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BRADONS, LES BILOUTES !

« Une mini-tornade sur des kilomètres !

Suivant deux couloirs traversés par des vents à plus de 100 km/h certainement, de Pampa-Les-Bains à Saint-Tataouine, une tempête à la dureté d’une tornade a causé d’impressionnants dégâts, hier jeudi 27 août en début de soirée. Fort heureusement, aucun blessé n’a été à déplorer.

L’épisode a duré d’un quart d’heure à une demi-heure et a laissé derrière lui un spectacle de désolation. Arbres abattus ou sectionnés, toitures endommagées ou soufflées, tôle de hangars écroulées et envolées, inondations, électricité coupée : les stigmates ont été observés jusqu’aux portes de … »

Oui, j’étais dessous, merci.

 

Samedi 5 septembre 2026

J’en suis encore toute décoiffée ! Et comparé aux dégâts reportés, je ne m’en sors pas si mal avec seulement internet en vrac et ce que je vais vous raconter…

Jeudi 27 août donc, en fin de journée, j’ai décidé d’aller repiquer ma rose de Noël dans le jardin. Ouais, je sais, une rose de Noël en août. Bref, le ciel était déjà bien chargé mais je me suis dit que j’avais le temps avant la prochaine drache.

Qui n’a pas tardé à tomber. Au début, sporadique, puis très vite, lourde et drue. J’ai alors plié les gaules et je me suis réfugiée sous l’un de mes appentis. Au moins, me suis-je dit, j’allais pouvoir observer grandeur nature le cheminement de l’eau sur les tôles et dans les gouttières.

Puis sont tombées des trombes d’eau, accompagnées d’un vent à décorner les cocus. J’ai même vu se former un véritable tourbillon dans le jardin et là, je me suis tout de même demandé s’il était très judicieux de rester sous un appentis fraîchement reconstruit, couvert de tôles tenues par trois clous et 2 gros cailloux, en attendant tranquillement de savoir s’il allait résister ou pas.

J’ai également considéré ce qui pouvait éventuellement m’arriver sur le coin du nez : ma serre en plastique, certes, mais avec une armature métallique ; une tôle, donc ; une branche ; voire le pommier tout entier si celui-ci décidait de se déraciner.

J’ai donc commencé à reculer.

D’abord sous le deuxième appentis, puis vers la porte latérale du garage, jusqu’à finir complètement à l’intérieur. À un moment, j’ai même eu du mal à refermer la porte coulissante tant le vent poussait. J’ai alors attendu quelques minutes que ça se calme, en me demandant ce que j’allais retrouver dehors.

Puis, je me suis retournée… Et là, je n’ai pu m’empêcher de pousser un cri d’effroi : mon garage était inondé !

La pluie, poussée quasiment à l’horizontale par le vent, s’engouffrait sous la porte basculante à flots continus jusqu’à former une sacrée piscine, notamment sous mon banc… en bois.

Me voilà donc repartie dans la tempête pour chercher deux parpaings au fond du jardin afin de rehausser le banc. Ensuite, il a fallu écoper. Avec… une mini-raclette de pare-brise ! C’est le seul truc, vaguement efficace, que j’avais sous la main.

Oh même si j’avais eu une raclette digne de ce nom, ça n’aurait pas été mieux : essayez d’évacuer de l’eau que le vent s’emploie consciencieusement à renvoyer…

Bref, la tempête passée et une bonne heure à finir de tirer l’eau dehors, je suis allée voir le jardin… Super bonne nouvelle : rien n’a bougé ! L’appentis, les tôles, la serre, le pommier, rien n’a bronché. À part les transats qui eux sont allés faire un tour cinq mètres plus loin.

Et de retour sur la terrasse, vaguement inquiète, je constate avec soulagement que les flots de pluie ne se sont pas déversés sous la porte de la cuisine. Excellent boulot de Raoul avec sa dalle-béton pentue là où il faut !

Donc, voilà, crash-test tempête : globalement, que du positif !

 

Et pour finir mes vacances qui décidément ont très mal porté leur nom cette année, je me suis attaquée à mon ménage Armageddon, avec la ferme intention de tout faire briller du sol au plafond.

J’avais notamment décidé de repasser du rénovateur sur les parquets. Cela aurait dû être une opération relativement anodine si mon balai applicateur n’avait pas choisi bah de décéder : douche de pieds au rénovateur donc, avec aspersion sur les murs et plinthes du palier.

Aspersion que j’ai découverte bien évidemment trop tard le lendemain matin, une fois le produit bien sec et sans plus aucune envie de repartir.

Après quelques tentatives, j’ai décidé que je n’avais ni le temps ni l’envie de passer quinze heures à gratter chaque projection : je recouvrirai tout simplement le bas du mur avec un lé horizontal de vinyle adhésif imitation claustras. À problème pénible, solution de feignasse créative.

Et dimanche à 19h, après deux jours d’intense labeur, j’ai enfin posé les armes. Et là, je suis restée béate de contentement. Ma maison était propre. Mais vraiment propre. Les parquets avaient retrouvé une jolie tête au final, tout avait été aspiré, lavé, frotté, rangé, dépoussiéré et désaraignéisé.

Après des mois de travaux, de poussière, d’allées et venues les pieds sales, de cartons, de jardinage et de bricolage, j’ai enfin eu cette sensation merveilleuse de regarder autour de moi et de voir non plus une maison dans laquelle il restait toujours quelque chose à faire avant qu’elle soit présentable, mais ma maison, propre, rangée, jolie et terminée — ou presque.

Mais j’étais également complètement rincée. Et le lendemain matin, le réveil a sonné à 6h pour retourner au boulot.

 

Autant dire que la reprise a été douloureuse.

J’ai vraiment traîné des savates. Trois semaines loin de mon nid de vipères n’ont pas miraculeusement changé ce que je pense de mon environnement professionnel et le fait d’être partie en vacances sur une non-augmentation que je n’ai toujours pas digérée, n’a évidemment rien arrangé.

Mais je ne m’attendais pas à être aussi mal physiquement.

Bref, je suis arrivée complètement exténuée. Pas juste fatiguée, pas juste en manque de sommeil : vidée. Les yeux qui brûlent, une sensation d’oppression générale, mal absolument partout et l’impression assez nette que mon corps me présentait la facture des trois semaines précédentes.

Cela ressemblait furieusement à un début de crise de fibromyalgie, probablement déclenchée ou a minima favorisée par l’épuisement accumulé pendant mes vacances qui, rappelons-le, n’en ont absolument pas été.

Pour autant, je n’ai pas passé ma matinée de ce lundi de reprise à contempler mon écran d’un œil de maquereau mort. J’ai épluché mes mails, remis mes dossiers à jour et repris les sujets prioritaires.

Mais je ne suis pas allée voir ma boss bille en tête dès lundi matin, comme j’avais dit que je le ferais. Pas la force. Non, je l’ai simplement croisée dans les couloirs :

— Bonjour, vous allez bien ?

— Bonjour, et vous ?

— Très bien, merci.

Et nous en sommes restées là.

Jeudi matin, en revanche, à 8 h 29 précisément, cela faisait déjà une heure que j’étais sur le pont, lorsque je suis allée la voir sur un dossier. Elle était d’agréable humeur et, pour une fois, nous avons été parfaitement raccord sur le boulot.

J’en ai donc profité :

— Sinon, sur un autre sujet : avez-vous pu voir ce dont on s’était parlé juste avant les vacances ?

— C’est-à-dire ?

— Ma non-augmentation…

— Ah oui ! Non, je n’ai pas pu voir mais je n’ai pas oublié. Je reviens vers vous rapidement.

Pas revêche, pas pète-sec. Elle a même semblé plutôt gentille et concernée.

Je ne sais comment l’interpréter. Si elle avait eu des griefs contre moi, mon boulot, elle me l’aurait dit direct, non ? Donc, je ne sais pas. J’attends. Et si rien ne vient d’ici la fin du mois, je remettrai une pièce dans la machine…

 

Ah lundi aussi, c’était la rentrée de Raoul qui est passé voir les changements de mon « chantier ». Splendide, le Raoul. Tout bronzé, avec ses yeux bleu clair qui ressortaient particulièrement bien…

Oui, j’avoue, à une époque, j’avais un petit faible pour Raoul. Au grand étonnement général parce que personne autour de moi ne semblait comprendre ce que je pouvais bien lui trouver. Moi, j’aime son calme, son absence totale de goût pour le babillage et j’ai toujours eu un faible pour les gens capables de faire des choses de leurs mains.

Bon, cela m’est passé. Mais c’est vrai qu’il a de beaux yeux.

Bref, lundi soir, nous avons fait le tour. Comme souvent avec lui, je lui ai montré et expliqué les problématiques et l’on a discuté ensemble des solutions les plus simples et, si possible, les moins coûteuses.

Je lui ai d’ailleurs clairement annoncé la couleur : comme je cours un peu après l’argent en ce moment, les 300 euros que je lui avais donnés d’avance pour refaire mes persiennes — qu’il va finalement me rendre et simplement remettre en place — seraient fort bien employés à couvrir la majeure partie des travaux supplémentaires comme… la journée mini-pelle.

En gros, arracher les souches, abattre les arbres morts, même celui qui fait 6 mètres de haut – Pas difficile, faut juste qu’il tombe du bon côté – dixit Raoul, évacuer les branchages, décaisser les 10m² de bosse de terre et de racines de ce punaise de lierre de mes deux…

La mini-pelle : sauveteuse de mes bras-épaules fibromyalgiés et épuisés.

Mais pas tout de suite, ne t’emballe pas, Raoul. Sinon, il faut que je cavale encore pour finir de descendre les derniers trucs et de débroussailler les ronces… Oui, on verra ça en octobre.

Et donc, sauf imprévu, Raoul revient lundi avec au programme : terminer enfin la marquise au-dessus de la porte de cuisine, essayer de comprendre pourquoi le spot extérieur fonctionne un jour et pas le lendemain, sceller la plaque du regard de l’évacuation de la cuisine, fixer le moteur de ma porte de garage, remettre une pente digne de ce nom à l’une des gouttières, recoller son té fuyard et voir ce qu’il peut faire, à moindre coût, pour rendre complètement étanche le toit des appentis.

Si tout va bien, mardi prochain, je pourrai enfin fumer ma clope sur le pas de la porte de cuisine correctement abritée sous ma marquise, sans rentrer mes cendriers chaque fois qu’il pleut trois gouttes, et je pourrai même laisser mon barbecue électrique sur le rebord de la fenêtre.

Mardi prochain, je pourrai enfin ouvrir ma porte de garage avec un bip au lieu de risquer une élongation chaque fois que je bascule à la main cette porte qui pèse le poids d’un âne mort.

Mardi prochain, mes deux appentis seront enfin complètement étanches avec deux gouttières opérationnelles.

Raoul, il dépote. Quand il est là. Mais on approche de la fin, je kiffe.

 

Et ce soir, changement complet de programme : mini-Braderie de Lille chez Bibi !

Bah ça m’a prise comme ça jeudi, j’ai rameuté la clique, même Dragon Josiane, indiqué que ce serait moules-frites-bières comme à la Braderie, mais qu’on s’abstiendrait de constituer sur ma terrasse le traditionnel tas de coquilles de moules odorantes.

La vraie Braderie de Lille, j’en garde des souvenirs fantastiques. Très arrosés, bien entendu.

Comme le tas d’un mètre cube de cadavres de bières sur le balcon des potes.

Comme les interpellations par la fenêtre de parfaits inconnus : « Hé, biloutes, vous montez boère eune bir ?! » y monter et finir par chanter en chœur « Ah qu’est-ce qu’on est serrés, au fond de cette boîte, chantent les sardines, chantent les sardines »…

Les photos devant chaque tas de coquilles de moules. Les siestes improvisées dans un vieux frigo cassé au coin d’une rue.

Et cette gentillesse authentique et non-feinte d’à peu près tout le monde là-bas. Et la richesse et la diversité de la plus grande Braderie d’Europe, moi qui adore chiner, j’étais au paradis !

Donc ce soir, bradons, les biloutes !

C’EST QUOI, DES VACANCES ?…

« C’est facile, il suffit de mettre un faux-plafond doublé de laine de verre, du placo sous les tuiles et une porte entre tes deux greniers. Si tu veux, je peux te le faire. »

Ouhla, ne t’emballe pas, si tu me fais l’isolation de mon grenier comme tu m’as reconstruit mon appentis, je préfère passer, même si c’était au demeurant bien charitable de ta part.

Et de toute façon, je n’ai plus de sous, donc…

 

Jeudi 27 août 2026

 

J-4 avant la reprise du boulot.

Mes vacances touchent à leur fin et je me demande comment trois semaines ont pu passer aussi vite, tout en ayant l’impression d’avoir vécu trois mois sur trois planètes différentes.

 

J’avais pourtant établi une liste parfaitement raisonnable de choses à faire dans la maison pendant ce temps libre tant attendu :

–  nettoyage complet de la vitrerie du rez-de-chaussée : pas fait

– ré-agréage des rideaux devant les chauffages : fait

– isolation de la porte donnant sur le grenier : fait

– finition/isolation de la porte latérale du garage donnant sur les appentis (celle avec feue la frise de pénis) : fait

– lasurage d’une petite table en bois : fait

– préparation du sol pour les futurs bambous près de ma terrasse : fait

– diverses tâches de bureau comme le classement de ma paperasse accumulée depuis février dernier, mon changement d’adresse auprès de tous les organismes : à moitié fait

– check du branchement défectueux de ma platine-disque : pas fait

– ménage Armageddon : prévu dans 2 jours

– aller au cimetière : pas fait

– annuler mon badge télépéage qui en plus d’être en vrac – et de faire râler les automobilistes derrière moi dans la file dédiée au télépéage – ne m’est vraiment plus utile pour mes grands déplacements désormais annuels : fait

 

Restait le grenier lui-même, que je voulais sécuriser contre d’éventuelles infiltrations dues aux tuiles disjointes. Après examen, la pente du toit est tellement aiguë que l’eau aurait besoin de sérieusement réviser les lois de la physique pour parvenir à s’y infiltrer. Je peux donc laisser ça tranquille.

Un jour, en revanche, il faudra isoler ce grenier correctement et installer une porte bien isolée entre les deux greniers, afin de couper le froid l’hiver et la chaleur l’été. Le deuxième est immense et pourrait même, dans un avenir où je disposerais soudainement de 100 000 euros dont je ne saurais que faire, être aménagé en deux grands studios à louer aux gars de la centrale nucléaire d’à côté. Il faudrait évidemment créer un accès indépendant par la ruelle, parce que je ne compte pas voir défiler mes hypothétiques locataires dans mon salon en peignoir.

Bref. Projet pour une autre vie.

