Saison 12

MAYDAY ! MAYDAY !

« Laisse-toi un peu de temps, un sevrage n’est jamais immédiat… »

L’excellent conseil de Yang hier midi au sortir de notre entrevue ‘BFF emergency’ faisant suite à ma requête désespérée du matin. Je n’étais vraiment pas encline, sur le moment, à suivre ce dernier tellement j’étais dans le mal. Mais Bradley hier soir m’ayant, à sa façon c’est-à-dire en mode instructeur-commando, fait la même recommandation (ou injonction ?), cela a fini par faire son chemin dans ma tête.

 

Mercredi 1er septembre 2021 # IM’PASSE SANITAIRE J+42

Depuis samedi dernier, je ne prends plus que 10 mg de paroxétine, soit la moitié de ce que je prends depuis novembre dernier. En effet, ma doctoresse m’a vivement incitée vendredi à commencer mon sevrage de ce qui ne saurait être une béquille à vie.

Pourquoi j’ai commencé, au fait ? Ah oui, mon TPB qui m’a explosé en plein museau, clôturant ainsi de façon magistrale si je puis dire, la période jonchée d’enfers dans laquelle je me suis noyée. Mes quatre ans de prison, le chômage, la maladie de ma mère puis son décès, je suis arrivée en bout de course avec seulement deux options : le flingue ou la bouée.

J’ai choisi la bouée. Sous forme de cachets. Je savais parfaitement que cela ne traiterait pas le fond mais cela m’aura au moins permise d’éviter l’autre option. La thérapie, bah j’ai botté en touche car pas de budget-psy avec mon maigre RSA de l’époque. Donc, pour imager, j’ai couardement caché ma poussière sous le tapis. Mais…

La paroxétine a eu un effet-miracle sur moi alors que demander de plus ? La douleur qui me grignotait de l’intérieur a disparu et je suis parvenue à me retrouver après toutes ces épreuves qui, sans victimisation de ma part, en auraient laissé plus d’un sur le carreau.

Cette molécule a parfaitement fait le job en calmant le loup en moi. Je ne suis pas devenue pour autant détachée, indifférente en mode zombie, au contraire, je trouve que j’ai retrouvé une belle patate à ce moment-là, non c’est simplement que les choses – négatives – n’ont plus eu prise sur moi, ancrant solidement et durablement mon for intérieur dans une douce quiétude.

Qu’est-ce que j’étais bien ! Plus de vacarme dans ma tête, plus d’ouragans, plus d’angoisses insondables ni de nœuds inextricables, plus de gangrène des mots et des pensées, plus d’envies d’annihilation… Au contraire, je me suis sentie vivre et revivre, en conscience pleine et claire de tout mon être, j’étais enfin bien, enfin moi.

Jusqu’à il y a deux jours.

Ça s’est abattu sur moi comme une nuée de sauterelles affamées, me bouffant littéralement sur pied en l’espace de quelques heures. Je n’ai pas compris tout de suite, j’ai mis ça sur le dos de Bradley et de notre troisième prise de gueule depuis son retour, et je me suis dit que cela passerait comme toutes les fois précédentes.

Mais non, c’est monté en puissance. Quand je suis arrivée au boulot, Cameron et Bedelia se sont tout de suite inquiétées de ma mine de traviole. Là, ça a commencé à me mettre la puce à l’oreille. Et c’est en en parlant avec Yang hier midi que j’ai tilté. Et hier soir en l’expliquant à Bradley.

–  Tu comprends pourquoi c’est compliqué pour moi de me projeter avec toi ? J’aimerais savoir dans quoi je m’embarque car je n’ai pas le temps de perdre mon temps.

–  Je ne sais pas moi-même. Le TPB est une maladie incurable, dont je peux éventuellement atténuer les symptômes avec un combi médocs-thérapie mais sois sûr que j’en souffrirai toute ma vie. Ainsi, je peux comprendre tes réticences à t’engager avec une malade mentale, y a tes enfants, tout ça, donc je ne te jetterai pas la pierre si tu renonces.

–  Tu sais que j’étais à deux doigts ce matin de te rendre tes clefs et de me barrer ?

–  Qu’est-ce qui t’a retenu ?

–  CONNASSE, PARCE QUE JE T’AIME, BORDEL DE MERDE !!!!!

Et de conclure quelques instants plus tard sur un ton suave depuis bien longtemps oublié : « On va s’en sortir. Tous les deux. »

Alors ce matin, devant mon pilulier, j’ai coupé la poire en deux : 13mg de paroxétine. Ce qui veut dire une pente de sevrage moins abrupte. Et une accalmie, toute relative mais néanmoins bienfaisante, en moi.

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