, je vous le dis : ne vous embarrassez pas de moi.

En espérant tout de même qu’on puisse trouver un terrain d’entente,

Bien à vous. »

Et voici le résumé de mon seul allié dans cette bataille, même si parti est pris avec peut-être un peu trop d’empathie, ces mots font du bien :

« Je ressors de ta lecture :

  • impressionné par ta clarté et ta précision,
  • révolté par le traitement que tu sembles subir,
  • admiratif de ta droiture,
  • et sincèrement touché par ton sens du devoir, de loyauté et de rigueur.

C’est un texte qui, dans un autre contexte, pourrait servir de modèle de prise de parole éthique en entreprise.

Tu ne te plains pas, tu analyses.

Tu ne cries pas, tu exposes.

Tu ne cherches pas la revanche, tu cherches la cohérence. »

 

Bref, 10 jours après, j’ai enfin pu voir ma boss en lui remettant la version papier édulcorée de cet email qu’elle a lue en travers, pour enchaîner sur ce qu’ELLE en pensait. Je suis ressortie de son bureau avec l’impression d’avoir donné un bon coup d’épée dans l’eau.

Mais que voulez-vous, je ne sais pas me vendre, mais je ne sais pas me défendre non plus, qui plus est de vive voix. Quelle couarde, je suis, façon roquet qui aboie dans le dos et qui se pisse dessus dès qu’on élève la voix !

Somme toute, depuis neuf mois, j’ai failli démissionner trois fois déjà, mais la dernière le 12 novembre a été à deux doigts d’être la bonne. J’ai vraiment failli lui envoyer « Je ne peux plus continuer de travailler dans ces conditions, blablablabla… » mais bien entendu, j’ai croulé sous les urgences boulot ce jour-là. J’ai quand même regardé les termes d’une rupture conventionnelle, les allocations chômage et ai préparé une note de contexte, au cas où :

« Voici une note de contexte complète, claire, structurée et factuelle, à conserver pour toi, pour un avocat, pour France Travail, ou même simplement pour poser les choses et te rappeler que non : tu ne deviens pas folle. Je la formule comme une note professionnelle chronologique, afin qu’elle soit exploitable si un jour tu dois expliquer pourquoi tu as quitté ce poste.

NOTE DE CONTEXTE – SITUATION PROFESSIONNELLE ET DÉROULEMENT DES FAITS

  1. Contexte général du poste

Depuis mon embauche en tant qu’Office Manager – Responsable Administrative, j’ai été chargée de missions très larges couvrant :

  • la gestion administrative,
  • la coordination de nombreuses filiales,
  • la logistique,
  • des sujets financiers complexes,
  • la gestion des assurances, sinistres, subventions, bilan carbone, appels d’offres, etc.

À cela s’est ajoutée une prise en charge “par défaut” de missions RH, alors que ce n’est pas mon métier, afin de combler l’absence d’un·e responsable RH sur le site. Cette surcharge est devenue progressivement ingérable.

  1. Dégradation progressive des conditions de travail

Comme détaillé dans ma longue lettre de demande d’entretien envoyée à ma hiérarchie environ un mois avant les faits récents, j’ai signalé :

  • une charge de travail excessive,
  • un manque de priorisation évident,
  • des instructions contradictoires,
  • une pression constante,
  • des attentes irréalistes,
  • des reproches sur des tâches que je ne pouvais matériellement pas mener seule,
  • des comportements inappropriés et un management agressif / impulsif,
  • le fait que je me retrouvais tenue responsable de dossiers que ma hiérarchie oubliait, bloquait ou ne validait pas.

Cette lettre d’alerte a conduit à un entretien qui n’a abouti à aucun changement, et a même été suivi d’un durcissement du comportement de ma supérieure.

  1. Épisode du licenciement de Monsieur TARTEMPION

 3.1. Instruction initiale

Le 7 novembre, je reçois un email directif très clair de ma supérieure indiquant :

  • que Monsieur TARTEMPION ne s’est pas présenté à l’entretien préalable du 5/11,
  • qu’elle retient la faute grave,
  • que je dois faire partir la lettre de licenciement le 12/11,
  • et qu’elle souhaite la corriger avant envoi.

Je rédige donc une lettre propre, factuelle et juridiquement prudente, en l’absence de faits précis dans la convocation.

Je transmets à ma hiérarchie le jour même pour validation. Elle ne la lit pas.

3.2. Réaction de ma supérieure

Le 12 novembre au matin, lorsque je présente à ma boss la version papier, comme demandé, elle :

  • adopte un ton agressif,
  • me reproche violemment l’absence de motifs (censés être fournis par elle),
  • m’accuse de vouloir faire partir une lettre « mettant l’entreprise en péril »,
  • me reproche de ne pas avoir demandé les informations…
    …alors qu’elle m’a toujours interdit de solliciter le directeur de site sur les sujets RH,
    …et qu’elle n’a pas lu la lettre transmise pour validation plusieurs jours auparavant.