Pour l’instant, je vais déjà attendre mon premier hiver dans cette maison et voir comment elle se comporte avant de décider si l’isolation du grenier devient une nécessité ou demeure dans la très longue catégorie des ‘un jour, peut-être’.

 

Et bien sûr, au planning de ces vacances : le jardin.

De ce côté-là, j’ai abattu un boulot de dingue.

Je ne vais pas dresser la liste de tout ce que j’ai fait, parce que j’en oublierais la moitié et que cela n’intéresserait probablement que moi. Disons simplement que j’ai creusé, décaissé, désherbé, élagué, scié, déplacé des quantités invraisemblables de terre, de pierres, de dalles et de parpaings, arraché des racines mammouths à la hache, planté, replanté, rempoté, aménagé ma serre, transformé progressivement mon immonde coin déchèterie en véritable déchèterie verte et commencé à donner une allure à ce jardin qui, il y a encore deux mois, ressemblait davantage à un terrain abandonné depuis la guerre.

J’ai aussi fait quelques découvertes au milieu de ce chantier.

Notamment, en grattant le salmigondis de racines de lierres et de rocailles terreuses sous mon appentis, j’ai exhumé une série de grosses dalles de pierre parfaitement alignées, vestiges manifestes d’une ancienne voie gallo-romaine. Enfin, c’est ma version et je m’y tiens.

Superbe découverte. Ça change des vestiges de poteaux de fil à linge ensevelis sous les liserons.

J’ai également sauvé d’un parking surchauffé une superbe mante religieuse que j’ai baptisée Syphilis. Pourquoi Syphilis ? Parce que je trouvais que c’était un mot trop poétique pour une maladie vénérienne.

Syphilis a donc élu domicile dans mon thym, où elle s’est empiffrée de mouches et de moucherons. Mais elle est morte deux jours plus tard. Paix à son âme.

Et depuis quelques temps, j’ai la visite régulière d’une grappe de rougequeues noirs. Ils ont commencé par venir me voir sur la terrasse, puis m’ont suivie au jardin. Ils sont étonnamment familiers, se posent à quelques mètres de moi et semblent presque attendre quelque chose.

Je leur ai installé une petite écuelle d’eau sur un gros cache-pot. Pour le reste, ils ont le jardin : avec tout ce que j’y remue depuis quinze jours, ça doit être un véritable buffet à volonté pour eux !

Enfin, j’ai ‘désherbé’ une minuscule pousse de résineux que j’ai finalement mise en pot. Si tout va bien, ce sera mon sapin de Noël 2032. Il mesure actuellement à peu près la taille d’un cure-dent, mais j’ai confiance.

Bref, tout ça commence doucement à se constituer sa propre histoire.

 

Mais je n’ai pas fait ça toute seule. Loin de là.

J’ai eu l’aide à nouveau très appréciée de Franklin, qui a repris le boulot à mi-temps. 16 mois qu’il était en arrêt suite à son infarctus. 16 mois à la dèche car à peine 45 % de son salaire en IJ. 16 mois à tourner en rond et à jouer à la belote en ligne.

Encore un grand merci à lui.

Et puis, j’ai eu l’aide de mon voisin-fantôme, que je vais appeler Yaya.

Je l’avais vu la dernière fois fin mai, bien avant que je n’emménage. Comme je ne le croisais jamais, je regardais si les roues de sa Jeep changeaient de position, pour savoir s’il était vivant ou pas. Allez savoir, par ces temps de canicule, on pouvait tout imaginer.

Mais non, il était juste parti au bled.

Une sorte de rentier qui a décidé de se la couler douce après avoir vendu ses affaires en région parisienne. Pas besoin d’argent, beaucoup de temps devant lui et une énergie assez phénoménale malgré un très grave accident qui aurait dû, selon les médecins, le condamner à ne plus marcher.

Il s’est rééduqué tout seul et aujourd’hui, il marche presque normalement, pratique deux heures d’arts martiaux tous les matins et semble considérer que le sommeil et la nourriture sont des activités largement facultatives.

Il est surtout incroyablement serviable.

Avec l’aide de Franklin, il m’a entièrement reconstruit mon deuxième appentis. Il m’a donné des dalles, déplacé des trucs, arraché des racines à la force des bras, élagué des branches perché sur un escabeau… Il est même arrivé un matin avec une pioche pour m’aider à décaisser une énorme bosse de terre et, lorsque les premières vraies pluies m’ont permis de découvrir qu’il pleuvait sous mes deux appentis, il m’a proposé d’installer deux gouttières bricolées à partir de tuyaux en PVC.

J’en suis pour plus de 360 euros entre les chevrons, les équerres, la visserie, les tuyaux, les raccords et autres joyeusetés chez Gedimat et Bricomarché. Ma dèche bancaire se porte à merveille. Mais bon, la main-d’œuvre est gratuite.

Bref, Yaya est généreux, bosseur et extrêmement débrouillard. Il possède cependant une caractéristique que j’ai découverte au fil des jours : les finitions, il s’en fout. Mais alors, royalement.

Mais pas moi. Et je ne parle pas d’une lichette de peinture ou d’un carreau décalé d’un millimètre. Je parle de finitions essentielles, celles qui font que le truc ne va pas se déglinguer au bout d’un hiver.

Il suffit de regarder les travaux qu’il a réalisés chez lui pour comprendre que ce n’est pas moi qui ai bénéficié d’un traitement particulier. Fenêtres posées sans entourages, mousse expansive apparente, reprises de maçonnerie laissées brutes, tuyaux courant sur les façades… Lorsque ça fonctionne, pour Yaya, c’est fini.

Mon appentis est donc construit selon les normes Yaya.

Les poteaux n’étaient pas tous alignés, il a fallu en reprendre certains. L’un menaçait de se fendre en deux et j’ai dû insister pour qu’il soit renforcé par des équerres. Certains chevrons sont trop longs, d’autres trop courts, l’un d’eux semble tenir dans le vide et, surtout, quasiment tout le bois utilisé est non traité, y compris à des endroits exposés à l’humidité.

Mais l’appentis tient debout.

Je ne vais donc certainement pas cracher dans la soupe. C’est chiant, mais bon. En septembre, le frère de Franklin, qui est lui aussi bricoleur mais, semble-t-il, d’une autre école, regardera ce qu’il convient éventuellement de reprendre, si le coeur lui en dit.

 

Et les pluies d’orage de cette nuit ont en tout cas permis de procéder au contrôle qualité. Après une bataille mémorable hier avec du silicone et cette saloperie de mousse expansive qui colle absolument partout sauf là où on voudrait, il ne pleut plus sous les appentis.

Victoire.

Au banc de test également : les deux gouttières. Celle que je trouvais trop basse fonctionne parfaitement et remplit gentiment ma cuve. Quant à l’autre, destinée à alimenter ma poubelle noire placée à droite, Yaya l’a posée avec une pente qui conduit toute l’eau vers la gauche, là où se trouve… le bouchon. Et son raccord en té, bah, fuit.

Voilà. Mais je ne lui ai rien dit.

D’une part parce qu’il m’a énormément aidée gratuitement et que je lui en suis sincèrement reconnaissante. D’autre part parce que j’ai découvert qu’il était à peu près impossible d’expliquer à Yaya qu’il pouvait éventuellement s’être trompé. J’ai essayé avec une tôle mal positionnée. J’ai essayé avec le chevron qui prend l’eau. J’ai essayé avec deux ou trois autres trucs… J’ai pris des vents.

On verra s’il me demande un jour si les gouttières fonctionnent bien. Car je crois bien que je ne suis pas près de le revoir. Hier aprèm, il est parti en me disant : « Prends soin de toi. Bonne continuation. »

Une formule assez solennelle pour quelqu’un qui habite à trois mètres de chez moi, mais soit.

Il est peut-être vexé de mon contrôle qualité. Ou tout simplement épuisé. On le serait à moins, à 55-65 ans (je n’ai pas bien compris son âge quand il en a parlé).

 

Moi aussi, d’ailleurs.

Parce qu’au milieu de tout ça, mon corps a commencé à déposer quelques réclamations. Mon pied gauche, que j’avais déjà salement amoché en juillet et qui commençait enfin à me laisser tranquille, a refait CRAC.

Le droit, probablement jaloux, a refait parler de lui et de son ongle incarné qui a nécessité une séance de charcutage chez mon docteur des pieds. Je boîte donc à gauche et claudique à droite, très classieux.

Et mes épaules, mes mains, mon dos et à peu près tout ce qui possède des terminaisons nerveuses me font savoir qu’ils ont suffisamment participé aux travaux. Mais je suis comme les vaches : tant que je tiens debout, je broute.

Mais aujourd’hui, je crois que la vache a envie de brouter couchée.

Ma tronçonneuse neuve est arrivée hier. J’ai tout un tas de petit bois à scier. Il reste cette satanée bosse de terre et de racines à décaisser. Je pourrais également fixer la toile cirée que j’ai achetée sur le toit de ma balancelle pour la protéger enfin de la pluie.

Mais bon, zéro motiv.

Et c’est pas dit qu’il ne re-drache pas, le ciel est tout noir.

Bah, après l’écriture de ce post, je vais en profiter pour tuber des cigarettes devant une série.

On verra demain.

 

Parce qu’il ne me reste que quatre jours avant de reprendre le boulot.

Outre le ménage dantesque que je vais essayer de faire ce dernier week-end, il faut que je me prépare psychologiquement à ma rentrée lundi.

Notamment, au difficile exercice de reparler de ma non-augmentation. Et si elle m’envoie promener, du style « Je n’ai pas eu le temps, c’était les vacances tout de même ! J’ai dit que je reviendrai vers vous, donc je vous ferai signe. »

Très bien. Je crois que je lui dirai que je suis démotivée et que cela me pousse vers la sortie. Peut-être même que je lui dirai que je me suis mise en recherche active ailleurs.

En réalité, ma décision est déjà prise. J’aime mon boulot, mais pas le management. Et cette non-augmentation est le pompon sur la cerise.

D’ailleurs, j’ai déjà postulé à deux offres. À Paris…

Car je dois me rendre à l’évidence : si je veux retrouver un poste intéressant, suffisamment rémunéré et qui me permette de quitter cette entreprise sans perdre en qualité de vie, Paris apparaît désormais comme la seule piste réellement viable.

Exactement le scénario que j’avais envisagé il y a 3 ans et mon coup de cœur pour la petite maison dans les ronces. Mais il y a eu depuis mon non-CDI, le chômage qui m’a poussée à quitter Paris et son loyer de 1 300 balles, et puis mon job actuel.

Oui, ce serait idéal, vraiment. Je profiterais de tout ce qui me manque sur Paris tout en conservant une qualité de vie à la campagne. Avec un peu de télétravail, ce serait top.

Les restos coréens. Les épiceries coréennes.

Les petites boutiques aux mille trouvailles au coin d’une rue.

Les balades le nez au vent dans les passages du Paris Secret.

Deliveroo.

Mes amis.

Les Happy Hours et les Afterworks.

Yang.

 

Mais bon, pour l’instant, je n’en suis pas là.

Pour l’instant, il me reste quatre jours de vacances, et je contemple tout ce que j’ai fait depuis que j’ai posé mes valises ici.

Tout n’est pas fini.

Tout ne le sera probablement jamais.

Une maison, ça vit. Un jardin aussi. À peine ai-je terminé quelque chose que je vois déjà ce qu’il faudrait faire ensuite.

Mais aujourd’hui, exceptionnellement, je crois que je vais m’autoriser à ne pas chercher le next step. Parce que finalement, depuis trois semaines, je suis arrivée à une conclusion assez paradoxale : je suis en vacances quand je suis au boulot.

Et dans quatre jours, donc, je repars en vacances.

FURIEUSE

« Vos téléphones sont cassés ?! C’est quoi, votre problème ?!! »

Moi, de retour de vacances, furieuse contre Hector et Ma Nièce.

 

Jeudi 13 août 2026

Je suis furieuse.

Le plan était pourtant simple.

Ces deux morveux devaient rester chez moi pendant mes six jours de vacances, arroser les plantes et faire quelques petits travaux, notamment réparer la porte coulissante du garage et finir d’isoler le store.

Ils devaient même rester jusqu’à leur propre départ en vacances, une semaine plus tard. Et moi, je devais rentrer plus tôt de Normandie pour passer du temps avec eux, jardiner, bricoler, faire tout ce qu’on avait prévu de faire ensemble. C’était le plan.

Hier, je rentre. Personne. Et la maison…Vide et dégoûtante de crasse.

Ma Nièce a eu ses règles : serviettes hygiéniques sales laissées à traîner, draps tachés, couette tachée… Franchement ?!!

La cuisine ? Un champ de bataille. Vaisselle sale, cuisinière brûlée…

Les plantes ? Mourant de soif.

J’appelle. Pas de réponse.

J’envoie des messages. Pas de réponse.

Bon.

Direction le garage.

La porte coulissante a été repeinte.

Enfin une bonne nouvelle : disparue, la fameuse frise de pénis dessinée par Hector.

Parce que je leur avais effectivement dit qu’ils pouvaient tagger cette porte. Je m’attendais éventuellement à un doigt d’honneur, des maximes à la con, des dessins débiles…

Mais pas à une collection de pénis digne d’un gamin attardé de dix ans.

Bref. C’est repeint. Mais le sol aussi. Ainsi que le paillasson, pourquoi ne pas prendre 2 secondes pour le déplacer, hein ?! Donc, de la peinture partout où il n’était pas prévu qu’il y en ait, de la poussière de bois dans tout le garage, des outils éparpillés un peu partout…

J’ai commencé à être passablement agacée. Mais pas (encore) en rogne.

Et aujourd’hui, j’ai enfin réussi à les avoir au téléphone. Et j’ai appris pourquoi ils étaient partis dès mardi soir. Car il y avait…un frelon dans la chambre ! Oui. Un frelon.

Et apparemment, c’était de ma faute. Je me demande encore par quel fascinant cheminement intellectuel, mais passons.

Il y a aussi eu un « problème » avec la multiprise de ma télé. Ma Nièce a pris une châtaigne et, selon eux, c’était parce que j’avais branché une multiprise sur une autre.

C’est dangereux. J’aurais dû le savoir. Tout le monde le sait (tout le monde a bien sûr 25 prises murales dans le salon). J’aurais pu la tuer, vous savez. Ou mettre le feu à la maison avec eux dedans. Donc, de ma faute là aussi.

Sauf que… Je suis allée vérifier.

La multiprise en question est branchée toute seule sur une prise murale, aucune trace d’un court-jus et aucune autre multiprise n’est branchée dessus.

Ah. Et accessoirement, cette installation a toujours fonctionné comme ça sans aucun court-circuit. Depuis plus de 20 ans.

