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MAYDAY ! MAYDAY !

« Laisse-toi un peu de temps, un sevrage n’est jamais immédiat… »

L’excellent conseil de Yang hier midi au sortir de notre entrevue ‘BFF emergency’ faisant suite à ma requête désespérée du matin. Je n’étais vraiment pas encline, sur le moment, à suivre ce dernier tellement j’étais dans le mal. Mais Bradley hier soir m’ayant, à sa façon c’est-à-dire en mode instructeur-commando, fait la même recommandation (ou injonction ?), cela a fini par faire son chemin dans ma tête.

 

Mercredi 1er septembre 2021 # IM’PASSE SANITAIRE J+42

Depuis samedi dernier, je ne prends plus que 10 mg de paroxétine, soit la moitié de ce que je prends depuis novembre dernier. En effet, ma doctoresse m’a vivement incitée vendredi à commencer mon sevrage de ce qui ne saurait être une béquille à vie.

Pourquoi j’ai commencé, au fait ? Ah oui, mon TPB qui m’a explosé en plein museau, clôturant ainsi de façon magistrale si je puis dire, la période jonchée d’enfers dans laquelle je me suis noyée. Mes quatre ans de prison, le chômage, la maladie de ma mère puis son décès, je suis arrivée en bout de course avec seulement deux options : le flingue ou la bouée.

J’ai choisi la bouée. Sous forme de cachets. Je savais parfaitement que cela ne traiterait pas le fond mais cela m’aura au moins permise d’éviter l’autre option. La thérapie, bah j’ai botté en touche car pas de budget-psy avec mon maigre RSA de l’époque. Donc, pour imager, j’ai couardement caché ma poussière sous le tapis. Mais…

La paroxétine a eu un effet-miracle sur moi alors que demander de plus ? La douleur qui me grignotait de l’intérieur a disparu et je suis parvenue à me retrouver après toutes ces épreuves qui, sans victimisation de ma part, en auraient laissé plus d’un sur le carreau.

Cette molécule a parfaitement fait le job en calmant le loup en moi. Je ne suis pas devenue pour autant détachée, indifférente en mode zombie, au contraire, je trouve que j’ai retrouvé une belle patate à ce moment-là, non c’est simplement que les choses – négatives – n’ont plus eu prise sur moi, ancrant solidement et durablement mon for intérieur dans une douce quiétude.

Qu’est-ce que j’étais bien ! Plus de vacarme dans ma tête, plus d’ouragans, plus d’angoisses insondables ni de nœuds inextricables, plus de gangrène des mots et des pensées, plus d’envies d’annihilation… Au contraire, je me suis sentie vivre et revivre, en conscience pleine et claire de tout mon être, j’étais enfin bien, enfin moi.

Jusqu’à il y a deux jours.

Ça s’est abattu sur moi comme une nuée de sauterelles affamées, me bouffant littéralement sur pied en l’espace de quelques heures. Je n’ai pas compris tout de suite, j’ai mis ça sur le dos de Bradley et de notre troisième prise de gueule depuis son retour, et je me suis dit que cela passerait comme toutes les fois précédentes.

Mais non, c’est monté en puissance. Quand je suis arrivée au boulot, Cameron et Bedelia se sont tout de suite inquiétées de ma mine de traviole. Là, ça a commencé à me mettre la puce à l’oreille. Et c’est en en parlant avec Yang hier midi que j’ai tilté. Et hier soir en l’expliquant à Bradley.

–  Tu comprends pourquoi c’est compliqué pour moi de me projeter avec toi ? J’aimerais savoir dans quoi je m’embarque car je n’ai pas le temps de perdre mon temps.

–  Je ne sais pas moi-même. Le TPB est une maladie incurable, dont je peux éventuellement atténuer les symptômes avec un combi médocs-thérapie mais sois sûr que j’en souffrirai toute ma vie. Ainsi, je peux comprendre tes réticences à t’engager avec une malade mentale, y a tes enfants, tout ça, donc je ne te jetterai pas la pierre si tu renonces.

–  Tu sais que j’étais à deux doigts ce matin de te rendre tes clefs et de me barrer ?

–  Qu’est-ce qui t’a retenu ?

–  CONNASSE, PARCE QUE JE T’AIME, BORDEL DE MERDE !!!!!

Et de conclure quelques instants plus tard sur un ton suave depuis bien longtemps oublié : « On va s’en sortir. Tous les deux. »

Alors ce matin, devant mon pilulier, j’ai coupé la poire en deux : 13mg de paroxétine. Ce qui veut dire une pente de sevrage moins abrupte. Et une accalmie, toute relative mais néanmoins bienfaisante, en moi.

LE RETOUR DE DARTH B.

« Je peux faire une lessive ? »

Texto de Bradley hier à 17.26, soit sitôt rentré de ses vacances dans le Sud. Petit rire désabusé de ma part. Le même lorsqu’avant-hier il m’a demandé si je pouvais garder ses enfants ce soir parce qu’il a une soirée… On est dans l’absurde ou bien ?!!

 

Jeudi 26 août 2021 # IM’PASSE SANITAIRE J+36

Je me suis bien reposée le week-end dernier. Je me suis ‘réparée’ en quelque sorte. J’ai fait un grand ménage à la Monk dimanche, un peu de home-staging pour le renouveau et hop j’étais flambante neuve pour ma reprise lundi matin.

J’ai retrouvé Cameron et Bedelia, mon ordi et ses quinze milliards de mails à traiter si Cameron n’avait pas déjà fait un pré-tri. J’ai bien mis trois jours pour m’en sortir et là, je goûte de nouveau aux joies, relatives, de la dilettante.

Bon, Shannon est aux abonnés absents même si elle ‘télétravaille’ de mauvais gré si j’en juge par la tonalité revêche de ses mails. Et toujours autant à côté de la plaque. Je crois qu’elle n’habite pas la même planète. J’imagine qu’elle revient au bureau lundi prochain, l’ambiance est déjà délétère, je crains le pire.

Bon, j’attends la fiche de paie d’août. Si elle ne fait mention d’aucune prime, j’irai voir Boss n°1 car j’ai compris la leçon : mieux vaut s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints. Alors, ce n’est pas tant de l’argent que je souhaite mais quelques jours de compensation à poser quand je veux. Et là, en l’occurrence, je sais quand les poser : le vendredi 17 septembre déjà.

Pour faire un grand week-end : je pars avec Bedelia au Normandy Beach. Bedelia que je n’ai même pas eu besoin de convertir aux délices de la pêche aux coques car déjà adepte ! On a décidé ça autour d’un Sex On The Beach en terrasse avant-hier. Faut que j’appelle Joan, qu’on se fasse un vrai week-end de meufs !

Et ça aussi, j’ai décidé de le garder dans mon jardin secret. Ce qui a mis le feu aux poudres hier soir avec Bradley. J’ai coupé court aux ergotages habituels qui commençaient à monter en graine en lui sortant pratiquement mot pour mot le petit speech que j’avais prévu et d’enchaîner sur « Non, ça aussi, je le garde pour moi. » en réponse à son « Tu pars en week-end ? Où et avec qui ? »

Que n’avais-je pas fait là !

–  Tu me mitonnes, tu ne dis pas la vérité, rien n’est simple avec toi !

–  Est-ce que ça t’intéresse vraiment de savoir ?

–  Ça fait sept fois que je te dis oui ! Tu cherches constamment à être rassurée, toujours en demande et…

–  Arrête de me faire passer pour la midinette que je ne suis pas ! J’ai juste décidé de faire ma life sans compte à te rendre. Maintenant, si cela te blesse et te fait te sentir délaissé, je veux bien reconsidérer l’affaire. Mais si c’est juste de l’orgueil de mâle, bah va te faire voir !

–  Bon, écoute, ça ne fonctionne pas nous deux, on ne se comprend pas, on n’est plus dans le partage… 

Je ne pourrais dire si cela m’a fait un pincement au cœur ou si j’étais soulagée. Les deux, je crois. Bref, je n’ai pas renchéri, je me suis resservi du rosé, j’ai fumé une cigarette, pensive… Puis, j’ai foncé dans le tas : « Parfois, je te déteste tellement que ça me donne des envies de meurtre ! Bon, en même temps je t’aime… MAIS TU ME SOÛLES GRAVE !!! »

J’ai vu alors son regard s’illuminer, comme un gosse le matin de Noël. J’avoue, cela m’a déstabilisée. Du coup, je ne savais pas trop à quoi m’attendre… Et soudain, il s’est mis à hurler : « MOI AUSSI TU M’EMMERDES !!! MAIS JE T’AIME AUSSI !!! TU VOIS, C’EST ÇA, L’AMOUR !!! »

Là-dessus, il m’a attrapé le visage et m’a embrassée fougueusement ! Bah merde alors… L’art de cacher la poussière sous le tapis. Ça me va.