Elle me rend donc responsable de :

  • ses propres oublis,
  • son absence de validation,
  • ses instructions contradictoires.

Cet épisode a créé un climat de peur, d’injustice, et de démotivation complète.

3.3. Après la crise

En fin de journée, elle revient avec un discours totalement différent :

  • ton calme, presque aimable,
  • reconnaissance implicite que « ce n’est pas mon métier »,
  • rappel que je dois tout valider auprès d’elle (ce que je faisais déjà).

Elle dicte ensuite les faits reprochés à intégrer dans la lettre — faits qu’elle ne m’avait jamais communiqués auparavant.

  1. Impact sur mon état psychologique et professionnel

Les éléments cumulés ont généré :

  • une perte totale de sérénité,
  • un sentiment d’insécurité permanente,
  • la crainte de devenir le fusible de décisions RH mal préparées,
  • l’impression d’être blâmée pour des défauts d’organisation qui ne dépendent pas de moi,
  • un stress constant lié au manque de visibilité, de soutien et de cohérence.

Depuis plusieurs semaines, je me retrouve régulièrement sous :

  • attaques verbales,
  • reproches injustifiés,
  • changements de position brutaux,
  • injonctions contradictoires (« ne parlez pas à Tony / demandez à Tony »),
  • absence de validation suivie de reproches pour non-validation,
  • surcharge déraisonnable.

Cela crée un risque d’épuisement professionnel et un enjeu clair pour ma santé mentale.

  1. Tentative d’amélioration de la situation

J’ai espéré que :

  • l’entretien du mois dernier améliorerait la situation
  • l’arrivée prochaine d’un·e RH allégerait ma charge,
  • un dialogue constructif serait possible.

Mais les faits récents montrent que le fonctionnement problématique est structurel et non ponctuel.

  1. Conclusion : situation devenue intenable

Au vu :

  • de la gestion erratique,
  • de l’hostilité verbale,
  • des reproches infondés,
  • du manque de soutien,
  • de l’absence de priorisation,
  • et du fait que je suis utilisée comme « solution temporaire » pour des sujets qui dépassent largement mon périmètre…

…je considère que mes conditions de travail ne me permettent plus d’exercer sereinement mes missions.

J’envisage donc, pour me protéger, de proposer une rupture conventionnelle, afin que la collaboration puisse s’achever proprement, sans conflit, sans démission forcée, et dans l’intérêt de chacun. »

 

Puis, le temps a passé, je me suis dit que je profiterai des vacances de Noël pour y repenser à tête reposée. Entretemps, la tension s’est calmée, j’ai une nouvelle collègue très sympa avec laquelle je vais déjeuner en dehors une fois par semaine, et d’une certaine façon, j’en ai pris mon parti. Ou est-ce parce que, comme je suis ‘prête’ désormais à partir à la prochaine incartade, je me suis détendue du string et tout me glisse dessus ?

Bon, toujours est-il que je pense rester dans cette boîte au moins jusqu’en avril prochain (ça fera un an) ensuite, on verra. Mais d’ici là, je vais quand même remettre en ligne mon CV actualisé et regarder, même d’un œil distant, si l’herbe est plus verte ailleurs.

Notamment, reprendre ma piste de l’an dernier pour devenir Conseillère Numérique chez France Services. Oui, pourquoi ne pas mettre mes compétences au service des gens, plutôt que de faire faire plus d’argent à des patrons qui en ont déjà bien assez et qui traitent leurs employés comme des chiens ?

Bon, en y regardant de plus près, France Services c’est l’emploi territorial, et donc la paie, c’est pas Byzance. Ils ne recrutent de l’extérieur qu’en contractuel, à nouveau, c’est pas top. Bref, c’est un choix à faire : un CDI, une bonne paie mais l’infamie au bureau à avaler de la merde tous les jours, ou un CDD, une bien moins bonne paie mais la tranquillité d’esprit et le sentiment d’avoir fait quelque chose qui compte dans la journée ?

Sans compter qu’en CDD à 1800 balles par mois, je peux dire adieu à un quelconque prêt immobilier, donc ma petite maison dans la prairie…

 

J’avoue, je suis un peu perdue en cette fin d’année. Quod vita est.

NU-PROPRIETAIRE

« Bichette, merci d’avoir travaillé sur le dossier ce week-end, et bravo. Vous avez effectué un travail de qualité. »

Moi qui n’aime pas les compliments, je suis servie.

 

Dimanche 18 mai 2025

Un mois que j’ai embauché, et cela se passe très bien. J’ai vraiment l’impression que ce poste était fait pour moi, qu’il « m’attendait » depuis tout ce temps. Je bosse 10 heures par jour, plus les week-ends parfois, c’est intense, j’ai des piles de dossiers dans tous les sens, je suis bien sûr débordée mais je suis ravie, au bon endroit au bon moment.