Mais le problème n’était même plus là. Le problème, c’est qu’ils sont partis mardi soir.

Sans me prévenir.

Sans un appel.

Sans un message.

Sans même un pauvre :

« On se casse, on t’expliquera plus tard. »

Rien.

Alors que moi, je rentrais plus tôt de mes vacances pour eux. Et là, j’ai vu rouge.

Qu’ils aient eu peur du frelon, qu’ils aient eu un problème électrique, qu’ils n’aient plus envie de rester, qu’ils aient décidé qu’il faisait beaucoup trop chaud pour bricoler…

Très bien.

Mais vous me prévenez.

Vous me dites que les plans ont changé.

Et moi, je peux décider de rester tranquillement quelques jours de plus en Normandie au lieu de rentrer pour retrouver ce bordel immonde.

Et puisque vous avez rencontré des « problèmes » chez moi, vous m’en parlez aussi.

Eh bien non.

Parce qu’ils avaient, eux aussi, un grief majeur à mon encontre : je ne les ai pas appelés pendant mes vacances pour prendre de leurs nouvelles. Donc ils ne m’ont pas appelée non plus.

Pardon ?!!

Je ne savais pas qu’à vingt ans, lorsqu’on prend son indépendance, qu’on vit en couple dans son propre appartement et qu’on vient passer quelques jours chez Tata, il fallait encore les appeler quotidiennement pour vérifier qu’ils allaient bien.

Et surtout, je ne savais pas qu’ils étaient cons à ce point.

Parce qu’à ce stade, ce n’est même plus une histoire de frelon, de multiprise, de peinture ou de ménage.

C’est une histoire de savoir-vivre.

On ne quitte pas la maison de quelqu’un chez qui on s’était engagé à rester sans le prévenir.

On ne laisse pas derrière soi un capharnaüm pareil.

On ne laisse pas crever les plantes qu’on s’était engagé à arroser.

Et on ne retourne pas ensuite la situation pour expliquer à la personne qui vous héberge que, finalement, c’est elle qui a merdé.

 

Deux petits cons ingrats, au QI plus bas que celui d’un cloporte, et d’une absurdité sans nom.

Je suis très déçue, je ne m’attendais pas à ça de leur part.

Bref, je ne veux plus rien avoir à faire avec eux.

PROSAÏQUEMENT BRUTAL

– I’m struggling with some brain issues. I’ve got troubles concentrating, the more I pay attention, the more I fuck up, the more I fuck up, the more I’m stressed… I have no long-term memory anymore, no short-term memory either…

– So basically you’re a gold-fish. Happy every two seconds! Which is not that bad.

Miles qui se confie, Joan qui plussoie.

Ah qu’on était jeunes, beaux et talentueux il y a 23 ans, sans douleurs de partout et un cerveau relativement opérationnel…

 

Lundi 10 août 2026

Mais cela ne gâche pas nos retrouvailles. Je suis arrivée vendredi en fin d’après-midi en faisant une halte à Paris pour mon rdv annuel en présentiel chez ma doctoresse. J’en ai profité pour déjeuner avec mon Yang. Un resto coréen, bien sûr. Punaise que ça me manquait ! Aussi bien de passer un peu de temps avec mon poteau, que de manger des tteokbokki.

A me donner des envies de revenir sur Paris…

La Normandie. 23° avec une légère brise. Ça change de Paris et de ses 30°.

Sitôt arrivée, je suis allée faire tremper mes petons dans la mer. Un bien fou. Ça y est, je décompresse.

Car pendant ce long trajet, j’ai eu tout le temps de penser. Notamment, à la dernière vacherie de mes boss, la der des ders que je supporterai, ça c’est sûr.

J’ai eu le temps de repenser aussi aux deux mois qui viennent de passer. À ce que peut donner un déménagement-emménagement-travaux-qui-s’éternisent, en pleine canicule, tout en bossant 50 heures par semaine, sur une fibromyalgiée.

A mettre par écrit ? Eh bien je veux du prosaïquement brutal, du racontar de comptoir, de l’hilarant doux-amer, de l’auto-dérision XXL, du soliloque bruyant. Bref, faut que ça vibre, faut que ça bouge, que ça bouillonne. Pas de l’intestinal, pas du sur place à ergoter indéfiniment.

Et des phrases qui s’interrompent parce qu’un écureuil passe.

Ça donne ça.

 

PREVIOUSLY, IN BICHETTE’S LIFE

LES PREMIERES EMMERDES

Trois jours après avoir eu les clefs, lors du grand ménage d’entrée : le volet roulant de la baie vitrée qui donne sur la rue, en croix.

Désespérance totale.

Parce que remplacer ce machin vieux comme Hérode, c’est à peu près 3 000 balles.

Jusqu’à ce qu’un bon Samaritain me le répare avec quelques points au fer à souder et le chicotage du moteur qui s’était décalé avec le temps.

Si j’avais osé, je lui aurais claqué une grosse bise. Mais bon, c’est le mari de l’adjointe à la mairie, qui est aussi l’assistante de l’agence immobilière qui m’a vendu la maison…

Cette même adjointe qui m’a demandé quelque temps plus tard ce que je comptais faire avec une mini-pelle et une bétonnière.

Car j’ai beau être au fond d’une cour commune, invisible depuis la rue, la mairie a des yeux partout…

Bref, je lui ai répondu :

« Juste une terrasse béton, sans aucun bâti dessus. »

Et là, elle m’a sorti :

« Il faut peut-être une déclaration de travaux, non ? »

Bah non, en fait.

Relis tes procédures d’urbanisme avant de foutre les chocottes aux gens.

 

DERNIER WEEK-END AVANT LE DEMENAGEMENT

J’en ai profité pour demander à Raoul d’arracher à la mini-pelle le gigantesque chèvrefeuille au fond du jardin.

Mais ce chèvrefeuille, qui n’avait probablement jamais été dompté depuis sa naissance, tenait en grande partie l’un des appentis.

Qui, du coup, est maintenant sur le point de s’écrouler. Évidemment.

Raoul m’a chiffré la réparation à 240 balles, en me glissant doucement que ce ne serait peut-être pas pour tout de suite…

J’étais encore loin de me douter que, dans sa tête, plus rien de ce qui restait à faire ne serait pour tout de suite.

Déjà que j’avais dû lui mettre la pression pour qu’il termine au moins tout l’intérieur avant le déménagement…

Bref.

LE SUPPLICE DE LA DÉPENDANCE

Ce week-end, j’ai aussi déplacé un bloc de pierre de cent kilos.

Enfin… « déplacé ».

Disons qu’après une négociation musclée sur cinq mètres, quelques noms d’oiseaux et un début de tendinite, le menhir a accepté de devenir un banc de jardin.

Grâce surtout à la mini-pelle de Raoul, qui a fini le transbahutage.

Maintenant, j’ai un banc dans mon jardin.

Bon.

Pour l’instant, c’est surtout un gros caillou posé à l’entrée qui me regarde d’un air narquois, en attendant que je trouve des gros bras suffisamment inconscients pour accepter de le déplacer jusqu’à sa place définitive.

Ce dernier week-end avant le branle-bas de combat a aussi et surtout été consacré au grand ménage de chantier.

J’ai ainsi nettoyé toutes les fenêtres de l’étage, rebouché les trous dans les murs — merci Bennett —, désherbé la cour commune, posé très gauchement le joint silicone absent autour de la baignoire, décapé les coulures de peinture et les pâtés de plâtre du carrelage, nettoyé les meubles de cuisine de récup’ au bicarbonate de soude, passé l’aspi partout, serpillé à la Javel et découvert que ma main droite envisageait sérieusement de déposer un préavis.

Une journée presque ordinaire, finalement.

La maison avance.

Moi aussi.

Enfin, je crois.

Parce qu’au milieu de tout ça, un truc me saute de plus en plus aux yeux : ce n’est pas le boulot qui me pèse. Le boulot, je connais. Je peux en abattre des quantités absurdes quand il le faut. Je peux râler, jurer, menacer un pâté de peinture avec un riflard, mais je finis généralement par avancer.

Non. Le supplice, c’est d’avoir besoin des autres et de ne pas être autonome.

C’est une phrase étrange quand on vient de passer un week-end entier à tout faire soi-même. Et pourtant. Je déteste dépendre des autres. Pas dans le sens noble du terme. Pas dans le sens philosophique. Dans le sens très concret.

Parce qu’il y a des trucs que je ne peux tout simplement pas faire.

Porter trop lourd.

Percer un mur avec un perfo de dix kilos.

Raccorder ce que je ne sais pas raccorder.

Déplacer un menhir sans sacrifier définitivement une articulation.

Et surtout : attendre.

Attendre Raoul.

Attendre quelqu’un qui devait venir.

Attendre quelqu’un qui devait venir mais finalement non.

Attendre quelqu’un qui viendra peut-être le week-end prochain.

Ou celui d’après.

Ou à la Saint-Glinglin, selon disponibilités.

Et ça, ça me rend dingue.

Moi qui passe ma vie à organiser, anticiper, sécuriser, prévoir, je découvre qu’une maison est un merveilleux outil pédagogique destiné à vous apprendre l’humilité. De force.

Je sais très bien que personne ne me doit rien.

Personne ne m’a forcée à acheter cette maison.

Personne ne me doit ses week-ends.

Personne ne me doit ses bras.

Les problèmes sont les miens.

Les solutions aussi.

Je ne demande pas aux autres de partager mon enthousiasme, et encore moins mon désespoir. Mais j’avoue que j’aimerais parfois pouvoir compter sur une parole donnée sans avoir à me demander si elle survivra jusqu’au week-end suivant.

À force, j’en arrive à une conclusion assez simple. Je préfère qu’on ne me promette rien. Une absence annoncée est infiniment plus confortable qu’une présence promise puis annulée. Au moins, je peux m’organiser.

Car ça, nom de Zeus, je sais faire.

 

J-3, PAS UN SEUL CARTON DE FAIT.

Bah oui.

Le peu de temps libre que j’avais, je l’ai passé à préparer mon nouveau chez-moi.

Résultat : à trois jours du déménagement, pas un carton de fait.

J’ai donc dû poser deux jours OFF au boulot pour emballer ma vie.

Et là, presque miraculeusement : j’ai eu de l’aide. Beaucoup d’aide. Tout le monde ou presque s’y est mis et, franchement, je leur dois une fière chandelle parce que sans eux, à l’heure où j’écris ces lignes, je serais probablement encore assise au milieu de mon ancien salon à chercher dans quel carton j’ai foutu le scotch.

Le tout dans une chaleur de bœufs, annonciatrice de la deuxième canicule de l’année.

Récupérer des cartons dans les poubelles de la Foir’Fouille locale. Remplir les cartons. Charger les cartons. Faire un aller-retour à la maison. Décharger les cartons. Revenir. Recommencer. Avec, au passage, quelques meubles déjà démontés, cinq packs d’eau engloutis par personne — au bas mot — et cette question qui revenait régulièrement : mais pourquoi j’ai autant de bordel ?

Question posée principalement par moi-même, je tiens à le préciser.

Promis, la prochaine fois, je vends tout et je pars en EHPAD.

 

LE DEMENAGEMENT – LES YAKA FOKTU

Le 20 juin, deux ans jour pour jour après mon dernier déménagement.

À 8h du mat’, branle-bas de combat.

J’avais fait des équipes, parce que quitte à déménager, autant organiser l’invasion :

  • Toto, Nana et Ma Nièce dans la maison, au montage des meubles neufs et remontage des anciens ;
  • Raoul et Bob à finir — oui, finir — le branchement des évacuations de cuisine avant de commencer à charger leur camion-benne ;
  • Mitch, Franklin et Hector au chargement du Renault Master très gentiment emprunté par Mitch à son patron ;
  • et moi… un peu partout.

À 10h, c’était plié.

Efficace.

De 10h à 13h, dispatch des cartons dans les bonnes pièces et remontage des meubles, parce que l’équipe affectée à cette noble tâche avait quelque peu buté sur les meubles neufs.

Notamment ma table de terrasse. Qui était de la crotte, selon eux. Qui valait à peine le prix ridicule auquel je l’avais achetée. Désolée, je n’avais pas 300 balles à mettre dans une table répondant à votre cahier des charges à vous.

Bref.

Tout ça pour s’apercevoir qu’ils l’avaient montée à l’envers.

J’adore les gens qui savent mieux que tout le monde. Ces mêmes gens qui sont également spécialistes en FOKTU.

— Foktu investisses dans un nouveau sommier parce que ton sommier, c’est de la merde à monter !
— Bah, ça tient ?
— Oui, mais ça vaut 60 euros chez Ikea, c’est pas la ruine !
— Bah 60 euros par-ci, 60 euros par-là, et on se retrouve à découvert. Donc tant que ça tient, je ne vois pas la nécessité de cette dépense maintenant.

— Foktu jettes ton dressing, il est tout cassé !
— Et qui l’a tout cassé, justement ?
— Ouais mais t’as pas besoin d’avoir deux dressings, foktu fasses du tri dans tes fringues !
— Mais de quoi je me mêle ?!

— Foktu fasses quelque chose, il fait trop chaud sur ta terrasse ! Tu aurais dû garder le laurier-cerise !
— C’est toi qui vas ramasser les feuilles et les cerises qui tachent ?! Et c’est moi, peut-être, qui fais la météo ?!

Ils m’ont bien soûlée. Et je ne me suis pas gênée pour le leur dire.

En revanche, ils ont arrêté de bougonner lorsque je leur ai donné mon tout nouveau parasol… rouge.

Le rouge, couleur honnie parmi toutes.

Une véritable agression visuelle que je ne suis pas parvenue à supporter plus de deux heures.

— Bah t’as pas vu quand tu l’as commandé ?!?

Si.

J’avais juste envie de vous faire un cadeau.

Parce que vous êtes tellement mignons avec moi.

Un que j’aurais en revanche bien voulu remercier plus grandement, c’est Mitch, mon dealer de clopes.

Mitch travaille au garage du coin et, au fil de ses livraisons de cigarettes qu’il fait venir du Luxembourg, on s’est liés d’amitié. Je lui avais parlé de la maison, puis du déménagement, et il m’avait tout simplement proposé son aide.

Et gratuitement.

Parce que Raoul et Bob, eux, je les ai payés.

Alors vraiment : un grand merci à Mitch.

Un grand merci à tous, d’ailleurs.

Parce que je peux râler après certains — et Dieu sait qu’ils me donnent de la matière — mais tout s’est globalement bien passé.

 

PREMIERES NUITS DANS LA MAISON

Au rez-de-chaussée, sur le petit lit qui servira de banquette quand je recevrai enfin le coussin-dossier. Parce qu’à l’étage, c’est une fournaise.