 

15.38 Changement (est-ce surprenant ?) dans le planning de Bradley : son Dodge n’est toujours pas réparé donc il ne peut pas retourner dans sa maison dans la prairie comme prévu dimanche soir après avoir déposé ses enfants chez son ex-femme. Et comme il n’a pas envie de, je cite, remettre des kilomètres en plus dans la tronche de ma Clio, bah il est ‘bloqué’ à Paris jusqu’à mi-septembre…

Autant dire qu’il est furax. Et moi, j’ai le cul entre deux, contente et ennuyée à la fois. Ses changements de plan intempestifs bouleversent les miens, encore une fois, mais chat échaudé craint l’eau : je vais maintenir le cap. Le mien.

Bon, tiens, je vais aller voir Malcolm pour qu’il me refasse une sérologie, histoire de voir si je recrache bien des IgM…

LA CROISIERE M’AMUSE

« Bon je crois que ce sera mon dernier message car j’en ai marre de te courir après deux fois par jour. Je ne sais pas combien de temps tu vas bouder, je ne comprends pas pourquoi tu boudes déjà, mais j’en ai marre de parler à ton répondeur. Moi, je te donne de mes nouvelles : on va probablement rentrer plus tôt que prévu, soit le 23, le 24 ou le 25 août, je voulais te prévenir. Donc, tu as mon numéro, prends soin de toi, ciao ! »

Bah si tu sais pas… nous voilà dans une autre impasse.

 

Vendredi 20 août 2021 # IM’PASSE SANITAIRE J+30

Je suis rentrée hier dans la journée. Pas allée chez Toto finalement, ce qui arrangeait ce dernier en plein dans ses travaux de terrassement. Je voulais rester au Normandy Beach. Et si je n’avais eu la voiture à rendre aujourd’hui, j’y serais restée jusqu’à dimanche.

J’ai passé une semaine, même si trop courte, FANTASTIQUE ! J’ai fait tout ce que j’aime, heureuse de toute mon âme. J’ai totalement déconnecté. De Paris, du taf, de Bradley.

La journée sur la plage, les pieds dans l’eau à ramasser des coques en chantant à tue-tête, à parler avec plein de gens qui venaient me demander ce que je pêchais et comment je comptais le cuisiner, à jouer avec Hiko, un loup ! qui s’est avéré être un excellent dénicheur de coques à creuser comme un fou dans le sable, à regarder la mer changer de couleur sous les nuages, prenant cette teinte de jade qui m’émerveille tant…

   

Et le soir avec Miles, Joan et Sarah-Jane que j’ai co-voiturée en venant ici, apéro à la Leffe Rituel et au Pimm’s en décortiquant les vingt kilos de coques que j’avais ramenées pour en faire des pickles, en riant et en bavassant jusqu’à point d’heure en full english please ! Pas un soir je ne me suis couchée droite mais peu importe, personne n’était là pour me faire la morale.

Mercredi, Miles and Sarah-Jane sont partis pour les 24H du Mans. C’est là que j’ai décidé de rester un peu plus longtemps, notamment pour aider Joan restée à s’occuper de quelques guests aventureux. Le soir venu, elle a toqué à ma porte :

–  Would you care to have a little walk with me and see where it shall lead us?

–  Hell yeah I’m in!

Je n’aurais jamais imaginé que cette petite balade improvisée m’aurait menée à cette soirée extraordinaire qui fût l’illustration parfaite de ce que je suis, de ce qui me fait vibrer au plus profond… L’épiphanie de ma vie. Un moment sacré, hors du temps, de la magie à l’état pur.

Voici l’histoire.

Ainsi, nous voilà parties, Joan et moi, downtown Arromanches. Rien à signaler, si ce n’est les quelques brindezingues qui avancent dans l’eau en grelotant. On a beau être au mois d’août, la température extérieure n’excède pas les 15°, alors dans l’eau… Trust me, I know.

Non, décidément pas tentées par une baignade crépusculaire, nous préférons nous diriger vers le pub. Oui, le même pub où je suis allée avec Bradley il y a presque un an. Là où j’ai eu de mauvaises vibrations. Bon, comme quoi, je ne suis pas rancunière.

–  Hey Joan, let’s have a pint!

–  But we still have some Pimm’s to drink up back home!

–  Sure, after dinner. Now it’s apero-time!

On s’installe en terrasse et on commence à papoter comme deux vieilles pies de pub. J’adore vraiment Joan. On s’entend très bien, on parle de tout, elle picole autant que moi, bref, une chouette ladies’ night se profile.

A la table d’à-côté s’installent alors trois grands gaillards. Des motards, à en juger par leur équipement. Des Français, à les entendre s’adresser au tôlier : « Connaissez-vous un endroit pas cher pour passer la nuit ? On a apporté nos duvets pour dormir sur la plage au cas où mais bon… »

Je prête l’oreille… Pratiquement tous les établissements d’Arromanches y passent sauf le Normandy Beach ! Remontée comme un coucou, je me penche vers Joan :

–  These three guys are looking for a place to sleep tonight and this dimwit of a bartender said nothing about you! Do you want to take them in? How much for the big room?

–  Yes! Make it 115 euros.

Je m’exécute. Je suis accueillie comme le messie. Ils ont l’air ravis et acceptent bien volontiers. On se met alors à discuter avec eux en finissant nos bières avant de check-in au Normandy Beach.

Il s’agit de Jerry, Rudy et Keith de Pont-Audemer dans l’Eure. Trois amis musiciens à leurs heures qui sont partis ce matin en moto pour rallier d’ici le week-end le Mont Saint-Michel en passant par les petites routes car l’un est en Vespa… Une sorte de road-trip de potes. Leur brin de folie m’enchante. Si je m’écoutais, je partirais bien avec eux…

Ensuite, une fois les gars installés au Normandy Beach, on prend tous une bière dans la cour. Jerry, le plus extraverti des trois, mène grande conversation avec Joan : « Tu vois, on s’est dit on part comme ça, on mangera et on dormira comme on peut, l’important c’est le voyage en lui-même et les rencontres que l’on fait. Et paf, on s’est rencontrés ! C’est fou ! »

Je vois que tout en parlant avec Joan, il signe à l’intention de Rudy lequel effectivement est malentendant bien qu’appareillé. Chouette, je vais peut-être pouvoir améliorer mon signe qui se limite aujourd’hui à l’alphabet, et encore.

Mais indéniablement, je me sens plus attirée par Keith, le plus réservé des trois. Très grand, les cheveux châtains en bataille, tatoué, percé, les yeux clairs d’une immense douceur un peu mélancolique… Tout ce que j’aime.

Il est aussi guitariste et lead-vocal dans son groupe, alors on se met naturellement lui et moi à parler musique. Une jolie connexion s’instaure, c’est fluide, énergétique, je vibre, quoi. Mais j’ai faim. J’attrape Joan et l’on va toutes les deux manger un burger veggie à côté en promettant de rejoindre les garçons plus tard au pub.

On pouffe toutes les deux à table. On se dit que la vie est pleine de surprises. Et que c’est chouette. Puis nous voilà de retour au pub d’où s’échappent des sons d’accordéon. Les garçons sont bien là, attablés devant des restes de planches mixtes sur lesquels louche Hrolf, le chien errant du coin.

La bière qui coule dans les gosiers sans discontinuer depuis deux heures maintenant a fait son boulot de désinhibitrice et tout le monde parle avec tout le monde sur cette minuscule terrasse. Moi la première, je m’en vais dire, goguenarde, au chanteur-accordéoniste sorti tirer sur sa e-clope que celle-ci sent la framboise et que cela doit être réservé aux filles. Au lieu de m’envoyer paître, il part dans un grand éclat de rire et rejoint notre petite troupe. Il s’appelle Gibson et vient de Belgique écumer les pubs de France avec son accordéon.