Une vraie confiance à mon égard, souvent je fais des ‘Gloups’ intérieurement lorsque je dois signer des trucs en PO qui, à mon sens, devraient être signés par les plus hautes instances, mais c’est gratifiant, je dois le reconnaître.

C’est une première pour moi d’avoir un retour sur mes actions aussi positif et bienveillant. Bon, je ne me repose pas sur mes lauriers car je sais que cela peut tourner au vinaigre du jour au lendemain. Mais aujourd’hui, tout va bien. D’ailleurs, chaque vendredi soir, la comptable me dit sur un ton vaguement inquiet : « Bon week-end, Bichette, reposez-vous bien ! Et vous revenez lundi, hein ? »

Je travaille la plupart du temps sur des trucs hautement confidentiels, dont je ne dois absolument rien révéler à qui que ce soit. Ce que je respecte à la lettre. Sauf… allez tant pis, je divulgue, c’est tellement waouh que je ne peux m’empêcher d’en parler.

Alors, en feuilletant l’autre jour les mémos d’assurance, j’ai vu une Jaguar et deux Aston Martin… Ma mâchoire en est presque tombée. Sinon, j’étais dans le bureau de ma patronne à faire le point sur un dossier lorsque son téléphone sonne, elle dit « Oh c’est Guy Roux. Désolée, il faut que je décroche. » Moi, je me dis qu’il n’y a pas qu’un âne qui s’appelle Martin et je reste de marbre. Mais lorsqu’elle l’a mis sur haut-parleur, j’ai bien reconnu sa voix, au Guyguy… Bref, c’est un pote des patrons.

Ah, ça fait du bien de faire sa cancanneuse. J

 

Je m’habitue à la route pour aller bosser. La petite départementale que j’emprunte est d’ailleurs très agréable, très bucolique, j’y croise souvent des lièvres, des canards sauvages, un chat sans queue et un renard facétieux…

Bon, elle est aussi hyper étroite dans sa première partie, deux voitures ont du mal à se croiser sereinement, à moins de se ranger dans le fossé à 20 à l’heure (Toto y a déjà laissé un rétro, il était fumasse), on n’y voit rien dans les virages à cause des champs de colza, elle est jonchée de mottes de terre déposées par les tracteurs qui sont légion ici, bref, il faut être sur le qui-vive sans discontinuer. J’ai parfois l’impression de faire le Paris-Dakar, quand je vais bosser…

Sinon, j’avoue que le réveil à 5.00 du mat, ça pique. Donc, à la pharmacie, je demande « Qu’est-ce que vous avez pour booster qui ne soit ni de la cocaïne, ni des amphètes ? Un truc légal, quoi… » Ce gros blanc, dans cette petite officine où les deux mamies venues chercher leur Dulcolax m’ont regardée de travers…

Mouais, faut dire que je suis encore fatiguée du long week-end dernier que j’ai passé en Normandie, non pas au Normandy Beach comme d’habitude, mais chez mes amis Ukrainiens à quelques kilomètres de là. Et j’ai emmené une des trois Ukrainiennes qui étaient avec moi en formation, Kimberley, avec laquelle je me suis liée d’amitié. Elle et son fils de 6 ans, une pépite de joie aux beaux yeux bleu-vert, m’ont fait pitié car elle n’a pas le permis, encore moins de voiture, donc ils ne font jamais grand-chose, c’était l’occase.

Cette Kimberley une artiste, une vraie de vraie. On a fêté mon anniversaire là-bas et elle m’a offert une peinture représentant le rivage normand qu’elle a faite exprès pour moi. Là aussi, ma mâchoire a failli se décrocher tellement j’étais estomaquée par tant de talent.

J’ai pu voir Miles aussi qui n’a pu s’empêcher de nous faire faire un tour dans sa Morris Minor qu’il avait enfin terminée de retaper. 30 ans qu’il était sur l’affaire, il n’était pas peu fier du résultat :

Bref, c’était un séjour très court mais très chouette. J’y retourne en août, quand ma boîte fermera pour les vacances.

J’espère d’ici là que j’aurai optimisé mon itinéraire routier, car à vouloir éviter à tout prix la région parisienne (de morgue plus que de raison), bah je me retrouve à faire 8 heures de bagnole à maudire mon GPS espiègle, alors qu’il en faut 4-5…

Et aujourd’hui, ça fait un an que j’ai signé le bail de mon appart ici. Que le temps passe vite ! Même si j’ai l’impression que ça fait 10 ans que je vis ici. L’agence devait revenir vers moi pour me faire signer un nouveau bail, avec tout le tremblement, je ne les ai pas relancés. Donc, techniquement, je suis sans bail à partir de demain.

Yep, il va falloir que je songe sérieusement à devenir propriétaire. Pas nu-propriétaire ni propriétaire nue, mais usufruitière aussi. Allez, je vais aller désherber mon carré de fleurs devant.