C’est calme.

Pas un bruit, à part Marcel qui chante à 5h du mat’ et Léon qui s’époumone jusqu’à 23h. Et aucune mauvaise vibration dans la maison.

Mais ces premières nuits furent sans sommeil. Ou presque.

Stress ? Épuisement ? Changement de maison ? Ou peut-être tout simplement les ressorts de ce purée de matelas qui essayaient de me perforer les côtes ?

Au bout de quelques nuits, j’ai capitulé.

J’ai migré dans ma chambre. Avec le ventilateur dans mon lit.

 

MÉNAGE DE MON ANCIEN APPART – RESTIT DES CLEFS

J’avais dix jours, avec un week-end au milieu, avant l’état des lieux de sortie.

Je me suis dit : ça va, je suis large.

HAHAHA.

Parce qu’en bossant de 7h30 à 18h00, bizarrement, les journées laissent assez peu de temps pour aller récurer un appartement du sol au plafond.

Et ça, Franklin l’a bien compris.

Il a fait tout le ménage de l’appart. Tout seul. Les sols, les vitres, et tout et tout.

— J’ai rien à faire de la journée, j’ai juste à monter l’escalier, et pis j’aime bien faire le ménage. Et comme ça, ça te libère pour faire autre chose.

Vraiment, un immense merci.

Parce que cette aide-là, invisible mais cruciale, j’aurais bien aimé que d’autres pensent aussi à me la proposer. Mais bon.

Franklin, encore et toujours à la dèche, pique-assiette devant l’Éternel, m’a entre-temps taxé une quinzaine de paquets de clopes et de la bouffe. Mais sérieusement, je vais lui réclamer quoi que ce soit après tout ce qu’il vient de faire pour me dépanner ?

— J’ai pas fait ça en attendant quelque chose en retour ! J’ai dit que je te rembourserai ce que je te dois, je le ferai.

— Tu ne me dois rien. C’est plutôt moi qui te suis redevable.

— Teuh teuh. Tu as toujours été là pour moi quand j’étais dans la merde, c’est normal que je sois là pour t’aider.

Voilà. Comptes soldés.

J’ai donc pu consacrer mon week-end à… déloger quatre lavandes de mon ancien jardinet pour les replanter dans le petit massif près de ma terrasse en béton.

Opération a priori easy peasy.

Sauf que le fameux massif n’avait manifestement aucune intention de coopérer.

Des cailloux partout, certes, mais surtout d’énormes racines du fameux laurier-cerise, qui se vengeait visiblement de la tronçonneuse de Raoul qui l’avait réduit à un bout de tronc de trente centimètres.

Résultat : une heure pour faire un trou. Par 39° à l’ombre.

J’aime vivre dangereusement.

Ce même week-end, on devait aussi m’installer la fibre.

Parce que, bien sûr, qui dit vieille maison dit : Internet ? C’est quoi ?

Le technicien m’a demandé de décaler en fin d’après-midi le rendez-vous que j’avais booké depuis mi-mai, pour cause de canicule.

Évidemment, aucun problème.

Il s’est finalement pointé à 20h30, décomposé.

L’opération devant durer trois heures, j’ai bien sûr accepté qu’on reporte au mardi soir. Je tenais moyennement à déplorer le décès d’un technicien Fibre dans mon salon.

J’ai donc décidé de faire quelque chose de simple. Ranger.

La vaisselle, les bouquins, les DVD, tous restés en carton dans le garage transformé en four à pizza par la canicule. Sauf que…

Il manquait un tasseau.

Celui qui soutient une des étagères de ma bibliothèque transformée en vaisselier.

Et sans lui : rien. Élan coupé net.

J’ai ouvert tous les cartons. Tous les sacs.

Puis tous les cartons une deuxième fois.

Puis probablement une centaine de fois, parce qu’il est scientifiquement établi qu’un objet absent d’un carton peut spontanément y apparaître si on l’ouvre suffisamment souvent.

— Where the fuck are you, stupid thingy ?!!

Le stupid thingy était tranquillement alangui près de la cheminée.

Parce qu’on l’avait mis de côté. Justement, pour ne pas le perdre.

Évidemment.

 

Et puis, le 30 juin : état des lieux et restitution des clefs.

Ça m’a fait un petit pincement au cœur, tout de même.

Pas comme lorsque j’ai quitté mon appart parisien après treize ans de ma vie. Là, après deux ans, c’était différent.

C’était chouette pour se retourner.

Mais c’était encore plus chouette de le quitter pour une maison à moi.

Avec un vrai jardin.

De vraies chambres.

Et surtout, pas une volée de marches à grimper juste pour rentrer chez soi.

 

CRÉMAILLÈRE

Comme une furieuse envie d’afficher la pancarte suivante :

MAISON DE BICHETTE

Chantier (presque) terminé.

Propriétaire en cours de récupération.

Conseils non-sollicités interdits.

Commentaires sur les rideaux, le papier-peint, les persiennes et la cuisine passibles d’expulsion immédiate.

Buvez, mangez, rigolez, sinon, dégagez.

J’avais prévu le minimum d’effort.

Des salades composées prises au resto-traiteur, des hot-dogs en libre-service — Independence Day oblige —, des bâtonnets glacés et une énorme sangria maison.

Excellente, la sangria, cela dit en passant.

Et deux litres de rhum que j’avais arrangé moi-même depuis fin mai.

Avec des bigorneaux. ^^

J’avais lancé plus de 70 invitations. Au final, on n’était que la moitié.

Et franchement : largement suffisant.

Pour mes petits bras, mon cerveau en surchauffe et mon extrême fatigue.

Pour la terrasse transformée en étuve, ensuite, malgré le voile d’ombrage tendu en remplacement de feu le parasol rouge.

Et Franklin avait oublié de commander les glaçons à son ancien taf.

Parce qu’il fallait bien un peu de difficulté.

Malgré cela, tout s’est bien passé.

Et aux dires de tous — même de Dragon Josiane — c’était super et très bien organisé.

Parce que malgré toutes mes grandes déclarations sur le thème « Débrouillez-vous », je n’ai pas pu m’empêcher de veiller à ce que tout soit au mieux pour chacun.

Alors que mon programme officiel, annoncé haut et fort — mais en fait uniquement à moi-même — était pourtant très clair : être beurrée à 13h30, m’asseoir dans mon transat, rabattre mon Stetson sur mes yeux et déclarer à la cantonade : « Je vous aime, amusez-vous bien, mais foutez-moi la paix. »

Échec total.

Quelques copains-copines étaient venus contrebalancer le troupeau de la belle-famille de mon neveu de Poitiers. Mais pas assez à mon goût.

Et bien sûr, toute la clique a fait bande à part.

J’avais pourtant précisément organisé un repas non assis pour que tout le monde circule, discute, se mélange. Que nenni. La clique est restée en clique.

J’ai eu limite honte de ma « famille », décidément incapable de sortir de sa routine de cul-terreux hostiles aux étrangers.

J’ai bien pensé faire cette crémaillère en deux temps : la famille d’un côté, les copains et relations de l’autre. Mais deux fiestas coup sur coup ?

HAHAHA.

Non. Déjà que j’ai survécu à peine à une.

Mais bon.

Il y avait Yang et Mimine pour rattraper le coup.

Mitch et sa chérie, que je n’ai malheureusement pas eu le temps de connaître davantage.

Monsieur Bon Samaritain et son épouse.

Monsieur le Maire — grand copain de Dragon Josiane.

L’agence immobilière qui m’avait vendu la maison.

Ma copine du village avec ses deux petites-filles, qui m’ont fait de super dessins.

Raoul et Bob…

Et c’est là que j’ai appris que Raoul partait en vacances le samedi suivant pour deux semaines.

Puis tout le mois d’août.

Ah.

Sont pas près d’être finis, mes travaux…

Et puis, il y avait… Aaron. Le technicien de la fibre. HAHAHA.

Un beau mec avec lequel le courant était passé quasi immédiatement — oui, je sais, technicien fibre, courant, tout ça, mais pour une fois, je n’y suis pour rien.

C’est donc tout naturellement que je l’ai invité à ma crémaillère.

Paraît-il que nous nous serions faits « capter »…

Les regards. Les frôlements. La complicité.

Bref, tout le monde a cru qu’on était déjà ensemble.

Mais non.

Enfin… J’en reparlerai un peu plus loin.

Bref, vers 19h30, toute la clique est partie. Soulagement.

Je sais pas, c’est pas eux justement qui m’avaient demandé :

« Mais comment tu vas faire partir les gens le soir ? »

Bah comme ça.

Quand les appels du pied pour savoir ce qu’on mangeait le soir ont commencé, j’ai rappelé que je n’avais rien prévu et que je leur avais bien dit d’apporter des trucs s’ils comptaient rester. Étonnamment, le message est passé.

Et on s’est retrouvés à cinq.

Yang, Mimine, Franklin, Aaron et moi.

Enfin.

Les restes sur la table, un petit comité de potes, personne à gérer, juste boustifailler et deviser allègrement. Ça, j’adore. Le premier moment de détente pour moi.

Je n’ai pris aucune photo de ma crémaillère.

Je n’avais pas la tête badine, ni l’envie d’illustrer l’événement.

En vérité, j’avais presque hâte que ça se termine.

Parce que cette crémaillère, c’était le dernier truc à faire.

Après les travaux. Les cartons. Le déménagement. L’emménagement. La canicule.

La fin de deux mois harassants, à la limite du cauchemar.

Je n’avais qu’une envie : me retrouver enfin seule chez moi.

Dans ma maison.

Avec mes affaires.

Et, si possible, sans plus personne qui me demande ce que je compte faire de mon jardin en friche.

 

TRAVAUX TOUJOURS PAS TERMINES

Mail à Raoul le 8 juillet :

« J’espère que tu vas bien.

Je reviens vers toi au sujet des quelques travaux qu’il reste à terminer à la maison.

Je sais bien que tu as plusieurs chantiers en cours et que les plannings ne sont jamais simples à tenir. De mon côté, j’avoue que j’aimerais pouvoir clôturer celui de la maison, commencé le 11 mai, avant qu’il ne s’éternise, surtout avec les vacances qui arrivent.

Car il reste aujourd’hui :

  • la pose du polycarbonate sur la marquise ;
  • la mise en place du regard sur l’évacuation de la cuisine, car ça commence à puer ;
  • la fixation du moteur de la porte de garage ;
  • la réparation du spot extérieur côté maison, qui ne fonctionne pas ;
  • la réparation des deux abris de jardin, afin que je puisse commencer à y stocker mon bois ;
  • et les persiennes du salon que tu avais emportées pour les sabler, les traiter et les repeindre.

Je sais que tout ne se fera peut-être pas en une seule fois, mais si tu peux profiter d’un créneau avant tes congés, ou à défaut lors de la semaine où tu reviens fin juillet, ce serait vraiment super. 

Tiens-moi au courant,

Je te souhaite de bonnes vacances si je ne te revois pas d’ici là !

À bientôt”

Pas de réponse. Je l’ai relancé le 28 juillet, il m’a dit qu’il me tiendrait au courant de quand il pourrait passer. Mouais. Autant dire que si je ne me fâche pas un peu début septembre, ça ne sera jamais fait.

 

3ème et 4ème CANICULES

Oui. Troisième ET quatrième.

Parce qu’apparemment, cette année, l’été a décidé de nous cuire en plusieurs fournées.

Chez moi, heureusement, il fait frais.

Au rez-de-chaussée, en tout cas.

À l’étage, c’est le Sahara.

Évidemment, plus un ventilateur disponible nulle part et je n’aime toujours pas la clim. J’ai quand même réussi à dénicher un brumisateur de jardin qui, installé sous le voile d’ombrage, apporte un soupçon de fraîcheur.

Un soupçon.

On ne va pas non plus demander 21° et une petite brise normande.

 

TOILE BRISE-VUE SUR LE TREILLIS SOUDÉ ULTRA-MOCHE

Ultra-moche, donc. Mais fonctionnel, avec un vrai portillon qui ferme à clef.

N’empêche que j’aimais, moi, ma white picket fence.

C’était même l’une des choses que j’avais trouvées charmantes lors de ma première visite, malgré son piteux état.

Sauf que la mini-pelle de Raoul, en creusant pour faire la terrasse en béton, a fait tomber le muret sur lequel elle tenait.

Adieu, white picket fence.

Et par quoi la remplace-t-on?

Je me suis laissée convaincre par du treillis soudé. Parce que le bois demande de l’entretien et parce que je m’étais dit : « Pas grave, je planterai des grimpantes devant. »

HAHAHA. Là où je comptais creuser, il y a les tuyaux d’eau.

Forcément.

En attendant, j’ai donc posé une toile brise-vue qui, ma foi, fait le job sans être trop laide. Vivement quand même que j’y accroche des jardinières.

 

RANGEMENT TERMINÉ, AVEC LA DÉCO ET TOUT ET TOUT

Et pendant ce temps-là… l’intérieur est terminé.

Tout est rangé. Tout est décoré.

Et je suis assez contente du résultat.

Bon.

Il ne me reste plus qu’à réussir à faire fonctionner ma platine-disque et à Toto de me réparer mon câble d’antenne TV.

Sinon… TOUT EST TERMINÉ À L’INTÉRIEUR !

Et ça, bon sang que ça fait du bien.

 

BOIS DE CHAUFFAGE

Comme on m’avait recommandé d’acheter mon bois en juillet parce qu’après, ça augmentait, j’ai commencé à regarder les offres autour de chez moi vers le 21 juillet.

J’en ai trouvé une très intéressante à 66 € le stère.

J’appelle.

Le mec a une voix à faire fondre un parpaing.

Va pour quatre stères — j’en voulais trois au départ, c’est dire l’enjôleur — livrés le samedi suivant.

Impatiente de mettre un visage sur cette belle voix, me voilà donc le samedi matin à attendre Monsieur Belle-Voix un peu fébrilement.

Je ne me suis pas pomponnée, mais bon, je ne suis pas mal fagotée non plus.

Le camion arrive… Et qui en descend ?

Le père de Monsieur Belle-Voix.

Très sympa, au demeurant.

Mais flûte de flûte.

Et re-flûte.

Je me suis faite rire moi-même.

 

AARON

Le 26 juillet :

— Je te sens distante. Mais depuis quelques jours déjà au téléphone. C’est pour cela que je voulais qu’on se voie pour parler. Et c’est bien que cela soit toi qui commence.

— Alors, je vais revenir sur le deal que l’on a passé toi et moi la semaine dernière, quand je te demandais de me laisser du temps. Je pense que notre histoire s’arrêtera là. Car je ne peux pas te donner ce que tu attends. Ce ne serait pas juste vis-à-vis de toi de te laisser attendre un truc qui n’arrivera jamais.