Et Jerry qui me sort tout-de-go que je suis belle en langage des signes. Je lui réponds ce que je crois être ‘merci’ mais il s’avère que je lui dis ‘je t’aime’, ce qui fait se tordre de rire Rudy, puis toute la tablée.

L’ambiance est excellente. Tout est parfait. Simple, bon enfant, joyeux. Les conversations sont endiablées, même si elles commencent à souffrir quelque peu de l’alcool. Vers 23.00, le tôlier nous fait rentrer à cause des voisins et l’on s’entasse comme on peut à une table dans cette petite salle déjà bien remplie.

Et tout s’enchaîne. Très vite et très intensément. Gibson se met au piano et fait office de juke-box-karaoké pendant une petite heure. Après que tout le monde ait chanté les Beatles à tue-tête, Jerry prend la relève en nous faisant un blues à sa sauce. Et enfin, Keith attrape une guitare qui traînait là et se met à jouer et à chanter d’une voix légèrement rocailleuse et douce à la fois.

Je fonds.

L’alcool coule désormais à flots, en pintes, en shots de je-ne-sais-pas-quoi-liqueur de pistache, de tequila, de vodka… Je suis soûle. Mais pas trop. Juste bien. Je flotte doucement sur mon ivresse en profitant de chaque instant de cette fabuleuse soirée.

Je sais qu’il en faudrait peu pour me faire basculer, l’avantage de bien se connaître avec les années, mais le veuille-je vraiment ? Ai-je envie de me donner en spectacle complètement bourrée devant des inconnus ? Si je me pose la question, c’est que c’est non. Comme une laisse autour de mon cou que je raccourcis quelque peu par moi-même. Je vais rester digne.

Je sais aussi qu’il en faudrait peu pour que Keith et moi nous nous rapprochions… J’en ai très envie mais quelque chose me retient. Je ne pourrais dire ce que c’est. Il est majeur, je suis majeure et tout ce qui se passe à Vegas reste à Vegas, non ?

Je me force à penser à autre chose. J’aurais bien besoin d’une cigarette dehors au calme. Mais je suis tombée à court. Je me concentre alors sur ma pinte que je finis d’un trait et j’écoute la musique que crachent les enceintes du bar.

Oui, décidément, les rires et les chants qui ont empli ce soir ce pub aussi grand que mon salon, ont redonné à ce dernier toutes ses lettres de noblesse et le souvenir que j’en avais un an plus tôt a disparu. Un an presque… avec Bradley… on venait tout juste de se revoir après 20 ans et il m’a rejointe dans ce pub…

Bon sang mais c’est ça, c’est Bradley, c’est de penser à lui qui est venu me parasiter ! Ça alors, je ne m’y attendais pas. Oups… Alors, je l’appelle. Mais plutôt que de lui parler, je pointe mon téléphone vers les enceintes puis je raccroche. Ça ne loupe pas, je reçois un texto qui dit qu’il me rappelle dans trois minutes.

Je sors du pub. Je me dis que je peux aller en attendant chercher des clopes dans ma chambre et faire pipi par la même occasion. Je m’apprête à repartir lorsque Bradley m’appelle.

–  Alors, aucune news depuis une semaine, tu ne me réponds pas, je peux savoir pourquoi ?

–  Bah je suis partie en croisière…

–  Comment ça ? Je croyais que tu étais au Normandy Beach…

–  Ça m’a prise sur un coup de tête. J’ai vomi au moins quinze fois depuis que je suis sur ce bateau mais c’est pas grave, c’est chouette quand même. J’ai même pêché un marlin !

–  C’est dans les eaux chaudes, ça…

–  Parce que tu crois qu’on est restés à quai ?!!

–  Bref, tu rentres quand ?

–  D’ailleurs, je ne vais pas rester très longtemps au téléphone car je retourne à la fiesta sur le pont supérieur. Y a un groupe de musique, c’est super cool ! Et je vais faire un crochet par le bar.

–  On se rappelle demain lorsque tu auras dessoulé. Bonne fin de croisière, prends soin de toi, à demain.

Sur ce, je fais effectivement un crochet par le bar, mais celui de Joan qui elle est rentrée depuis une heure déjà. J’attrape la bouteille de Pimm’s et me dis que la dilution à la limonade est superflue. Je m’enfile le verre en trois grandes rasades et dans le noir dans la cour, mes jambes se dérobent et la tête me tourne enfin.

Je décide alors de prendre la direction de mon lit sur lequel je m’effondre tel quel, non sans avoir eu juste avant une dernière pensée « Mais pourquoi diable lui ai-je dit que j’étais en croisière ?!? »

Le lendemain au petit-déjeuner, Jerry, Rudy et Keith étaient presque frais comme des gardons, prêts à enfourcher leurs motos pour reprendre la route. Moi, moins. Une punaise de gueule-de-bois. Mais je l’ai bien cherché.

Bref, on s’est échangé quelques banalités mais même pas nos numéros de téléphone. J’ai fait la photo-défi de Jerry, à savoir une fille différente à califourchon sur sa Vespa chaque jour, puis ils s’en sont allés.

Quelle soirée ! De l’imprévu, de l’improviste, des rencontres, de la musique, des rires, de la bière… Tout ce qui me rend heureuse ! Et que ça fait du bien de rencontrer des gens assez fous pour faire un road-trip en Vespa sous le crachin normand ! Que ça fait du bien d’être heureuse, tout court. Cela ne pouvait pas mieux clore mes vacances. Le bouquet final.

 

Quant au fait d’avoir dit à Bradley que j’étais partie en croisière, aujourd’hui, je ne sais toujours pas pourquoi. En fait, je me dis que c’était tout comme. J’ai embarqué et suis partie voguer loin de la terre pour quelques jours. J’ai pêché, j’ai bu, j’ai rencontré plein de gens, j’ai chanté, j’ai ri…

Une parenthèse incroyablement bénéfique. Comme une croisière. Le mal de mer en moins.

C’est sûr qu’il va falloir qu’on en reparle. Mais à la réflexion, je n’en ai pas envie. On s’est eus au téléphone hier donc et ce midi, j’ai botté en touche en lui demandant ce que lui avait fait pendant ses vacances et bien entendu, il ne s’est pas fait prier pour me raconter par le menu.

Il rentre bien mardi ou mercredi. Je sais qu’il va remettre le couvert alors je lui prépare le speech suivant : « Je n’avais pas envie de te parler car on se serait écharpés et ça m’aurait gâché mes vacances. La raison, si tu ne la connais pas, c’est dommage mais ce n’est pas à moi de te la dire. Ainsi, j’ai décidé de partir une semaine loin de tout, loin de toi, de déconnecter complètement et de voir au retour. Je tiens à garder cette semaine comme mon jardin secret, je n’ai pas envie de t’en parler. Et puis voilà, je suis revenue. »

Tout ce que je sais, c’est que j’ai passé des vacances fabuleuses. Lundi, je reprends le boulot, et je vais avoir grand besoin de ces beaux souvenirs pour survivre à ça.

Manipulateur-narcissique

–  Avoue, elle est cool ta meuf, hein ? Elle cuisine, elle repasse, elle te prête sa voiture, elle aime bien tes gosses et se marrent bien avec eux…

–  C’est vrai. Surtout ça.

–  Bah je n’ai pas la vocation d’une baby-sitter anémique, faut que ce soit ludique avec moi. Mais bon, ce n’est pas parce que ce sont les tiens, je suis comme ça avec tous les mômes.

–  Peu importe, j’apprécie beaucoup que tu t’investisses autant auprès d’eux.

 

Le Bradley qui commence, lui, à s’investir de plus en plus avec moi en me disant que je n’ai pas besoin d’un double des clefs de sa maison dans la prairie puisqu’on sera ensemble… Euh…

 

Jeudi 12 août 2021 # IM’PASSE SANITAIRE J+22

Comment peut-il passer d’une roucoulade pareille à ce qu’il m’a fait hier sans penser que je tiquerais ?!! Je commence à comprendre que tout ce qui vient de lui me concernant n’est que velléités nappées de poudre aux yeux. C’est un manipulateur. Mais je ne peux pas lui en vouloir vraiment car je le savais déjà. Mais bon.