De plus, nous ne sommes pas compatibles. Pour qu’une histoire se construise, il faut les 4 piliers fondateurs : l’entente intellectuelle, l’entente spirituelle, l’entente sexuelle et l’entente quotidienne. Nous, on en a deux. Tu comprends bien que cela ne peut pas tenir debout. Et les efforts pour construire ces deux piliers manquants, je ne suis pas prête à les faire et je ne veux pas les exiger de toi. Je sais enfin qui je suis. Je suis heureuse et équilibrée… seule.

J’ai cru  qu’avec toi cela aurait peut-être pu changer, mais cela a servi de confirmation de ce que je sais depuis longtemps maintenant. 

 

Il m’a demandé ce qui me dérangeait chez lui, à titre informatif. Je n’ai pas répondu. À quoi bon lui faire l’inventaire des rouages – l’alcool, son rythme de vie et l’intimité – quand seul compte le résultat de l’équation ?

Il n’avait rien à corriger, rien à réparer pour moi. Je ne voulais surtout pas lui tendre une liste de choses qu’il aurait pu promettre de changer pour tenter de sauver quelque chose que, moi, je savais déjà terminé.

Il a compris.

Il m’a dit qu’il ne pouvait pas m’en vouloir. Que je l’avais prévenu dès le début. Qu’il avait été très heureux de me rencontrer.

Moi aussi.

Et c’est vrai.

Car Aaron n’a pas été une erreur, encore moins un échec. Il a été une très belle rencontre. Il y a eu les conversations interminables, la curiosité, l’intelligence, cette étonnante proximité qui s’était installée si vite. Il y a eu surtout ce moment où j’ai sincèrement pensé : Tiens… peut-être que lui.

Peut-être que j’avais tort lorsque je pensais être définitivement mieux seule. Peut-être qu’il existait encore quelque part une configuration improbable dans laquelle quelqu’un pourrait entrer dans ma vie sans l’envahir, sans m’étouffer, sans me donner envie de reprendre immédiatement la clé des champs.

J’ai essayé.

Et j’ai découvert que non.

Pas avec lui, en tout cas.

Je n’ai pas voulu essayer davantage. Je n’ai pas voulu qu’il fasse des efforts pour devenir quelqu’un d’autre, pas plus que je n’avais envie d’en faire pour devenir celle qu’il aurait fallu que je sois.

Et bizarrement, je n’en suis pas triste. Je suis même reconnaissante.

Parce que cette courte histoire m’a apporté une réponse que je cherchais peut-être encore sans le savoir : je n’attends plus qu’un homme arrive pour compléter ma vie. Elle est déjà complète. Je suis heureuse comme ça. Équilibrée comme ça. Seule, oui, mais certainement pas incomplète.

Cela ne veut pas dire « plus jamais ». Je suis bien trop adepte du il ne faut jamais dire jamais pour écrire une connerie pareille.

Cela veut simplement dire que désormais, pour que quelqu’un reste, il faudra que sa présence apporte quelque chose de plus à une vie dans laquelle je me sens déjà bien.

Pas qu’elle vienne combler un vide qui n’existe pas.

Et Aaron aura eu, entre autres, cette importance-là dans mon histoire.

Celle de me le confirmer.

 

LES BOBOS

Un seul notoire. Et de taille.

Je me pète le métatarse en faisant… de la gym dentaire.

Oui, je sais, pas évidente, la connexion.

En fait, le 16 juillet au soir, je me brosse les dents avec ma brosse à dents électrique dans ma nouvelle salle de bains. Comme ça dure trois minutes, j’en profite pour faire des étirements de jambes : je fais le Y, je les pose sur le rebord de l’évier, je les balance l’une après l’autre derrière moi, le plus haut possible…

Je ne le faisais plus dans mon appart parce que la salle d’eau était trop exiguë, mais à Paris, oui. Ça me manquait. Et comme j’avais de nouveau une grande salle de bains… Bref.

Me voilà en train de m’étirer quand je redescends très rapidement la jambe gauche pour heurter à pleine vitesse… le rebord des toilettes !

Apparemment, je ne me suis pas encore faite à tous les contours de ma nouvelle maison… Mauvaise jauge, donc.

Résultat : métatarse cassé, juste à la frontière des cunéiformes, atteinte de Lisfranc…

Traduction : pied de Hobbit-Schtroumpf, tout gonflé et bleu d’hématome. À peine capable de poser le pied — enfin, le talon — par terre.

Et quinze jours plus tard, juste quand ça commençait à aller mieux, je peaufine la fracture en faisant un faux pas sur mes pas japonais, visiblement pas bien calés, qui bordent mon composteur…

J’ai entendu un crac et j’ai bien failli m’évanouir tellement la douleur a été fulgurante.

Mais j’ai continué à marcher. En claudiquant. En m’appuyant sur une béquille prêtée par Toto. Sauf que ça a mis en détresse tout mon côté droit, qui compensait déjà comme il pouvait. Donc, j’ai viré la béquille.

Aujourd’hui, c’est tout de même beaucoup mieux. Je ne galope pas comme un lapin, mais ça va, ça se gère. J’en ai encore pour un petit mois, je pense.

Un accident à la noix. Et du coup, beaucoup moins de gym dentaire.

 

LES HISTOIRES D’A. (D’ARGENT) FINISSENT MAL

Toto et Nana cumulent plusieurs crédits : ancien crédit panneaux solaires, crédit travaux, crédit conso… et remboursent environ 800 € par mois.

Ils comptaient sur la vente de la maison du frère de Nana, décédé tragiquement il y a trois ans, mais la mort brutale de Zaza, la sœur de Nana, en avril dernier, a fait revoir toute la succession.

Donc tout est bloqué.

Ils m’ont demandé de l’argent une première fois. Parce qu’à découvert de 2 300 balles.

Je n’ai pas pu les aider, étant moi-même à – 2 253 €, sans plus aucune épargne, épargne et tirelire ayant disparu dans les travaux et l’aménagement de la maison.

Je leur ai alors conseillé :

  • de changer de banque ;
  • de demander un rachat de crédits avec un allongement de la durée ;
  • de prendre contact avec une assistante sociale, car il n’y a aucune honte à ça. Elle est là pour aider les gens qui traversent une mauvaise passe, pas uniquement les cassosses.

Bref, cette assistante sociale les a aidés à monter un dossier qui pourrait déboucher sur un plan d’étalement de leurs dettes par la Banque de France.

Bonne nouvelle. Car première démarche structurelle.

Mais…

Le temps que le dossier soit étudié, les dettes ont continué de courir, auxquelles se sont ajoutées les dépenses courantes, et ce découvert qui ne fait que se reporter en s’amplifiant de mois en mois.

Ils m’ont donc demandé à nouveau de l’argent.

Je ne pouvais toujours pas. Désolée, je ne ponds pas des louis d’or.

C’est là que je leur ai dit :

« Pourquoi ne demandez-vous pas à Dragon Josiane ? Elle en a les moyens, elle. »

Réponse très claire : Non.

Ils avaient même demandé à Tata Mama, qui pourtant venait de perdre Tonton Mimi et n’avait pas une situation financière confortable.

Car pour eux, cela devait rester une affaire de famille.

Ben tiens.

Conséquence : pour tenir le coup, ils ont finalement débloqué 2 700 € chez Cetelem.

À 23 % d’intérêt et avec une mensualité de 300 € !!! J’hallucine.

J’ai évidemment espéré que ce crédit ne soit qu’un pont temporaire, le temps que la Banque de France statue et qu’ils puissent ensuite le rembourser rapidement.

Car ils en sont désormais à environ 1 200 € de crédits à rembourser chaque mois.

Puis, une troisième fois :

« On est à 2 700 € de découvert à la banque, on voudrait savoir… tu ne pourrais toujours pas nous dépanner ? »

J’en ai failli avaler mon thé de travers.

Ils pensent que, parce que je viens d’acheter une maison, j’ai les moyens.

C’est tout le contraire, justement. Bref.

Sauf qu’entre-temps, certains détails ont commencé à sérieusement me chiffonner.

Parce que je les observe et que, manifestement, ils ne se sont pas mis en mode « disette » pour autant :

  • ils reviennent de dix jours de vacances dans l’appart de leur fils à Poitiers — OK, pas de logement à payer, mais avec sorties, restos et tout le toutim — et ils y retournent le 17 août ;
  • ils ont acheté un nouveau canapé d’angle convertible, soi-disant parce que l’ancien était mort. Mais l’ancien a quand même été revendu. Donc soit il était réellement mort, ils l’ont revendu une misère et ont dû rallonger bonbon pour acheter leur canapé flambant neuf ; soit il n’était pas si mort que ça et ils m’ont raconté des bobards ;
  • Ma Nièce a de nouveau cassé sa voiture, cette fois complètement en tort. Au lieu de la déclarer en épave et de lui dire de se débrouiller comme une grande maintenant qu’elle travaille à temps plein — même en CDD —, ils vont payer les nouvelles réparations alors qu’ils n’ont toujours pas fini de payer les premières ;
  • et, pompon sur la cerise : la grande fiesta d’anniversaire du 15 août, avec une vingtaine de personnes. Le grand tralala, quoi.

Tout ça, je l’estime à environ 5 000 €.

D’où sort cet argent ?

Les 2 700 € de Cetelem leur sont montés au cerveau ? Ils n’ont pas compris que ce n’était pas de l’argent-cadeau ?

Ou alors ils ont eu entre-temps un retour de la Banque de France qui leur étale leurs crédits et/ou la succession commence enfin à se dénouer.

Je n’en sais rien, ils ne m’en ont pas parlé.

Mais s’ils sont toujours dans la situation qu’ils m’ont décrite en me demandant pour la troisième fois de les dépanner, là, oui, je commence vraiment à trouver qu’ils abusent.

Quand on est dans la merde financièrement, on coupe les vannes.

On ne maintient que l’ultra-essentiel.

Mais bon, je ne suis pas donneuse de leçons.

Même si, finalement… je devrais peut-être.

Ce qui serait assez cocasse puisque, lorsque moi j’étais dans la mouise financièrement il y a à peine deux ans, notamment à cause de mon rattrapage d’impôts, ils ne m’ont pas aidée. En revanche, la morale, je l’ai eue.

Alors allons-y :

Annulez vos deuxièmes vacances. Réduisez la fiesta. Arrêtez les dépenses qui peuvent attendre. Mangez des patates pendant trois mois s’il le faut. Et attendez la décision de la Banque de France avant de dépenser un euro que vous n’avez pas.

Il n’y a aucune honte à être dans la merde financièrement. Aucune.

Mais encore faut-il reconnaître qu’on y est. Et agir en conséquence.

Parce que tout ça ne commence pas avec le canapé ou les vacances. Ça remonte à plus d’un an déjà, alors que déjà Nana venait de perdre son deuxième emploi et que Toto était au chômage.

Cuisine toute neuve, volets roulants, poêle à granulés, pergola, nouveau mobilier de terrasse, jaccuzzi…

Quand l’avenir est incertain financièrement, on n’empile pas les crédits pour continuer à vivre exactement comme avant.

Parce que justement, ce n’est plus comme avant.

Avant, Toto et Nana rentraient environ 3 400 € à deux.

Aujourd’hui, ils en rentrent 1 000 de moins.

Et Toto est toujours au chômage.

Il lui reste environ un an d’indemnisation et il aura, il faut bien le dire, toutes les peines du monde à retrouver du boulot. À part peut-être de la manutention, mais encore : il est RQTH et ne peut plus porter de charges lourdes.

Alors oui, ça implique de réduire la voilure. Vraiment.

Et je sais très bien que ce n’est pas facile.

Ils n’avaient pas un train de vie faste auparavant, mais confortable, on va dire. Et il est certainement très difficile de se mettre dans la tête qu’il faut tout à coup se priver de choses qui, quelques mois auparavant, ne posaient aucun problème.

Ce n’est pas agréable. Ni drôle. Et ce n’est certainement pas le moment où l’on a envie de se priver de tout ce qui rend la vie un peu plus confortable.

Mais on le fait.

On mange des patates s’il faut manger des patates.

Parce que je trouve cela dommageable pour eux de faire l’autruche, comme si de rien n’était, en espérant que la succession finira bien par tomber, que la Banque de France arrangera les crédits ou que quelqu’un pourra les dépanner quand le découvert aura avalé tout le reste.

Et c’est là que mon fameux « Chacun sa mierda » entre en scène.

Parce qu’en fait, je m’en fiche. Et quand je dis que je m’en fiche, c’est que je m’en fiche.

Je suis peut-être cynique, mais je ne suis pas hypocrite.

Ils font bien comme ils veulent ou comme ils peuvent. J’écoute, je conseille quand on me sollicite, mais je ne vais pas tenir leur budget. Et j’aimerais que ce ne soit pas mes oignons, surtout quand il s’agit de renflouer.

Car sachant ce que je sais maintenant, même si j’avais pu les aider, je pense que je ne l’aurais pas fait.

Parce que je trouve complètement débile de mettre de l’argent dans le tonneau pendant que les robinets restent ouverts.

Quant à Toto, il y a de plus la question d’une éventuelle invalidité.

Mais se faire déclarer invalide lorsqu’on est au chômage, je ne sais même pas comment cela fonctionne administrativement parlant. Et même s’il y parvient, cela signifie une nouvelle baisse de revenus alors que Nana gagne environ 1 000 € par mois…

Ils vont se tirer une balle.

J’imagine qu’à ce moment-là, ce sera vraiment mes oignons.

 

MON BOULOT

LE moment charnière.

Celui où on se dit : « Bon. C’est aujourd’hui que je vais savoir si je continue à me battre ou si je commence à préparer mes cartons… professionnels. »

J’attendais ma fiche de paie de juillet avec fébrilité. L’an dernier, j’avais eu la surprise d’y voir une augmentation de 100€ sur mon brut, et dixit Lucette, la peau de vache de comptable, c’était le minimum d’augmentation pour tous, qu’il fallait vraiment être une brêle pour ne rien avoir.

J’attendais donc avec quelque impatience, car cette augmentation annuelle devait être mon baromètre.

Mon boulot, je le kiffe toujours autant. Toujours aussi varié. Toujours aussi stimulant intellectuellement. J’y fais des trucs qui n’ont souvent rien à voir les uns avec les autres, et c’est précisément ce qui me plaît.

En revanche, tout ce qu’il y a autour… le management, l’ambiance, les vitupérations régulières de ma boss, les horaires de pointeuse version cadre, tout ça, je le supporte de moins en moins.

Je m’étais donc dit une chose très simple.

Si, avec tout ce que j’ai donné cette année, ils reconnaissent mon implication avec une belle augmentation, je peux encore faire avec le reste. Sinon, basta.

Donc jeudi, le dernier jour avant les vacances, j’ouvre ma fiche de paie… Apparemment, je suis une brêle.

0 € d’augmentation.

Pas « pas assez ».

Pas « moins que prévu ».

Zéro. Nada. Niente. Que dalle.

Là, j’ai compris que ce n’était plus une question d’argent.

C’était un signal.

Après avoir tourné autour du bureau de ma boss pendant un temps ridiculement long — entre un fournisseur au téléphone, une collègue qui entrait, ressortait, re-rentrait (je soupçonne un complot cosmique) — j’ai fini par prendre mon courage à deux mains.

— J’aimerais que vous m’expliquiez pourquoi je n’ai pas eu d’augmentation cette année.

Grands yeux.

Silence.

— Je ne sais pas… Mince… Qu’est-ce qu’on a fait ?

— Moi, je sais. Vous avez fait zéro.

Elle a bredouillé (pour une fois que c’est elle) qu’elle allait se replonger dans le dossier et qu’elle reviendrait vers moi.

En quittant son bureau, je lui ai simplement dit :

— Parce que ça n’envoie pas un très bon signal pour moi…

Elle a hoché la tête.

— Je comprends. Je vous dis ça.

Fin de la scène.

Rideau.

Je suis partie en vacances, je n’ai pas eu sa réponse.

OK, on verra ça à la rentrée. Si tu penses que je vais oublier, tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’au genou.

Même si très honnêtement, je ne suis même plus certaine que cela ait tant d’importance. Parce que le point de bascule, finalement, n’est peut-être pas sa réponse. C’est ce fichu zéro.

Cela a fait sauter quelque chose en moi.

Bref, je ne regarde plus les offres d’emploi. Je fonce dedans.

Et si cela doit être retour à Paris pour 3-4 jours par semaine, so be it.

***

AUJOURD’HUI

Plus de maquillage depuis début juin.

Parce qu’il faisait trop chaud, parce qu’il était dans les cartons, parce que j’avais autre chose à faire…

Bref, j’assume désormais ma tête de déterrée 24/7.

Et qu’est-ce que j’économise en démaquillant !

J’ai perdu du poids également dans l’affaire. Faut dire que j’ai traversé une période d’activité physique digne d’un bûcheron à l’entrée de l’hiver.

Il me tarde cependant de pouvoir investir ma salle de gym-danse. Quand il fera moins chaud et, surtout, quand j’aurai retrouvé mon avant-pied gauche.

Parce que pour faire des pointes…

Mes cheveux ont également bien poussé.

Bientôt, je vais pouvoir remettre des barrettes.

Tout arrive.

Ce qui n’a pas repoussé, en revanche, c’est mon compte bancaire.

Je suis comme qui dirait fauchée comme les blés.

Et une crevaison suivie du changement des quatre pneus est venue enfoncer un clou supplémentaire dans mon cercueil financier.

Sans compter qu’avec ma non-augmentation, je dois revoir mon budget à la baisse.

Oui, je suis quand même partie en vacances.

Et oui, financièrement parlant, j’aurais probablement dû annuler.

Mais mes dépenses ici sont minimes et j’ai — encore — un boulot avec un revenu fixe qui tombe à la fin du mois. Mon découvert va donc pouvoir se résorber avec le temps.

Surtout, mes grosses dépenses sont désormais derrière moi.

Il y en aura bien d’autres, évidemment.

Mais elles attendront des vaches plus grasses.

 

Et ces quelques jours ici me font un bien fou. Et ça, ça n’a pas de prix.

Quel plaisir de retrouver Miles et Joan !

Quel plaisir de marcher sur ma plage, de ramasser des coquillages, de respirer à pleins poumons… Même avec un métatarse en vrac, c’est cathartique.

J’allais dire que c’est le pied, mais bon.

Hier, concert de Vivaldi dans la petite église d’Arromanches.

Extraordinaire.

Et je me gave d’huîtres, de moules, de fish and chips, je découvre l’Espresso Martini — révélation ! —, je papote en anglais pendant des heures…

Il ne me reste plus qu’à voir mes amis Ukrainiens à Courseulles, probablement demain soir, et je serai comblée.

Oui. Ces quelques jours ont nourri mon âme et mon cœur.

Et après cette année harassante, ils en avaient grand besoin.

Parce qu’évidemment, au retour…

HAHAHA.

Le 13, le 14, le 16 et le 17 août : gros chantier dans le jardin avec Hector.

Débroussailleuse.

Tronçonneuse.

Élagueuse.

Broyeur.

Le tout avec la cinquième canicule de l’année — ou serait-ce la sixième ? — et des températures approchant les 40°.

Autant dire qu’on travaillera le matin à la fraîche et qu’ensuite, on rentrera sagement à l’ombre avant cuisson complète.

Puis il me restera, toute seule comme une grande :

  • la vitrerie complète du rez-de-chaussée à nettoyer enfin et, d’une façon générale, un grand ménage à la Monk ;
  • les rideaux à raccourcir puisqu’ils tombent actuellement devant les chauffages ;
  • la porte donnant sur le grenier à isoler ;
  • et le grenier lui-même à sécuriser contre les infiltrations dues aux tuiles disjointes, histoire de protéger les étagères en bois, la paperasse, les albums photos, ma correspondance depuis que je sais écrire et mon dressing en tissu avec mes manteaux d’hiver.

Voilà.

Et ce sera pas mal pour des vacances, non ?

     

FUCK LE DRAGON

« C’est très incorrect de se décommander la veille à 18h. Pour les cigarettes en Espagne cet été, ne compte pas sur moi. »

M’en fous, de tes clopes.

Et je n’ai pas décommandé 10 minutes avant, okay, donc on va se détendre du string.

 

Dimanche 31 mai 2026

Dragon Josiane.

Alors oui, j’ai beaucoup de boulot dans ma maison et peu de temps libre pour le faire. Et Ma Nièce s’est gentiment proposée de venir m’aider ce fameux lundi de Pentecôte. J’ai donc demandé si je pouvais venir avec elle à ton barbecue.

Déjà parce que je ne comprenais pas pourquoi elle n’y était pas invitée à la base – c’est quand même la fille de tes meilleurs amis aka Toto et Nana, et aussi ta voisine depuis deux mois – mais on sait, tu ne peux pas la sacquer. Et aussi parce que je n’allais pas la mettre à la porte en pleins travaux en disant que j’allais à ton barbecue sans elle.

– Désolée mais j’ai prévu pour 6 personnes. Elle, ce sera pour une autre fois. A demain.

– Bah désolée, j’ai trop de boulot, on se refera ça une prochaine fois.

Qu’est-ce que j’avais pas dit là ! Crime de lèse-majesté, déclenchement de la Troisième Guerre Mondiale… Ah punaise, j’ai eu les oreilles qui ont bien sifflé, lundi dernier !

Mais en y réfléchissant, je me suis rendu compte que le problème n’était pas ce barbecue. Ce barbecue n’était qu’un symptôme de plus.

Parce que le vrai sujet, c’est Dragon Josiane.

Qui s’est infiltrée dans la vie de Toto et Nana il y a trois ans. Elle n’est pas de la famille mais agit comme telle. Ou plutôt, elle s’est instituée elle-même chef de cette famille qui n’est pas la sienne. On ne se demande pas pourquoi, dans sa famille à elle, elle a une fille alcoolique et une autre qui s’est barrée loin d’elle.

Une matriarche tyrannique au pouvoir toxique. Manipulatrice, qui se mêle et décide pour des choses qui ne la regardent pas, qui influence et dicte la conduite des autres, se fâche avec tout le monde et force les autres à se fâcher pour être dans son camp. Elle a toujours raison car elle sait mieux que tout le monde.

Moi, elle m’a carrément dit une fois :

« Tu la fermes, tu n’as pas d’enfants, tu ne sais pas ce que c’est. »

Euh, on est en démocratie, ou bien ?

 

C’est là que la moutarde a commencé à me monter au nez. Pas sur un seul épisode, non. Sur une accumulation de trucs qui, petit à petit, m’ont faite prendre mes distances. Mais apparemment, pas assez loin.

Déjà, il y a eu l’enterrement du père de Nana et Zaza, le 31 décembre 2024. Le réveillon se tenait chez Toto avec Dragon Josiane aux fourneaux. Voyant Zaza et Félix non invités, je demande s’il est possible qu’ils viennent aussi, c’est la famille, bordel, et on sort d’un enterrement.

Dragon Josiane décrète que non, même si ce n’est pas chez elle, parce qu’on sera trop serrés à table et qu’elle n’a pas prévu pour deux personnes de plus, et qu’une petite de 3 ans, elle ne voulait pas la gérer pendant le réveillon (!)

C’est aussi et surtout parce qu’elle ne pouvait pas sacquer Zaza et Félix, pas dupes pour un sou et qui ne se laissaient pas embobiner. Elle a d’ailleurs fait des pieds et des mains pour faire fâcher les deux sœurs, et accessoirement les deux meilleurs amis qu’étaient Toto et Félix :

 « Vous en faites trop, qu’ils viennent aussi vider la maison du père ! Surtout que Zaza ne s’est jamais trop occupée de lui quand il était malade, c’est toujours vous qui y alliez… »

Sauf que Toto et Nana habitent à côté. Et qu’ils se sont précipités dès le décès pour récupérer tout ce qu’il y avait à récupérer, et laisser de la merde à Zaza et Félix. Ils sont comme ça, un peu vautours sur les bords, un peu mesquins… et beaucoup plus depuis qu’ils fréquentent Dragon Josiane.

Et pis même, en quoi ça la regarde, cette mégère manipulatrice, qui susurre son fiel à l’oreille de qui veut bien rentrer dans son jeu, hein ?!

Et c’est ça, le problème. Toto et Nana ne jure que par elle. Ils sont sous son influence, et ne se rendent pas compte qu’ils sont en train de perdre tout le monde autour d’eux.

Le jour où l’on a appris le décès de Zaza, elle était bien sûr chez Toto et Nana. On était tous sous le choc. Et là, elle sort :

« Ta sœur, on sait de quoi elle est morte, avec ses problèmes cardiaques. Moi, ma sœur, on n’a jamais su, c’était un meurtre, l’enquête est toujours ouverte, 20 ans après, et blablabla moi-je, moi-je, moi-je… »

Mais ferme ta bouche ! On s’en fout, de ta sœur, là on parle de Zaza. Et tu sais mieux que les médecins, peut-être ?! C’était une hémorragie cérébrale, pas un infarctus…

Car oui, égocentrique aussi, le dragon. Il faut que tout tourne autour de sa personne, et si la conversation dérive sur autre chose, elle a tôt fait de la ramener dans son périmètre.

Donc, quand j’ai commencé à la fréquenter au début chez Toto et Nana, je l’écoutais mais j’ai vite vu que cela tournait en boucle, toujours à parler d’elle et rien que d’elle.

Dernièrement, elle avait décrété que de faire trois fêtes le même jour – ma crémaillère le midi, et l’anniv de Toto et celui du père de la copine de mon neveu le soir – c’était trop financièrement pour les cadeaux… Mais surtout, comment j’allais faire pour virer « mes » gens pour ne pas qu’ils ne restent pas le soir ?!??? Parce que Toto et Nana n’allaient pas nourrir des gens qui ne sont pas légitimes, tu te rends compte…

Ça n’a pas loupé : anniversaire de Toto repoussé au 15 août (alors que c’est le 1er juillet), la seule date où Dragon Josiane est dispo…

Elle a aussi bien sûr bavé sur Ma Nièce et Hector :

« Ils ne cherchent pas de boulot, pourtant il y en a, mais ils sont fainéants. Ils sont nourris, logés, blanchis par Toto et Nana, ils n’en foutent pas une rame alors que Nana sort de l’hôpital, et blablabla… »

C’est vrai que la situation ne pouvait pas durer éternellement. Mais quand c’est devenu hyper-tendu en février dernier, c’était parce qu’elle poussait derrière.

Bon, moi aussi j’ai bavé sur le compte des jeunes. Mais je suis leur tante, je peux me permettre.

Dragon Josiane a bien vu que j’étais proche d’eux, elle a donc essayé de me faire fâcher avec eux, allant jusqu’à me dire en aparté ce qu’ils auraient dit sur mon compte, alors qu’il n’en était rien.

Et le pompon sur la cerise, dernièrement lors d’une conversation sur Jean-Luc Lahaye et Patrick Bruel, probablement deux beaux prédateurs sexuels, j’ai eu le malheur de dire ce que j’en pensais :

 – Je pense qu’on mélange deux concepts. L’homme, c’est l’homme, il sera jugé, ce n’est pas à moi d’en décider. Mais l’artiste, c’est l’artiste, pour moi, ses chansons resteront ses chansons.

– Moi, je ne lui donnerai pas un rond pour aller le voir en concert ni acheter ses CDs. Et vous tous, pareil. Il faut le boycotter.

– Bah non. C’est comme Bertrand Cantat. J’aime toujours Noir Désir.

– Tais-toi, tu n’as pas de fille, tu ne sais pas ce que ça fait que de penser qu’un mec peut s’en prendre à ta gosse.

– C’est ce que je te dis : l’homme devra répondre de ses crimes devant la justice, mais son œuvre artistique ne doit pas en être dénaturée.

– Tu la fermes, tu n’as pas le droit de parler.

Voilà.

Je me rends compte que je dépense bien trop d’énergie sur le sujet Dragon Josiane que cela ne le mérite. Mais le problème, c’est que désormais, ses histoires et ses manipulations ont des conséquences directes sur mes oignons à moi.

En effet, elle a bien sûr monté Toto et Nana contre moi, en disant qu’ils passaient trop de temps à m’aider, que j’emmerdais tout le monde avec mes travaux, bref que j’avais qu’à me débrouiller toute seule.

Du coup, Toto et Nana me font à moitié la tête et ne proposent plus leur aide, laissant les trucs en plan.

Franklin aussi, qui a commencé à débroussailler mon jardin et tailler mes arbres le week-end dernier, a tout laissé en plan suite au déjeuner chez Dragon Josiane, soit disant qu’il viendrait dans la semaine pour terminer, car il s’emmerde chez lui.

Mais bon, lui, je suis familière avec ses promesses non-tenues, donc je m’en fous.

Et oui, j’ai demandé de l’aide autour de moi. Pour tout ce que Raoul ne fait pas et que je ne peux pas faire seule à moins d’y être encore à la Saint Glinglin. Comme le nettoyage, la fixation de divers trucs, un premier round de déménagement, etc. Egalement des trucs à l’appart, comme de décrocher mes lustres, mes meubles de cuisine, démonter mes barres à rideaux… qu’il faut remettre dans la maison, et j’en passe.