Il a eu ce qu’il voulait et il fait ce qui lui chante, comme ça lui chante. En trouvant toutes les excuses de la terre pour se défausser d’un truc dont il n’est pas l’instigateur ou qui ne le tente pas. En l’occurrence, cette idée de passer quelques jours en Normandie venait de moi…

Hier matin, juste avant d’aller bosser, je lui file le numéro du Normandy Beach en lui demandant de les appeler quand il part pour qu’ils sachent à peu près vers quelle heure il arrive. Et éviter le pied de grue toute la journée. Je lui demande aussi de m’envoyer un texto au départ et à l’arrivée.

Vers 13.00, n’ayant rien reçu, je l’appelle, en vain. J’envoie un texto, pas de retour. Et à 14.30 :

« Je suis sur la route. Figure-toi que l’alarme dans ma maison déconne et qu’il faut que je me rende sur place. Et je t’avouerais que de remonter ensuite te rejoindre en Normandie pour une journée pour ensuite redescendre dans le Sud, ça me dit moyen. Donc, je pense qu’on va descendre chez Connor direct. »

J’ai bien compris en rentrant hier soir qu’il avait fait ses valises pour trois semaines. Bref. J’appelle alors le Normandy Beach :

–  Have you heard from Bradley today ?

–  Not at all.

–  WTF ?!! I told him to call you, what a jerk !!! I’m so sorry!

19.30 Miles et Joan l’ont probablement attendu toute la journée, je trouve cela d’une incorrection ! Qu’il le fasse avec moi, j’ai l’habitude, on va dire, mais avec mes amis qui lui offraient l’hospitalité à lui et à ses enfants en échange d’un coup de main pour réparer le portail, cela me fout en boule.

Lui justement qui prône la ponctualité et la correction et qui tombe sur le poil des impudents qui ne respectent pas ces règles, quelle connerie. Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Et le « Je ne fais pas aux autres ce que je n’aimerais pas qu’on me fasse » combien de fois l’ai-je entendu de sa bouche en me demandant s’il se rendait vraiment compte qu’il ne faisait que ça justement…

Manipulateur. Il a eu ma voiture – il m’a louée celle avec laquelle je pars ce week-end parce que c’était moins cher que s’il en louait une pour partir deux euh trois semaines avec – il a passé le temps qu’il voulait dans sa maison avec ses enfants, un peu de temps avec moi sur Paris le temps de faire les lessives et le voilà reparti dans le Sud chez son pote comme il l’avait prévu initialement. Tout ça en faisant semblant d’adhérer à mon micro-projet avec lui.

Et dimanche dernier, j’ai émis l’envie de profiter de notre ‘dernière’ terrasse ensemble en allant bruncher à côté, il m’a rétorqué que son budget n’était pas extensible et énuméré toutes ses dépenses du moment. Je me suis dit « En quoi c’est mon problème ? » pour finir par objecter « Je ne gagne même pas la moitié de ce tu gagnes et je ne me plains pas. » et j’ai eu droit à « On ne joue pas dans la même cour ! »

Mais quand j’ai proposé de partager l’addition, là bizarrement il était d’accord. Au final, j’en ai payé les deux tiers car il n’avait « que ça » en espèces à mettre au bout… SA maison, SES travaux, SON 4X4, SON rythme de vie, SA façon de faire les choses : les autres, moi qui plus est, n’ont aucune incidence sur lui, sur sa vie.

Je l’attends le 28, quand il rentrera avec son linge sale et ses mômes qui pissent systématiquement à côté de la cuvette. Le frigo sera vide et peut-être que moi aussi. Voire j’attends qu’il me rende la voiture pour me rebarrer seule en week-end.

Bref, on verra. Pour l’instant, je n’ai pas envie de lui répondre au téléphone, de toute façon, il me laisse un message sous forme de topo militaire, donc je m’en fous. Je pars ce week-end voir mes amis en Normandie, peut-être aussi Bedelia qui est en vacances à Deauville, je vais en profiter pour prendre du temps à moi, marcher sur la plage et me remettre sur mon bouquin qui, j’avoue, n’a pas avancé d’un iota depuis belle lurette.

FOIE (trop) GRAS & CHAMBOULE-TOUT

« Dites-moi, pouvez-vous venir travailler la semaine prochaine ? »

Boss n°1 mardi dernier. Et Boss n°2 de renchérir : « On compte sur toi, c’est une mission très importante ! »

Le ‘Prévenez-moi à l’avance’ n’a pas fait son chemin dans leur tête, on dirait. Sans compter que mes oreilles bourdonnent encore de leur sonnage de cloches la veille de mon départ en vacances, justement à ce sujet-là.

 

Lundi 9 août 2021 # IM’PASSE SANITAIRE J+19

Me serais attendue à minima qu’ils me présentent tous les deux des airs de chien battu mais nada, que chi. Mais j’ai dit oui, surtout parce que mes plans de vacances à moi commençaient à prendre l’eau sérieusement. Donc, autant bosser.

Lundi dernier, j’avoue être revenue au bureau complètement déphasée après ma semaine en Vallée de Dordogne avec Bradley. Parce que c’était chouette. Globalement. Y a bien eu une ou deux fois où j’ai failli partir en le laissant en plan mais la perspective de faire du stop en rase campagne pour rallier la gare la plus proche a eu raison de mon courroux.

Non, c’est vrai, c’était vraiment bien. A tel point que l’on y retourne début octobre pour fêter nos ‘1 an’… Cucu la praline mais on assume. J’ai même laissé un avis sur Google :

Dans cette période si tensiogène, trouver une oasis où se ressourcer est une merveille de bonheur ! Tout était formidable : la cuisine, le vin, la piscine, les poules et les chats… mais le trésor de cet établissement au charme délicieusement suranné est sans nul doute ses hôtes : nous avons été accueillis comme à la maison, sans chichis ni manières mais avec une convivialité simple et authentique. Alors oui, tout n’est pas parfait mais qu’importe quand on vous sourit et qu’on est bichonnés comme nous l’avons été : on est chez des amis, on est heureux, tout simplement. Nous revenons bientôt. Signé : Bichette & Bradley

∞ Hôtel restaurant avec piscine en Corrèze à Meyssac en Périgord , bas Limousin (relaisduquercy.fr)

 

Bon. Je suis revenue gavée comme une oie dont pourtant je n’ai pas touché le foie (gras). L’omelette aux cèpes ou à la truffe, la Feuille du Limousin, le Carré Corrézien, le Rocamadour, les bières brassées localement et les excellents Triadoux et Pécharmant que j’ai découverts sans oublier la gnôle de noix, mon foie est prêt pour Noël avec cinq mois d’avance. Et ça se voit. Allez hop, à la diète la Bichette. Mais à la rentrée.

 

Dépaysée, bluesy, absolument pas la tête au boulot, je peux dire que j’ai bien morflé lundi dernier. Surtout quand j’ai vu la tonne de taf qui m’attendait. Et qu’il a fallu que je me fasse à travailler depuis le poste et le compte de Cameron qui est partie en vacances avec mon ordi et mon compte pour sa permanence back-office la semaine prochaine.

C’est décidément du grand n’importe quoi, cette boîte. Déjà pour quelque chose de prévu, c’est le bordel, alors que dire pour quelque chose d’imprévu comme une fermeture qui n’en est pas une ?… Alors oui, c’est compréhensible, les commandes flambent de partout mais si on ne peut pas les traiter, je ne vois pas trop l’intérêt.

Bref. Y a une nana qui est venue faire une pige à la logistique/export, comme elle connaît la maison depuis très longtemps, on ne se gêne pas pour la cuisiner et ce qu’elle nous dévoile au cours des pauses-déj est à figer d’effarement. Limite c’est trop gros pour y croire.

Bon, sans rentrer dans les détails, il est temps pour moi d’aller explorer d’autres prairies. D’aucuns diraient que je finaude après presque cinq mois en poste et un an auparavant au RSA. Mais si l’on ne donne pas les moyens de faire son boulot correctement, si les ordres de la Direction se croisent et se décroisent sans jamais se rencontrer, si les économies de bouts de chandelle ne se justifient plus et relèvent d’une compulsion maladive et si en plus les boss piquent des gâteaux dans le tiroir des employés, bah je dis stop.

J’attends déjà de voir s’ils reconnaissent les efforts et la bonne volonté dont je ne suis pas la seule à faire montre, soit par le versement d’une prime comme ils l’ont ‘promis’ à la voix et non par écrit, soit en ce qui me concerne par une récupération en temps. Cinq jours off à poser quand je veux, ça me va bien.