A chaque fois, j’ai payé la bouffe et les boissons. Normal. Et parce que Toto m’a finalement donné l’armoire normande de Maman qui prenait trop de place dans son garage, je leur ai payé un nouveau buffet.

Mais ceux qui m’aident le plus sans rien demander en retour, c’est Hector et Ma Nièce. On a beau dire sur eux, moi la première fût un temps, ils gèrent la fougère et ne me laissent pas tomber.

Je leur en suis très reconnaissante.

 

Que Toto et Nana me fasse la tronche à cause de Dragon Josiane qui leur bourre le mou, ça m’emmerde. Mais je vais composer, parce que c’est mon frère. Sinon, voilà longtemps que je l’aurais envoyé bouler.

Tout comme je vais composer avec Bennett, mon autre frère, qui adorablement est venu aider au montage du dressing et aux diverses fixations dans la salle de bains. Bon, c’est un bourrin qui a fait un boulot de craouète : murs transpercés, fixations branlantes, parquet rayé, et mon dressing à 500 balles de chez Ikea a bien morflé…

Mais je ne lui en veux pas, c’est parti d’une super bonne intention. Bref, on a réparé, et s’il revient cette semaine pour aider pendant sa semaine de vacances, je l’affecterai sur des trucs de bourrin et pis c’est tout 🙂

Ah oui, il a aussi fallu que je gère la rivalité entre Toto et Bennett, qui ne se sont jamais entendus. Toto d’ailleurs ne l’a jamais considéré comme son frère, malgré que l’on ait tous grandi ensemble sous le même toit, tout ça parce qu’il ne porte pas le même nom.

Mais moi, si.

Et Bennett est comme il est, il vit comme il vit, mais je n’ai jamais rompu le lien avec lui.

 

Donc, oui, je vais me débrouiller. J’ai notamment demandé, moyennant finances, au pote costaud de Raoul. Je ne suis plus à ça près, j’ai déjà dépassé mon budget de 2000 balles que je prends sur ma tirelire, hélas pas très dodue.

Je vais composer avec la famille, parce que c’est la famille. Mais je ne composerai pas avec Dragon Josiane.

Je suis sûre qu’à ma crémaillère – à laquelle elle comptait ne pas venir, jusqu’à ce que son mari lui dise que si (gentil Mitch qui contredit enfin sa Reine-Mère de femme), elle va vouloir me prendre à part et me sortir un truc du genre :

« Bon, je te le dis, ça m’a mise en colère cette histoire que tu te décommandes au dernier moment, mais bon, allez, je te pardonne. »

Ce à quoi je répondrai :

« Ma porte est encore ouverte, mais c’est chez moi, donc c’est moi qui commande. Tu es la bienvenue mais tu ne me fais pas chier. »

 

Allez, fuck le dragon.

Je viens de passer un mois éreintant, avec pas une minute à moi, et ce n’est pas fini. Le déménagement c’est dans trois semaines et je n’ai pas fait un seul carton.

Maintenant, faire mes cartons pour qu’ils s’entassent dans mon appart car je ne peux rien déposer encore dans la maison tant que les travaux ne sont pas finis et que ce n’est pas nettoyé, bah je me dis que ça ne sert à rien.

Mais quand même.

JAMAIS DEUX SANS TROIS

« Un message ici pour vous informer que mon mari Mimi nous a quittés cette nuit. Il avait eu un accident de vélo mardi. Un grand vide s’installe et la peine est immense. »

Le troisième décès brutal en un mois.

Jamais deux sans trois. Mais quel dicton à la con !

 

Dimanche 26 avril 2026

Jeudi dernier vers 11.00, j’avais un problème d’ordi au bureau, alors en attendant l’intervention des informaticiens, je me suis dit : tiens je vais aller sur Facebook. Et là, j’ai vu le post de Tata Mama.

Je n’ai pas voulu y croire, pensant immédiatement à un hack de son compte, mais dans quel but écrire truc pareil ? J’ai tenté de l’appeler, en vain, j’ai donc appelé Cousin Bruce. Qui m’a confirmé la nouvelle.

Mardi dernier, Tonton Mimi, 87 ans, était sur son vélo dans son patelin près de Toulouse. Un grand sportif — on lui donnait sans peine 20 ans de moins.

À un rond-point, un “vieux” de 80 ans ne l’a simplement pas vu et l’a percuté.

Aux urgences : côtes cassées, commotion cérébrale malgré le casque.

Il aurait pu s’en sortir.

Sauf que sa myéloïdose — la même maladie que celle de Maman — ne lui a pas permis de guérir. Il était trop faible. Et cela l’a emporté.

Obsèques prévues ce mardi. J’avais déjà prévenu mon boulot, avant de me raviser devant la distance et le fait que personne n’aurait pu venir avec moi – en semaine, aller-retour dans la journée, pas jouable. Puis, rebondissement. Comme si le choc et le chagrin ne suffisaient pas :

« Nous venons d’apprendre que la cérémonie des obsèques de Mimi est suspendue suite à une décision de justice qui entraîne une autopsie. Elle doit donc être reportée et ne pourra pas avoir lieu ce mardi comme nous l’avions prévue.

Nous n’avons pas encore la date et reviendrons vers vous dès que nous le saurons. Cela peut prendre quelques jours ou quelques semaines, nous n’en avons aucune idée.

Nous sommes désolés et perturbés par ce contretemps qui ne dépend pas de notre volonté. »

Une autopsie ?

Des circonstances étranges autour de quoi, l’accident ou le décès à l’hôpital ?

Je ne comprends pas trop. Mais bon, peu importe, cela ne le fera pas revenir.

 

Et c’est là que les souvenirs remontent.

D’aussi loin que je me souvienne, c’était toujours une grande joie de le voir, de voir Tata et les cousins aussi. Quand j’étais gamine, on n’avait pas souvent de visites dans notre patelin de 300 âmes, alors leur venue était une grande fête.

Les photos de ce temps insouciant et joyeux sont gravées dans ma mémoire.

Et Tonton Mimi, c’est une anthologie. Un monument de mon histoire qui s’en va.

Je me revois à l’arrière de sa voiture, avenue de la Grande Armée à Paris. Il roulait comme un calu en slalomant entre les voitures, comme dans une course-poursuite avec la police. J’avais bien rigolé ce jour-là, mon Tonton, 65 ans alors, délinquant de la route.

Et toujours aussi fringant, il y a 10 ans, il était capable de faire à vélo Cergy-Pontoise (où ils habitaient alors) jusqu’à Paris XV pour venir me voir lorsque j’avais le resto et voir sa soeur, Maman, que j’avais rapatriée près de moi.

Tonton Mimi, c’était aussi — et surtout — lui qui avait filmé mon arrivée en France à Orly à 2 ans. En Super 8. Transféré ensuite sur VHS. Un cadeau qu’il m’a fait il y a 25 ans.

C’est lui également qui avait fait un magnifique recueil de photos de Maman pour ses 80 ans.

Lui encore qui est venu voir cette dernière à l’EHPAD avec moi, il y a 6 ans, un mois avant qu’elle ne décède.

D’ailleurs, sur le trajet, on avait parlé d’obsèques, de dernières volontés. Il m’avait avoué ne rien avoir prévu, espérant que les choses se fassent naturellement.

Je lui avais demandé s’il préférait être incinéré ou inhumé. Et là, je me souviens de sa réponse :

« La crémation… je ne sais pas trop. Écologiquement, ce n’est pas très vertueux. C’est une énorme dépense d’énergie… »

Ça m’avait fait réfléchir. Moi qui voudrais des funérailles à la viking.

 

Et aujourd’hui…

Je suis tellement sous le choc de ces trois décès consécutifs, que je n’ai plus de larmes.

Je suis comme anesthésiée.

Je repense à tous ces moments, toutes ces petites choses que j’ai partagés avec chacun d’eux. Je ressens la peine des proches, elle s’amplifie en moi et m’érode petit à petit.

J’en perds la boule, aussi.

Au point de zapper ma téléconsultation mensuelle, de noter la mauvaise heure de rendez-vous avec le banquier, d’oublier ma carte bancaire dans le lecteur chez Action, de ne plus savoir quelle date on est, d’être perdue dans mon planning maison-travaux-emménagement…

Je ne suis pas comme ça, c’est dire à quel point je suis à côté de la plaque, en ce moment.

Je devrais être en train de me réjouir de ma nouvelle maison, et d’être sur le pont en chef d’orchestre comme je sais si bien le faire. La date approche pourtant, dans 10 jours, mais cela me semble encore bien lointain.

 

Le décès de Tonton Mimi enfonce le dernier clou du cercueil dans lequel je me suis réfugiée.

Tonton était le dernier lien que j’avais avec Maman.

JE NE SUIS QUE CHAGRIN

« Pourquoi ? La question qui nous hante. La question qui nourrit notre colère et notre incompréhension. La question qui, hélas, ne trouvera jamais de réponse.

Ne célébrons pas ta mort. Célébrons ta vie. Lumineuse, même si trop courte. »

Mon éloge, hier matin.

 

Dimanche 12 avril 2026

J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je ne me souviens pas avoir pleuré autant depuis la mort de Maman. Et de voir Nana hurler de douleur, Félix embrasser l’urne, tremblant de larmes, cela a été une épreuve des plus terribles. Je ne leur ai pas lâché la main, à tous les deux.

Et l’on remet ça mardi matin. Tonton Gilbert, celui avec le grand jardin à côté de la première petite maison que je voulais acheter il y a 3 ans, l’oncle de Zaza et de Nana, est parti à son tour.

Un drame, là aussi. Un AVC en conduisant pour aller à la pharmacie. Un AVC si terrible qui l’a emporté 4 jours après. Sur le moment, Tata Georgette voyant qu’il faisait un malaise, a sauté de la voiture en marche, heureusement sans autre conséquence qu’un énorme hématome sur la jambe droite.

S’il avait fait cet AVC sur la grand-route, les deux ne seraient plus là aujourd’hui.

82 ans. On se dit que c’est un âge « normal » pour partir. Mais cela n’empêche pas le chagrin. Et le mien est tout aussi profond que pour Zaza. Car j’adorais Tonton Gilbert.

On parlait de son jardin, de ses poules, on commérait en riant sous cape comme des gamins… On parlait aussi de chasse, de pêche, de la renarde qui venait lui chiper une ou deux poules à chaque printemps. On parlait de tout, de rien. Très complices, lui et moi.

Et il aurait adoré m’avoir pour voisine. Il m’avait dit : « Si tu veux, on peut faire une ouverture derrière, comme ça je viendrai m’occuper de ton jardin. » A 79 ans, c’est plutôt moi qui serais venue l’aider dans le sien… Chose que je faisais dès que je venais dans le coin voir Toto, lorsque j’habitais encore sur Paris.

Ainsi, je l’aidais à cueillir les figues, ramasser les mirabelles, les noix, je désherbais les radis… Il m’a appris à faire des endives, bien plus compliqué que cela n’y paraît, il m’a appris à butter les haricots verts, à couper les ailes des poules pour ne pas qu’elles s’envolent chez le voisin…

On parcourait son grand jardin, à pas lents, les mains dans le dos, on commentait la croissance des bettes, la profusion des groseilles, la prolifération du pourpier qu’il arrachait d’un geste sec, jusqu’à ce que je lui dise, moi l’apprentie-jardinière, que c’était délicieux en salade…

Il me donnait des artichauts au goût de noisette, des salades rustiques au goût de prêle, des topinambours, des tomates, des concombres, des poireaux pour ma soupe… Bon dieu que j’adorais les légumes de Tonton Gilbert ! Au point de ne plus vouloir acheter de légumes fadasses dans le commerce.

Et qu’est-ce que ça me faisait rigoler de voir ses moustaches en balai-brosse se trémousser lorsqu’il sortait un bon mot ou une vanne bien placée ! C’était même devenu une marque de reconnaissance, ses moustaches dansantes : « Attention, Tonton Gilbert va nous en sortir une bonne ! » 

Tonton Gilbert, 82 ans, aucun médicament de vieux. A faire encore son bois, à grimper sur son échelle pour nettoyer la gouttière. A boire son Ricard à l’apéro, à l’appétit toujours aussi solide.

Aucun signe précurseur d’un quelconque problème de santé. Peut-être de la fatigue, ces derniers temps. Il était cyclothymique, donc tous les hivers il déprimait un peu et hop aux beaux jours, le pep revenait. Sauf là.

Et l’annonce du décès brutal de sa nièce a dû lui mettre un sacré coup sur le carafon. Chaque année, ils s’appelaient tous les deux pour leurs anniversaires : lui le 11 mars et Zaza le 12 mars… Ils se seront suivis jusque dans la tombe.

 

Bref. C’est moche de dire ça, mais je viens de perdre mes deux personnes préférées de cette belle-famille. Mon chagrin est incommensurable. Je n’y suis peut-être pas légitime, mais ma douleur est bien là.

Et pour mardi matin, Tata Georgette m’a demandée si je pouvais lire une prière de son choix à l’église, car ni elle, si son fils Garfield et sa belle-fille Gina ne pourront le faire, étranglés de chagrin qu’ils seront.

J’ai accepté. Suis pas fan des cérémonies religieuses mais je respecte les dernières volontés de mon Tonton Gilbert. J’espère juste que Monsieur le curé ne me fera pas d’embrouilles parce que je ne suis pas baptisée.

 

Sacré printemps 2026.

Je ne suis que chagrin.

FUCKING CAVERNOME

« Le cavernome (ou angiome caverneux) est un amas de petits vaisseaux anormaux, situé souvent dans le cerveau et prenant classiquement l’aspect d’une « mûre ».  Les cavernomes peuvent saigner, entrainant plutôt une croissance du cavernome qu’une hémorragie cérébrale et sont responsables, dans certains cas, d’une épilepsie.

Il est toutefois exceptionnel qu’une hémorragie due à un cavernome cérébral soit importante et à l’origine du décès du malade. »

Bah si. Aussi exceptionnel qu’elle l’était.

 

Samedi 4 avril 2026

Lundi, l’horrible nouvelle : Zaza, la sœur de Nana, est décédée dans la nuit.

Hémorragie cérébrale, arrêt cardiaque, mort cérébrale. Aucun signe avant-coureur.

Elle était en train de ranger le lave-vaisselle quand elle a dit à son mari Félix : « Je ne me sens pas bien… », avant de s’écrouler en hurlant de douleur.

Deux heures plus tard, c’était terminé.

37 ans. Fuck.

La veille, samedi dernier, on avait passé la journée tous ensemble — Toto, Nana, les jeunes, Zaza, Félix et leur petite de 4 ans, Pépette — à vider le garage du frère de Zaza et de Nana, parti lui aussi en août 2023, et à emménager les jeunes dans leur nouvel appart.