Et cette semaine que j’ai naïvement anticipé comme frisou-bidou, commence fortement à ressembler à l’infernal bordel de la semaine dernière. « Une seule mission pour Bichette… » mes fesses, oui !!! Et les bruits de couloir ne me rassurent pas le moins du monde, d’ici à ce qu’ils annulent aussi mes vacances semaine prochaine… Ah non ! Là j’ai des plans que je n’ai nullement envie d’annuler !

En effet, je pars vendredi après-midi juste après le boulot rejoindre Bradley et ses enfants au Normandy Beach. Eux y vont mercredi pour traverser toute la France samedi et rejoindre Connor et Cie dans le sud. Moi je reste quatre jours chez Miles et Joan pour ensuite redescendre chez Toto deux jours, retour au bercail le vendredi 20 pour un gros week-end que je vais certainement employer à faire du ménage et à… roupiller.

Quant à Bradley, il remonte le samedi 28 et restitue les enfants à son ex-femme le lendemain juste après leur 2ème injection du vaccin à tous les trois… Hé oui, il jurait ses grands dieux qu’il n’y céderait pas mais bon. Moi, ça m’arrange, comme ça je peux d’ores et déjà réserver le Relais du Quercy début octobre.

En parlant de 2ème injection… Autant la première ne m’a rien fait, autant la seconde vendredi dernier m’a littéralement tuée ! Le lendemain, j’étais un cadavre ambulant, j’ai même failli tourner de l’œil, je voyais des étoiles, la tête dans un étau, ne supportant ni son de plus d’une décibel ni lumière plus vive que celle qui filtrait par mes persiennes… J’avais surtout l’impression que mon corps allait se désagréger, j’avais mal absolument partout, une crise de fibro multipliée par 100 !

Et le soir venu, après quand même une boîte entière de paracétamol dans le sifflet, je pétais la forme. Trop bizarre. Bon, allez, ça c’est fait et dans quelques jours, je pourrai de nouveau aller boire une pinte en terrasse. C’est tout ce qui m’importe.

 

L’IM’ PASSE SANITAIRE

« Tu veux miner le moral de tout le monde ?! Je sais que c’est dur, que c’est dense, que tu as des soucis d’ordi et que tu veux bien faire mais tu ne dois pas à signer ton mail ‘Bichette – en mode dépité’ car c’est démotivant au possible ! Tu as un travail de représentation et tu te dois d’insuffler, comme je le fais au quotidien, le positivisme et la motivation. Donc, cela ne me plaît pas du tout, il va falloir travailler sur ta communication. »

Soufflante par Boss n°2 vendredi matin.

« Mais pourquoi tu as appelé Shannon ?!! Je n’ai jamais dit que je voulais que tu viennes travailler pendant la fermeture, je t’ai demandé si en cas d’urgence tu étais disponible ! Shannon vient de me faire tout un pataquès et j’ai perdu une demi-heure sur mon boulot ! Bref, tu n’avais pas à l’appeler ! Merde, alors ! »

Soufflante par Boss n°1 vendredi après-midi.

Il est bien loin le temps des compliments dithyrambiques du vendredi. L’orage qui couvait alors aurait-il mis tout le monde sur les nerfs ?…

 

Dimanche 25 juillet 2021 # IM’PASSE SANITAIRE J+4

En début de semaine dernière, par pure conscience professionnelle, je suis allée m’enquérir de la passation de mes tâches lors de ma semaine de vacances qui commence demain. Que n’ai-je pas fait là ! C’était comme un coup de tatane dans une fourmilière !

Pour la faire bref, absolument rien n’était prévu. Alors Shannon, tendue comme un string, s’est agitée dans tous les sens pour finalement pondre une pseudo-procédure à la n’importe nawak. Cameron et moi avons trouvé cela atterrant d’amateurisme, du jamais vu pour une boîte qui engrange des millions par mois.

Il va peut-être falloir qu’ils investissent un peu pour passer de la petite entreprise familiale à une PME qui tient la route parce que là, on commence à passer pour des guignols. Et à mettre les bonnes volontés à trop rude épreuve pour un salaire si maigre. Bref.

Revenons-en aux deux soufflantes qui résonnent encore dans mes oreilles. La première : mon ‘en mode dépité’ se voulait plus malicieux que caustique, j’étais d’ailleurs toute à ma joie d’avoir repéré cet appel d’offres issu de mon laborieux mailing du début de semaine jusqu’à ce que mon ordi me lâche encore une fois. D’où ma frustration. Mais Boss n°2 l’a mal comprise.

Quant à la deuxième, j’ai appelé Shannon – désolée si c’est elle ma RH – pour lui dire que j’étais partante pour travailler les deux semaines de fermeture, moyennant finances of course, mais qu’il fallait me le dire assez tôt pour que je puisse prendre mes dispositions. Elle aussi, elle a compris de traviole.

Bon, c’est peut-être moi qui ne m’exprime pas correctement, par mail et à l’oral donc. Je vais effectivement travailler sur ma communication, c’est-à-dire revenir à l’état de gargouille derrière mon standard.

Maintenant que j’y pense, même s’ils mettaient les moyens, je ne veux pas de leurs responsabilités qui signifient être astreintable et corvéable 24/7. Je ne veux qu’un boulot de stagiaire empotée à classer des factures et à pointer les Bic et les trombones qui manquent, 35 heures par semaine, point-barre.

Cette semaine de vacances va me faire le plus grand bien.

Enfin, j’espère… Bradley est bien rentré vendredi soir, moi j’étais un peu down après ma journée d’étrillage au taf et lui, de façon très inattendue, était détendu. Crevé, certainement. Le fait est que l’on a passé une soirée douce et tranquille. On a abordé vite fait nos vacances et le mois d’août dans la foulée, il n’a pas tiqué mais m’a quand même dit qu’il « s’excusait d’avance s’il était encore en mode connard pendant quelques jours, le temps de revenir à l’esprit civil »

« T’inquiète, j’ai vu pire venant de toi ! » lui ai-je rétorqué. Mais la perspective de ne pouvoir obtenir de passe-sanitaire dans les temps pour ses vacances avec ses fils pour lesquels il doit aussi anticiper la première phase du vaccin pour leur rentrée début septembre, a fait naître une ride de mécontentement sur son front. Ça plus tout ce qu’il a à prévoir et à faire dans sa maison, j’ai bien senti que notre semaine de vacances en amoureux allait certainement pâtir de ce surbooking mental. Et moi aussi par extension.

Du coup, tout ce que je vois se profiler à l’horizon, tous domaines confondus, prend la couleur grisâtre de l’amertume. Quand je sais qu’en plus de cela début septembre, l’anniversaire du décès de Maman va me tomber dessus et avec la quatrième vague du Covid annoncée à la rentrée, je n’ai que nuages dans ma tête. Et cela ne me convient pas du tout.

J’ai assez ramé pour trouver ma paix intérieure, il est hors de question que je m’en départisse. Je vais donc faire mon max pour tirer le meilleur de chaque chose en préservant l’unique chose qui compte, c’est-à-dire moi.

Me faire des vacances en mode désinhibé sans contraintes était un bon moyen. J’ai d’ailleurs trouvé la cops avec qui j’aurais pu partir, si ce n’est que ce n’est pas encore sûr de son côté. Bedelia, 46 ans sans enfants, sans trop de mec non plus, je me suis bien entendue avec elle quasiment depuis le début de nos pauses-clopes au boulot. Elle bosse dans une autre boîte à l’étage en-dessous du mien, on partage donc le même hall extérieur qui sert de fumoir.

Ainsi, il se peut que je passe mes deux semaines off toute seule. Je me tâte à booker un truc de dernière minute, genre Club Med pour célibs. Mais quand je regarde la tronche de mon compte bancaire, bah je me dis que non. Donc, chépa.

Sans compter que mon passe sanitaire à moi ne sera valide qu’à partir du 13 août, ma deuxième injection étant prévue le 6 août. Je pense que très vraisemblablement, je retournerai au Normandy Beach du 9 au… je verrai. Car qu’on se le dise, le passe sanitaire sera obligé dans les hôtels et les campings mais pas pour les chambres d’hôtes ! C’est débile mais c’est comme ça.

C’est pour cela que le week-end dernier en rentrant justement de ma visite-éclair en Normandie où j’ai eu un temps radieux pour une fois, j’ai fait de la pub sur Facebook pour le Normandy Beach. Déjà parce que leur clientèle britannique qu’ils avaient ramé à faire revenir, annule en masse leurs réservations dues aux nouvelles restrictions du UK – quel dommage ! – et aussi pour inciter les Français à venir dans cette oasis où la convivialité ne tue pas la liberté…

Ah le vaccin ! Ah le passe sanitaire ! Nénette est vent-debout depuis une semaine, certainement suivie par Tonton Harry rentré péniblement de la Réunion en métropole pour l’été… Je comprends sa révolte mais ce n’est pas la mienne.

Si pour faire ce que j’ai envie de faire, on me dit qu’il faut que je fasse ça, que les paramètres sont ceux-là, bah j’obéis. Je suis con, je suis un mouton mais j’assume. En fait, je m’en fous. J’ai toujours été un bon petit soldat, par passivité et désintérêt total du moindre débat que par conviction pure et dure.

Je respecte tous les points de vue, toutes les vindictes, autant que les prises de position, les adhésions aveugles, si fondés ou pas l’un comme l’autre puissent être. D’où « l’im’passe sanitaire » qui à mon sens résume bien à elle seule la situation en France actuellement.

Moi, je me suis faite vacciner parce que c’était fortement recommandé par ma boîte, bien avant cette histoire de passe sanitaire. Donc on va dire que ça tombe bien. J’ai même demandé à Malcolm au taf de me faire le test sérologique pour voir où en était mon immunité après ma première injection. Il a failli tomber de sa chaise en voyant ma réactivité si immédiate : mes anticorps sont au taquet, j’en aurais presque trop, un comble !

Donc, il se peut que j’aie rencontré le Covid de façon asymptomatique et que je n’aie pas besoin d’une seconde injection, tellement mon corps a déployé une batterie de défenses immunitaires à faire baver de jalousie tout l’Institut Pasteur. Il se peut même que si je refais une sérologie après ma 2ème injection, je vais – je cite – ‘recracher’ des anticorps ! J’ai déjà recraché plein de trucs dans ma vie mais jamais d’anticorps, hmm…

J’en ai profité pour poser quelques questions à Malcolm. En tant que Directeur Scientifique, il est le mieux placé pour me répondre.

–  Tu sais que je me demande si l’on ne m’a pas injecté un placebo ?… Je n’ai eu aucun effet secondaire, à part une douleur au point d’injection, je me dis qu’avec mon background d’allergies à tout ou presque, ce n’est pas normal, d’où mon interrogation. Qu’en penses-tu ?

–  C’est peu probable. Dans quel but ?

–  Bah de sauver des doses ?

–  Mouais, nan, il n’y aurait aucun enjeu mercantile à faire ça. Et vu ton immunité, ça m’étonnerait. Dis-toi qu’il n’y a rien d’allergisant dans ce vaccin, il n’y a que la molécule, le reste c’est du gras !

–  Ah bah c’est pour ça que j’ai grossi ?!

Moment léger dans ce petit bureau transformé en salle de tests. Et Malcolm de conclure : « Quand bien même, tu as encore de la marge parce que tu n’es pas bien épaisse. »  Je l’adore, ce mec !

Même si je n’arrive plus à rentrer dans mes fringues. L’arrêt total de mes séances de gym-danse quasi-quotidiennes, les apéros à tire-larigot et l’effet indésirable à retardement de la Paroxétine doivent y être pour quelque chose, plus que le vaccin au beurre.

Bah ma pesée annuelle étant au 1er janvier 2022, j’ai encore le temps de rectifier le tir. D’ici là on sera re-re-confinés et les bars seront fermés donc plus d’apéros.

Sur ce, je m’en vais préparer mes affaires, départ demain midi pour Collonges-La-Rouge.

VACANCES AVEC MOI-MÊME ?

–  Vas-y, fais-moi rêver ma chérie, que vas-tu faire ce 14 juillet ?

–  Buller en pyj toute la journée.

Tu en as de la chance ! Bon allez, encore neuf jours et je reviens.

–  Déjà ?!

–  Ça fait plaisir… J’en déduis que je ne te manque pas…

Le cri du coeur. Oups.

Jeudi 15 juillet 2021 # DECONFINEMENT LIBERTAD ! (mais plus pour longtemps) J+26

C’est vrai qu’il ne me manque pas. Je pense à lui mais voilà, quoi. Et quand j’anticipe le mois d’août avec ses enfants qui ne sont pas vaccinés comme leur père qui s’égosille à dire qu’il préfère être un exclus plutôt qu’un mouton, bah je me dis qu’il va falloir que je me trouve un plan B pour mes deux semaines de vacances que je n’ai nullement l’intention de passer en huis-clos piscine-barbecue – les deux trucs que j’abhorre par-dessus tout – dans la propriété dans le Sud-Ouest de Connor le dictateur, lui aussi avec ses enfants.

J’ai pas fait de mômes, ce n’est pas pour supporter ceux des autres pendant mes premières vacances depuis 6 ans. J’ai envie de fun, entre meufs tiens, faut donc que je me trouve une pinco dispo. Vu que toutes mes cops sont avec mari et enfants, bah je crois que je vais me faire des vacances avec moi-même.

Bon, en attendant, j’ai du taf à ras la truffe. J’ai mis en rouge dans tous mes mails que je suis off dans 8 jours et rebelote dans 3 semaines, mauvaise idée, ils me tombent tous sur le poil à qui mieux mieux pff…

Ce week-end, je vais voir Miles et Joan au Normandy Beach. Le grand beau est annoncé, je vais enfin pouvoir faire ma longue balade sur la plage. Tiens, j’ajoute ça aussi à la liste ‘Essentiels de ma vie’. Pis les feux d’artifice. Comme celui qui s’est déroulé pile devant mes fenêtres hier soir.

UN EDEN AU MILIEU DES ROSES

“On a aussi des cochons d’Inde qui s’appellent Pastèque et Sushi. Y en avait un autre mais il s’est échappé… Tu veux le voir ? Il s’appelle Brocoli.”

Marianne 8 ans, en me prenant la main samedi soir sur la pelouse jouxtant la guinguette en bord de Loire où je dinais avec Toto et toute sa smala. Les moments qui ont suivi resteront à jamais en moi comme la quintessence même du bonheur absolu. D’une perfection divine.

Je suis fière d’avoir su reconnaître le Paradis, extatique de m’y être promenée et imbue de m’en faire le témoin.

Lundi 12 juillet 2021 # DECONFINEMENT LIBERTAD !  J+23

Samedi soir donc, dans ce crépuscule d’une douceur inespérée – considérant les prévisions d’orage apocalyptiques dont on nous a farcis les oreilles depuis la veille – je suis sortie de sous le dais couvrant la guinguette pour aller fumer une cigarette un peu plus loin.

Mon attention s’est vite focalisée sur une poignée d’enfants tourbillonnants et de chiens débonnaires qui s’ébattaient sur la pelouse, encadrée d’un côté par un haut mur de pierres recouvert de vigne vierge et de l’autre, par un pigeonnier dans lequel trois tourterelles dormaient paisiblement, la tête sous l’aile.

Un sourire est alors monté à mes lèvres. Le tableau que j’ai vu se peindre littéralement sous mes yeux a ravi mon coeur et mon âme au plus profond. Les guirlandes de lumière de la guinguette, la musique en fond, le brouhaha des gens qui dînaient dans la bonne humeur, les rires des mômes, l’odeur de la terre après la pluie, le parfum du chèvrefeuille, du jasmin, des roses qui m’enrobait par vagues…

Je me suis laissée emporter sans aucune hésitation. Je devais rayonner quelque chose car non seulement les enfants sont venus à moi spontanément mais aussi les chiens avec leur baballe toute gluante que je me suis donc mise à renvoyer en riant. A l’un surtout qui, hors de souffle et la langue touchant terre, continuait inlassablement de me la rapporter, voire de la pousser du museau jusque sur mes pieds pour ne pas me laisser le choix…

Ainsi, vite rejointe par son petit frère de 5 ans Eothan qui lui m’a roulé sur les pieds avec son vélo à roulettes en déclamant être Batman, par une poupée timide de 6 ans qui a murmuré son prénom Annabelle à mon oreille et par un petit joufflu taquin de 7 ans Stanislas qui s’est esclaffé lorsque moi j’ai dit mon prénom, Marianne m’a entraînée au travers d’une roseraie divinement odoriférante jusqu’à un superbe potager en contrebas. Au milieu, un prunellier dans lequel, semblait-il, Brocoli avait élu domicile.