Une journée éreintante, ponctuée toutefois de moments joyeux et de rires. Le soir à table, Zaza nous racontait, des étoiles plein les yeux, leur week-end en amoureux deux semaines plus tôt. Et moi de leur dire avec malice que c’était un avant-goût de leur voyage de noces qu’ils n’avaient toujours pas eu l’occasion d’organiser, 18 mois après leur mariage-surprise – où ils avaient invité tout le monde au seul baptême de Pépette.

Qu’elle était rayonnante, dans sa jolie robe blanche ce jour-là !

Elle avait enfin tout ce qu’elle avait toujours voulu dans la vie : un mari aimé et aimant, une magnifique poupée, une belle maison, un boulot qui lui plaisait…

Une femme simple, contente d’un rien, d’une profonde gentillesse et d’un enthousiasme pour la vie à toute épreuve. Elle savait pourtant qu’elle avait cette épée de Damoclès sur la tête, depuis quasiment sa naissance, mais cela ne l’a pas empêchée de construire sa vie, et d’aimer cette dernière à la folie.

On lui avait même fortement recommandé de ne pas mener sa grossesse à terme, à cause des risques d’hémorragie cérébrale lors de l’accouchement. Mais son désir d’enfant était plus fort que tout. Et sa petite aujourd’hui est là, magnifique.

Quelle horreur de devoir dire à une enfant de 4 ans qu’elle ne reverra plus jamais sa mère.

Quelle angoisse d’appréhender la suite sans cette partie de soi qui disparaît aussi brutalement.

Quel courage a Félix, son mari, pour faire face à tout ça sans vaciller. Pour la petite.

Moi, mon chagrin est immense aussi. Encore maintenant où j’écris ces lignes, je ne peux m’empêcher d’être touchée au plus profond de moi. Elle n’était pas de ma famille au sens propre du terme, mais c’était tout comme. J’avais toujours grand plaisir à la voir, j’aimais sa placidité, sa simplicité et son sourire prompt.

Je regarde le magnet Masque de Carnaval sur mon frigo… Elle me l’avait ramené de leur week-end à Venise, le fameux week-end où Félix l’a demandé en mariage. J’avais d’ailleurs gardé Pépette qui avait alors 2 ans, lorsque j’étais encore sur Paris.

Oui, je pense à elle quasiment en boucle depuis lundi.

Je pense aussi à Nana, la seule survivante désormais de sa famille. La mère est partie d’un arrêt cardiaque en juillet 2020, deux mois avant Maman. Le frère, devenu dépressif alcoolique depuis, est tombé dans ses escaliers et s’est ouvert le crâne en août 2023. Le père, qui ne s’en est pas remis, est mort d’une pneumonie mal soignée à Noël 2024. Et aujourd’hui, la sœur, dans cette tragédie qui nous laisse hébétés de douleur.

Une famille décimée. Comme une malédiction.

Les obsèques auront lieu samedi prochain.

Je n’ai pas intérêt à oublier mon stock de Kleenex.

 

10.30. Bon, il faut que j’organise toutes les infos que j’ai pu collecter ces derniers quinze jours au sujet de ma future maison, dont je signe l’acte de vente chez le notaire le 5 mai prochain. Dans un mois, quoi.

Ainsi, l’assurance, l’électricité, l’eau, internet, mon préavis, et j’ai fait le point sur place hier soir avec Raoul sur les travaux. Tout se précise, donc. J’ai hâte. Hâte que tout soit fini, en fait. Bon, je savais que cela allait être du sport que de jongler avec un boulot qui me laisse exsangue sans beaucoup de ressources pour faire autre chose, des travaux qui, même s’ils ne représentent pas un gros chantier, doivent être supervisés, et un déménagement-emménagement qui s’annonce épique si je compte les paires de gros bras que je n’ai pas pu (su) rallier…

Sans compter la fibromyalgie qui se rappelle à mon bon souvenir. Et mon chagrin actuel qui me donne juste envie de m’enterrer aux fins fonds de mon lit.

Oh et puis non. Je n’ai pas le droit.

Je suis vivante, bordel de merde.

Allez, hop hop hop je me secoue.

En hommage à toi, Zaza.

DERNIERS WEEK-ENDS TRANQUILLES

« Ça pique quand ça rentre, ça pique quand ça sort ! »

Une maxime, pour une fois pertinente, de la part d’Hector à propos du piment, il y a une semaine, à la Marmite Créole fraîchement ouverte dans mon patelin. Ce petit restaurant réunionnais ne casse pourtant pas trois pattes à un canard côté bouffe, mais ils sont très sympas. Donc, je reviendrai.

 

Samedi 7 mars 2026

Marmite Créole pour fêter… le premier appart des tourtereaux !! Un petit logement HLM quasi neuf à 6 km de chez moi. Je suis très contente pour eux, et pour moi. Mais ouf, alors ! J’avoue, j’avais un peu mauvaise conscience de ne pas leur proposer une de mes trois chambres, donc cette annonce m’a franchement réjouie.

Ainsi, je leur donne mon four pyrolyse et ma plaque induction que j’avais ramenés de Paris, pensant les installer dans mon futur chez-moi, à défaut de les revendre. Mais flemme de les mettre sur le Bon Coin. Puis, une fois qu’on a goûté à la cuisson au gaz, on ne revient plus à l’induction. Alors, autant que ça serve aux jeunes, en contrepartie bien sûr de leur coup de main lors de mon prochain déménagement.

Déménagement qui se précise. La période de rétractation est passée, le devis travaux est validé, j’ai tout envoyé au banquier et j’attends son accord de financement, très probablement mardi prochain. Ensuite, j’envoie le tout à l’agence qui le transmettra au notaire pour une signature environ un mois et demi plus tard. Disons mi-mai.

Révision du calendrier : je déménagerai le 20 juin et rendrai les clés de mon appart actuel le 30 juin. Le 20 juin est symbolique : ça fera pile deux ans que je suis arrivée de Paris.

Je me souviens d’ailleurs du comité d’accueil ce jour-là : moustiques, mouches et araignées à gogo, partout, tout le temps… Cette année, dans ma nouvelle maison, le comité sera un gros chat bien dodu, tout en câlins et bavard comme une pie. Le chat d’une voisine là-bas, ce qui me va bien : pas de litière, ni de griffures de mes meubles, ni de pipi intempestif sur mes tapis à gérer. Que les ronrons. Je vais le baptiser Morris.

 

Ah oui, j’ai rencontré aussi mon futur voisin. Pas le même modèle que Franklin. Il a acheté les deux maisons en ruines attenantes à ma future maison et les retape lui-même. Et dans le lot, il y a l’ancien kebab, qu’il va rouvrir incessamment sous peu !

Il fera cependant un truc un peu plus élaboré que le gyro tournant sur son pique comme seule animation. Et sa carte : couscous, mezzés et bien sûr un kebab veggie rien que pour moi. Cela s’appellera Le Philanthrope. Tout un programme.

C’est bien, cette diversité culinaire dans mon petit patelin. Diversité qui me manque cruellement depuis 21 mois. Ne manque plus qu’un resto asiat, et je serai comblée.

 

Je me mets déjà à faire la comparaison avec mon appart actuel… Je n’aurai plus ces punaises de marches à monter rien que pour arriver chez moi. Ça me tue, surtout avec mes sacs de courses. Je n’aurai, j’espère, plus froid dans un appart mal isolé et plein de courants d’air vicelards. Je n’aurai plus, j’espère aussi, de voisin qui me taxe des clopes et de la bouffe parce qu’il est à la dèche le 10 du mois. Et surtout, je pourrai profiter de ma terrasse et de mon jardin.

Il me tarde d’y être.

Mais avant, le planning me donne le tournis. Ensuite et préalable, en fait. Prévoir tout ce que l’on peut faire dès que j’aurai les clefs (en dehors des travaux), commencer à déménager ce que je peux déménager, commander les trucs pour qu’ils arrivent au bon moment, la livraison sur place héhé, mettre en cartons, tout démonter, tout remonter, puis le déménagement en lui-même, l’emménagement…

Donc je profite de mes derniers week-ends tranquilles avant un long moment.

COMPROMIS & INONDATIONS

« Je déclare avoir connaissance qu’un délai de rétractation de dix jours m’est accordé par l’article L. 271-1 du code de la construction et de l’habitation, et qu’il court à compter du lendemain de la date de remise inscrite de ma main sur le présent acte, soit à compter du 15 février 2026. »

Voui, voui, je suis déjà en plein aménagement dans ma tête, ce n’est pas pour me rétracter comme un escargot qui a peur de la canicule.

 

Dimanche 15 février 2026

Compromis de vente signé hier, donc.

Un 14 février. D’habitude, cette date m’est plutôt maudite, signe que les choses changent, j’imagine.

Vendredi soir après le boulot, j’ai rejoint sur place un entrepreneur du coin pour un devis travaux. Rien de lourd comme pour les trois maisons « coup de cœur » : tout est neuf à l’intérieur. Plutôt de la cosmétique à l’extérieur et de l’optimisation à l’intérieur. Et comme je n’avais aucune intention de consulter plusieurs corps de métiers, j’ai fait appel à ce gars – appelons-le Raoul – chaudement recommandé alentour, et qui apparemment touche à tout. Parfait.

  • dépose de deux cloisons semi-porteuses entre la salle à manger et la cuisine/entrée principale, avec reprise sols-plafonds-électricité ;
  • installation de l’insert de 400 kg donné par Toto (qui s’est fait installer un poêle à granulés) et tubage de la cheminée ;
  • évacuation et raccordement lave-linge à l’étage dans la BUANDERIE (that’s right, baby, j’ai une buanderie !)

Ça, c’est pour l’intérieur. Le gros du bins, maintenant :

  • élimination d’un énorme laurier-cerise débile planté quasi au milieu de la courette ;
  • pose d’une terrasse bois sur toute la courette ;
  • nettoyage et enduit du mur d’enceinte ;
  • création de prises de courant et d’un robinet extérieurs ;
  • pose de polycarbonate sur l’architecture de la marquise ;
  • motorisation de la porte de garage ;
  • démoussage toiture ;
  • défrichage jardin…

Et je laisse à Hector, qui s’est gentiment proposé, la rénovation de la white-picket fence (le truc très américain qui m’a toujours faite rêver) qui fait un peu la tronche après des années de non-entretien.

Bref. Tout ça doit rentrer dans les 10K€ validé par le banquier. Raoul a l’air d’être arrangeant, en gros, tout ce qui ne rentrera pas dans ce budget, on verra de ‘main à la main’ sans TVA mais en cash. HAHAHA.

Donc, j’attends son devis. S’il passe, je l’envoie au banquier avec le compromis et roule ma poule. L’agence parle d’une signature vers le 20 mai. Raoul estime une semaine à dix jours de travaux. En laissant de la marge, mi-juillet au plus tard, j’aurai déménagé. Et tout le mois d’août pour m’installer.

J’en suis fatiguée d’avance. Excitée, aussi. Car ce n’est pas juste un déménagement, c’est un projet de vie. Enfin, je me pose, et je fais pousser mes racines. Late-bloomer.

 

Ah un mail de Big Boss. Confirmant que mon niveau d’alerte rouge sur un gros dossier ultra-stratégique, n’est pas le leur. Ça fait deux semaines que j’attends après eux car je n’avais pas les infos à mon niveau, et aujourd’hui, ils s’affolent en essayant de m’en remettre la faute sur le dos.

Ma boss m’est d’ailleurs à nouveau tombée sur le poil vendredi :

  • Comment ça, vous n’avez pas le temps ?!
  • Bah j’ai demandé les infos à la comptable il y a trois jours, et elle n’avait pas le temps. Et là, elle me file une pile de papiers qu’il faut que j’épluche, alors que j’aimerais terminer ce dossier de candidature aux Trophées Entreprises de la CCI dont la deadline est le 18 février…
  • Quoi ?! Vous n’êtes pas venue m’en reparler, donc on passe ! Et la comptable ne travaille pas pour vous, à ce que je sache. Décidément, vous avez toujours un problème de priorisation. Donc concentrez-vous sur ce dossier d’assurance et puis c’est tout.
  • Si vous le dites.

Mon dieu qu’ils me soûlent ! J’ai tellement hâte de me barrer de cette boîte au management pourri jusqu’à l’os ! Mais bon, ce n’est pas le moment avec mon projet d’acquisition. Il va falloir serrer les dents encore quelques mois. Bon, j’ai déjà vécu pire, le restaurant, et cette situation putréfiée avec Kévin dont j’ai bien cru ne pas en sortir vivante.

Mais une fois installée, je reprends sans tarder ma recherche d’emploi. Et prépare mon speech :

« Je voulais vous dire qu’aujourd’hui, je ne me reconnais plus dans mon poste. Je vais donc vous laisser, j’ai trouvé un poste où je ne serais pas rabaissée ni maltraitée. Je vous souhaite bonne chance pour mon remplacement. »

Bon, maintenant, il faut que je le trouve, cet autre job. Surtout avec à minima mon salaire actuel. Car j’aurai un crédit immo sur le râble. Allez, haut-les-cœurs, Bibi !

 

Les 20 ans de Ma Nièce le week-end dernier. Comment dire ? Peut-être que je suis devenue une vieille bique aigrie, mais qu’est-ce que j’aurais préféré être ailleurs ! Toujours les mêmes repas, les mêmes gens, les mêmes discussions. Barbant.

Sauf que samedi, il y avait un DJ. Bien loin de David Guetta. Des 33T passés en 78T et vice-versa. Et d’une beaufitude olympique. Oui, je sais, je déblatère. Sans scrupules, maintenant.

Bref. J’ai passé le plus clair de mon temps en cuisine à faire la plonge, ce qui m’emmerdait moins que la salle. Et ai fui vers 1 heure du mat lorsqu’ils ont annoncé le karaoké Michel Sardou-Johnny Halliday-Renaud.

 

Apparemment, ça va mieux entre Toto, Nana et les deux tourtereaux. Ils se seraient parlé, plus ou moins à cœur ouvert, et ils font tous des efforts pour arriver à s’entendre. Ouf ! J’ai bien senti le « Tata, on peut venir chez toi ? ». Là, tout est bien qui finit bien. Surtout pour moi.

Hector aussi a changé. De son propre aveu, travailler lui fait un bien fou : voir des gens, faire quelque chose de sa vie. Sauf que ça pique de se lever à 6h.

Ah oui, c’est plus la même, hein ? HAHAHA.

 

12.30. Allez, je vais me faire des poissons panés et me rouler en boule sur le canap en pensant à mon futur chez-moi. Et me commander des sacs stop inondation à mettre dans le garage, car l’eau monte dangereusement ici…