Un cochon d’Inde volant, une première, me suis-je dit. Mais imprégnée dans le scénario, je me suis jointe de bon gré à la petite chorale initiée par Eothan, debout sur la pointe des pieds, les mains en cornet à s’époumoner “BROCOLIIIIII… BROCOLIIIII… OU ES-TU ?!” pour finir dans un éclat de rire, la bouche grande ouverte. Avec sa culotte courte, ses oreilles décollées et son air gouailleur, j’ai vite eu pensé à la Guerre des Boutons

Puis, Marianne est venue m’apporter une fleur qu’elle venait de cueillir en me disant avec un grand sourire “C’est pour toi!”… Cela se voyait qu’elle mourrait d’envie de me faire un câlin mais le Covid l’ayant dressée depuis longtemps, elle n’a pas osé. J’avoue que moi aussi, je serais bien passée en mode big hugs… C’est fou, il est plus recommandé de se faire faire des léchouilles par un cabot baveur que des bisous par des pitchounes !

Mais bon, quel bonheur que toute cette profusion de candeur ! Cela m’est alors apparu très clairement. A ce moment précis, sous mes yeux, dans mes mains, dans mon coeur, l’essentiel de la vie était là : des fleurs, des enfants heureux qui rient à pleins poumons, une baballe mâchouillée.

Et dans la nuit au téléphone, le coming-out de Bradley, tout roucoulant après près d’une semaine sans news : “Tu veux que je t’avoue un truc ? Bah tu me manques. Physiquement, spirituellement, sentimentalement… Voilà, c’est dit. Je t’embrasse, ma chérie, je t’aime!”

Si je n’avais pas déjà été couchée sur le clic-clac du salon de Toto, j’en serais tombée à la renverse. Mais j’ai pris sans ergoter, sans arrière-pensées. Avec ce que je m’étais mise dans le cornet deux heures auparavant, je n’avais plus de pensées tout court. Et d’une certaine façon, moi aussi j’ai roucoulé.

Me suis endormie béate de cette soirée magique.

UNE BAFFE AU FOIE GRAS

–  Tu m’as demandé une salade périgourdine, je t’ai fait une salade périgourdine. Mais je ne pouvais pas acheter seulement quatre tranches de magret fumé, dix grammes de foie gras et deux gésiers confits donc il y a des restes. Alors, j’ai pensé te faire un sandwich pour le trajet jusqu’à l’armée, qu’en penses-tu ?

–  Bah j’aime pas les sandwiches au foie gras…

Et pan dans ma tronche. J’aurais dû lui coller dans la sienne avec la facture samedi soir.

 

Lundi 5 juillet 2021 # DECONFINEMENT LIBERTAD !  J+16

Mais que c’est chouette d’être seule ! Dès que j’ai eu déposé Bradley à son régiment hier matin, j’ai poussé un grand soupir de soulagement derrière le volant de ma Clio. Une sensation de liberté. Independence Day.

Je suis rentrée guillerette faire mon ménage puis glander sur mon canapé tout neuf que je n’ai pas beaucoup squatté depuis que je l’ai reçu. Je crois que je n’ai jamais autant apprécié vivre seule. Je vais reprendre ma petite routine, faire mes bidules comme je l’entends et n’avoir personne d’autre que moi à prendre en compte. Ni à rendre compte.

Je réalise que de le savoir loin pour quelques temps me fait penser à lui de manière plus conciliante. J’étais à cran, en may-day perpétuel depuis un mois sans pouvoir reprendre mon souffle ni prendre le recul nécessaire pour penser objectivement.

Ce qui m’amène à la conclusion évidente : je ne suis décidément pas faite pour une vie à deux. J’étouffe, j’ai besoin de pauses. Une histoire sérieuse, pourquoi pas, mais pas 24/24. Surtout avec un gougnafier comme peut l’être Bradley.

Déjà, on verra à son retour lors de notre semaine de vacances s’il fait les efforts qu’il m’a promis. Et a fortiori sur tout le mois d’août, que l’on est censés passer ensemble avec ses enfants… J’appréhende un peu. Chat échaudé craint l’eau, dit-on.

D’où le caractère primordial de ces trois semaines pour moi toute seule. Et comme au boulot ça s’est un peu calmé, j’ai vraiment l’impression d’être en vacances.

Je savoure.

LAST CHANCE

“Des bulles légères et pétillantes. C’est ça que je veux dans ma vie, tout ça et rien d’autre que ça. »

Moi mardi soir, bien campée sur mes ergots dans le duel façon western qui m’a opposée à Bradley. Car la veille au soir, j’ai senti qu’il fallait que je livre mon dernier combat. A la vie, à la mort. De notre histoire.

 

Vendredi 2 juillet 2021 # DECONFINEMENT LIBERTAD !  J+13

–  Bon, j’annule ma semaine de vacances auprès de Shannon ou pas ?

–  Pourquoi ?

–  Bah d’une, toi et moi n’avons plus une tune et de deux, si je dois annuler c’est maintenant or never.

–  Je t’ai dit, laisse-moi le temps de faire mes comptes.

–  Non, pour une fois, faisons les choses selon quelqu’un d’autre que toi. Je ne peux pas attendre.

–  Bah j’en sais rien ! Et toi, quel budget as-tu, hein ?

–  J’aurais mis comme toi. Pour la parité.

–  Elle est facile, celle-là ! Quelle parité ?

–  Celle que tu m’as foutue dans la tronche hier soir.

–  Ah bah parlons-en d’hier soir justement !

–  Pour une fois, on est d’accord. Je commence.

J’ai respiré un grand coup et j’ai enchaîné.

–  Que tu vomisses partout dans le salon parce que tu étais bourré comme un coing, peu importe, j’aurais même pu trouver ça marrant. Mais la moindre des choses est de t’excuser, non ?

–  Je l’ai fait ! Encore une fois, tu ne m’as pas écouté, donc pour la seconde fois et je te regarde dans les yeux quand je te le dis : je m’excuse !

–  Je devrais enregistrer nos dialogues de sourdingues, tu serais surpris. Bref, moi je ne m’excuserai pas d’un truc pour lequel je n’ai pas à m’excuser.

–  Bah crois-moi, je vais te garder un chien de ma chienne ! Tu t’es arrogée le droit de me faire cracher au bassinet en contrepartie de tout ce que tu m’a donné jusqu’à aujourd’hui ?! Ce n’est pas pour le montant que j’aurais réglé de toute façon mais pour le principe : tu commandes des planches parce que tu as faim puis tu te casses sans un mot, tu nous plantes en terrasse en nous laissant l’addition ! J’ai trouvé cela très cavalier de ta part !

–  J’avais trois grammes, j’ai rien calculé, c’est tout !

–  C’est bien ce que je dis : tu as trouvé ‘normal’ que je paye pour toi. Alors qu’on s’était dit le matin même qu’il fallait limiter les dépenses ! Tu t’es dit que je devais raquer parce que je te devais bien ça ?!

–  Je ne me suis rien dit du tout, j’étais soûle, point-barre !!

–  Peu importe, ton attitude m’a choqué, voire blessé et j’attends que tu t’en excuses. Moi, je l’ai fait deux si ce n’est trois fois alors à ton tour !

–  Mais va te faire voir !!! Quand bien même j’aurais eu en tête de te faire ‘cracher au bassinet’ comme tu dis, je ne te savais pas si mesquin ! Je t’héberge, je te prête ma voiture, je te nourris, je nourris tes enfants quand ils sont là…

–  Je ne savais pas que je devais te rémunérer.

–  Hé je ne suis pas ta catin, fais gaffe ! Je l’ai fait de bon gré sans attendre quoique ce soit en retour. J’ai beaucoup de défauts mais certainement pas le manque de générosité.

–  C’était peut-être inconscient chez toi alors mais je l’ai mal pris quand même. Je te signale que je remplis le frigo quand je peux, j’ai acheté de l’huile et des bougies pour ta voiture, je mets de l’essence…

–  C’est toi qui t’en sers !

–  Ce que je veux dire, c’est que je participe à égale mesure. D’autre part, je te rappelle que c’est moi qui t’ai invitée le week-end dernier alors que je viens d’acheter une maison, que j’ai plein de travaux qui coûtent la peau du cul, qu’il y a les vacances avec les enfants à prévoir et que je viens de lâcher 5.000 balles pour faire réparer mon Dodge !

–  Moi, ça fait un an que je suis au RSA, que je vis sur ma pelote qui a disparu depuis longtemps déjà, que je suis criblée de dettes, que j’ai un salaire qui couvre à peine mes charges fixes et je ne me plains pas.

–  Tu fais ce que tu veux avec ton oseille, moi je fais attention, c’est tout.

–  Et le bon plan, c’est de vivre à mes crochets ?

–  Quoi ?! C’est plutôt moi qui devrais dire ça ! « Le mec vient de toucher 100 patates en indemnités de licenciement, c’est le moment d’en profiter. »

–  C’est ce que tu penses de moi ? Une bimbo vénale ?! Tu veux que je ressorte toutes les factures de bouffe, d’alcool, de Deliveroo et du lit que je t’ai donné ?!

–  Et moi, tu veux que je ressorte mes notes d’essence et de parking pour venir te voir ?!

–  On en est là… Dieu que c’est pathétique !

Petite pause entre deux rounds, à bout de souffle tous les deux. Il reprend après une cigarette.

–  Tu me prêtes des intentions, des mots qui ne sont pas les miens. Tu as des œillères, tu interprètes comme ça t’arrange et tu me vois de travers.

–  C’est bizarre, je pense la même chose à ton égard. J’ajouterais que je ne connais personne qui a autant de mauvaise foi que toi. Et vire ton téléphone pendant qu’on parle, c’est un manque de respect que je n’accepte plus. Tu sauves des vies, tu sauves le monde ?!

–  Ça devient compliqué entre nous…

–  Au contraire ! Au début, on pensait que certaines choses allaient peut-être poser problème entre nous mais vois-tu, je n’ai pas de problème avec ton armée, je n’ai pas de problème avec tes enfants, je n’ai pas de problème avec le fait que tu achètes une maison à 300 bornes et que l’on se verra de temps en temps, c’est avec toi que j’ai un problème. Tu ne te rends pas compte de la façon dont tu me traites, dont tu me parles, tu fais un délire de persécution me concernant, c’est terrible ! Y-a-t-il des choses d’il y a 20 ans dont tu me tiens rigueur ?

–  Non.

–  Interroge-toi, sérieux. En tout cas, moi l’enfer, j’ai donné et je n’en veux plus. J’arrive à un âge et à un tournant de ma vie où je ne veux vivre que des bonnes choses en toute sérénité. Je n’ai aucune responsabilité, personne d’autre que moi-même à penser avec encore quelques belles années devant moi qu’il est hors de question de gâcher.

–  Moi aussi je veux ça.

–  Bah ce ne sera pas avec moi, vu comme c’est parti.

–  Allez, vas-y, je sens que tu as envie de vider ton sac. Ce sera peut-être salutaire.

Alors, j’ai vidé ma malle-cabine. Mon container. Fini d’essayer de lui dire les choses par lettre ou par mail, j’ai tout déballé. De façon étonnamment posée, qui plus est. Je lui ai déclamé sans ciller mon cahier de doléances, en gros, ce que j’écris dans ce blog à son sujet comme un défouloir.

Il a semblé tomber des nues. Il a tenté de répliquer sur un ou deux trucs mais j’ai eu vite fait de le rabrouer comme il le fait avec moi, en lui pointant que c’était justement une des choses que je n’acceptais plus désormais.

–  Et la cerise sur le pompon de la cerise, c’est la raison à mon – je te cite – ‘manque de libido dernièrement’. Je me suis confiée à toi un soir, je t’ai dit ce qui m’était arrivé et les traumas que je trimballais encore aujourd’hui et toi, tu fais exactement ce avec quoi j’ai du mal ! Tu m’as même prise de force !

–  Non, ce n’est pas vrai !!! Tu ne t’es pas débattue ?

–  Je t’ai même dit stop.

Il était atterré. Consterné.

–  Je commençais tout juste à vouloir refaire confiance à un homme mais depuis ce soir-là, bah je me méfie de toi. C’est pour cela que je ne peux pas me lâcher. Je n’ai plus confiance.

–  Oh non ! Pas ça ! Je suis tellement désolé !

Il a paru horrifié, véritablement choqué par mes révélations. Je ne me suis pas appesantie, je suis allée droit à la conclusion.

–  Des bulles légères et pétillantes, c’est tout ce que je veux dans ma vie. Rien d’autre. Je ne veux plus que tu me parles comme à un chien, que tu me cries dessus, que tu me manques de respect, que tu me traites comme une moins que rien. Je ne veux plus que tu me manipules en étant un jour démon et ange le lendemain. Donc, si tu ne t’en sens pas capable, si tu ne peux pas faire ces efforts pour aller dans mon sens, autant en rester là.

–  Et toi, tu as fait des efforts pour essayer de me comprendre ?

–  J’en ai fait plus que je n’aurais dû. Ce n’est plus à moi de les faire.

–  Bon, alors oui, je vais faire de mon mieux. Et toi, continue les efforts que tu faisais et si cela peut te rassurer, on ne refera l’amour que lorsque tu auras de nouveau confiance en moi.

–  Tu essayes de reprendre la main, là. Que les choses soient claires : c’est notre dernière chance.

–  A ce point-là ?…

–  Pour moi, oui. Je ne referai pas la même que lorsqu’on a divorcé il y a 20 ans.

 

Le lendemain, mise en pratique de nos bonnes résolutions. En terrasse au Q.G. avec Connor et son associée, j’ai fait l’effort d’y rester dîner alors que j’avais envie d’autre chose que des sempiternels frites-fromage – Connor, en voilà un autre de despote, généreux certes mais ne souffrant qu’on le contredise – surtout que j’avais encore la planche mixte de lundi au travers de la gorge.

Mais je les ai quittés vers 22.30 car j’étais fatiguée, j’avais froid et besoin de me retrouver seule. Je leur ai dit de monter s’ils le voulaient pour le digeo, j’ai jeté un billet de 50 sur la table alors que Bradley me disait qu’il m’invitait et je suis rentrée.

Le lendemain matin, Bradley m’a demandé gentiment pourquoi j’étais partie aussi soudainement, pensant que je n’avais pas passé une bonne soirée. Je lui ai expliqué calmement, il a semblé comprendre et accepter. Il m’a quand même balancé que Connor l’avait mal pris et que mon attitude était parfois bizarre, même quand on me connaissait.

« Etre soi-même, c’est bien ce que tu prônes, non ? Bah je suis moi-même et je me fous de savoir ce qu’on en pense, Connor le premier. »

 

Et aujourd’hui, on a booké nos vacances. Le cahier des charges de Bradley était ‘soleil et pas cher’, le mien était ‘un endroit que ni l’un ni l’autre ne connaît’. Ce sera donc Collonges-La-Rouge en Corrèze.

Depuis notre grande explication de mardi, je dois reconnaître que Bradley a changé. C’est pratiquement le jour et la nuit. Il fait des efforts également pour ne pas repiquer dans ses travers et je ne me gêne plus pour le remettre à sa place dès qu’il frôle l’ignominie.

Ça l’a fait réfléchir aussi. Et il s’est enfin ouvert à moi sincèrement. Je pense que j’ai alors compris beaucoup de choses à son sujet, lui aussi du coup. Même si cela ne lui servira pas de justificatif à mes yeux.

« Tu disais que je suis dans la vie comme je suis à l’armée, que je suis au combat non-stop, que je vis comme en temps de guerre, c’est vrai. La parano, le qui-vive, l’agressivité, c’est une déformation professionnelle mais pas que. Je suis comme ça depuis que je suis tout petit, j’ai appris à me débrouiller seul à l’âge de 10 ans, à ne pas faire confiance et être toujours prêt à affronter le pire. Je ne me sens en sécurité nulle part. Je ne sais pas être autrement. J’ai l’impression de trimballer un sac sur le dos, que je ne peux pas, que je n’ai pas le droit de poser… »

Je le comprends et je le plains, vraiment. Mais je ne veux pas en payer les pots cassés, pas deux fois dans la même vie, non.

 

Dimanche, il part pour ses trois semaines à l’armée. J’ai hâte.

Besoin urgent de me retrouver avec moi-même.