Saison 7

HOROSCOPE

« … Cette nouvelle année sera une sorte d’entre-deux où plusieurs valeurs, plusieurs modes de vie ou de fonctionnements chercheront à coexister sans vraiment y parvenir. Il s’agira d’une forme de crise identitaire où chacun cherchera ses marques, se remettra en question et mettra en place de solutions propres. Durant cette période, certains prendront la décision de couper court à une situation, à une façon d’aimer ou de vivre, à une activité ou encore à certaines relations afin de faire être autrement. Ainsi, de la rupture, de la rétrogradation ou encore de la dépossession naîtra une nouvelle réalité peut-être plus harmonieuse et douce… »

Mouais. C’est qu’est-ce que je dis depuis plusieurs mois déjà. Donc même si j’ai pris un peu d’avance, j’ai quand même l’impression que je ne suis pas sortie de l’auberge pour autant.

« J’ai envie qu’on me souhaite une bonne année… 2022 ! » Comme tu as raison, ma Nénette !

 

Mardi 5 janvier 2021 # DECONFINEMENT/COUVRE-FEU/Y EN MARRE J+22

Bonne année, meilleurs vœux, la santé, l’amour, que cette nouvelle année soit meilleure que la précédente, blablabla… A la radio, sur Facebook, cette avalanche de niaiseries ridicules commence à me soûler grave. Il faut se souhaiter le meilleur quand même, rester positif… Positif, d’accord mais pas faire l’autruche, c’est un coup à se faire plumer le derrière au lance-flammes.

Bref, je ne dis pas ça parce que moi je suis dépitée d’avoir passé des fêtes calamiteuses, ça fait 12 ans que c’est le cas et d’ailleurs, cette année ce n’était pas si mal au final. J’ai eu raison, ma volonté de solitude absolue était ce dont j’avais besoin.

Donc jeudi soir dernier, téléphone éteint, en pyjama-pilou, mon bol de croquettes sur les genoux devant The Walking Dead, bah j’ai kiffé. A minuit, je comatais déjà, gavée de mélatonine et de Stillnox. Yep, un jour et une nuit comme les autres depuis fort longtemps. Sauf que j’ai fait un autre rêve érotique, limite porno… Allez, bonne année à moi.

Le lendemain, j’ai fait ma pesée annuelle : 47,3 kilos… Je n’ai pas fait ce poids depuis que j’ai 15 ans ! Bon, mes deux heures quotidiennes de danse-gym et le fait que je me nourrisse presqu’exclusivement de compotes et de protéines en poudre y sont pour quelque chose. Même les chips de Noël m’ont été inoffensives. Quand les confinements et les fêtes font grossir la plupart des gens, je me dis que je suis décidément à l’envers de tout le monde.

 

Dimanche après-midi, Yang est passé me claquer la bise du nouvel an. Une vraie, fuck le covid. On a papoté un peu et l’on s’est mis à bosser sur l’écriture de mon roman. Qu’est-ce que c’est chouette, ce genre d’échange ! J’adore le partage d’idées, l’appréhension de nouveaux concepts et la fusion des points de vue, rien de mieux pour booster mon intellect ! Merci, mon Yang.

Et dans la foulée, Bradley est arrivé. C’était la première fois qu’il venait direct après avoir déposé ses enfants chez son ex-femme. Comme si je lui avais manqué… D’ailleurs, lorsque je l’ai taclé d’entrée de jeu sur le sujet, il me l’a confessé sans détours. Hum… La quatrième dimension à nouveau ?

Effectivement. Une soirée pas comme les autres. Certes, alcool et musique comme d’hab mais là, pour la première fois, on s’est retrouvés comme de vrais amoureux sans faux-semblants. Avec une rafale de déclarations. De sa part…

« Il est évident maintenant que je ne pourrai pas mener mon projet tout seul, j’ai besoin d’aide, de toi… Tu nous imagines sur notre terrasse en soirée à contempler notre jardin et nos arbres fruitiers ? Je sais que tu serais heureuse… Et le temps que je trouve cette maison, je vais rendre mon appartement et je me disais que je pourrais peut-être venir chez toi ?

Je m’aperçois que tu me corresponds en tout point : tu es barrée, anticonformiste, intelligente, cultivée comme je te l’ai déjà dit, tu es curieuse de tout, tu es artiste, passionnée, on peut parler de tout sans langue de bois, tu es belle, encore dans la séduction sans rien prendre pour acquis, tu excites mon intellect, tu m’excites tout court et j’adore tout ça !

J’avais une idée de cet ‘ensemble’ même si ce n’était pas bien défini encore mais j’ai l’impression que c’est ça… On est faits pour être ensemble. »

WOW !!!

Lorsque je lui en ai reparlé le lendemain, hier donc, après que les brumes éthyliques se soient dissipées, il était moins exalté et avait retrouvé sa légendaire défensive teintée cette fois-ci d’un peu de mauvaise foi. Manque de bol, pour une fois, ma mémoire n’a pas été oblitérée par l’alcool.

–  Dis-moi, je me fais des films ou tu commences à m’inclure dans ton projet, dans ta vie ?

–  Disons que je ne veux pas t’en exclure. J’essaye de voir si ce projet peut te séduire.

–  Tu me testes, quoi. Je t’ai dit, il ressemble beaucoup au mien donc oui, le concept me séduit. On peut penser effectivement à les greffer sans problème mais ce n’est pas un projet commun où l’on va décider à deux des choses. Je tiens à ce que cela reste le tien de base. Et le fait que cela implique une vie à deux, une vie de couple, c’est un autre sujet. Tu veux quoi, une associée ou une compagne ?

 –  Les deux. C’est lié, en fait.

Je me suis retenue de lui répondre que la première option avait juste besoin d’un pacte d’associés tandis que la seconde avait surtout besoin d’envie des deux parts … Et j’ai poursuivi. Malgré son léger agacement qui commençait à poindre.

–  Sinon, tu as envisagé de venir t’installer chez moi prochainement ?

 –  Pff ça y est, tu recommences à complexifier les choses et à couper les cheveux en quatre.

 –  Non, je mets les choses à plat et ensuite je te dirai ce que j’en pense. Je ne m’embarrasse plus avec toi, je te dis les choses comme elles viennent et si cela te déplaît, bah tant pis. Donc ?

 –  Bah nan. Toi, tu es mon plan D.

–  Ah ? Et les A, B, C ?

 –  J’ai des amis.

Mufle un jour, mufle toujours. Là aussi, je me suis retenue de justesse de lui coller une baffe et de lui rétorquer qu’il me fera signe lorsque je serai devenue son plan A, que d’ici là je serai aux abonnés absents. Pour la forme. Car dans le fond, je m’en fiche.

« Alors, je vais t’expliquer comment moi je vois les choses. Pour moi, je veux dire. Ça va être très simple. J’ai une dead-line financière qui hélas ou heureusement va conditionner mes prochains mois. Je peux encore tenir avec la CAF et en mettant au bout chaque mois avec l’argent de Maman mais dans 6 mois, si je n’ai pas de source de revenus, je suis à la rue.

Donc, pour l’instant, je continue de chercher un boulot ici sur Paris tout en essayant de trouver un plan B, puisqu’on parle de plans. Ce plan B pourrait être mon projet de reconversion à la campagne, ce qui correspondrait bien avec le tien, mais je suis réaliste, je suis loin encore de vivre de ma plume donc je ne pense pas que cela soit possible pour le moment. Et pour être honnête, je n’y pense pas vraiment, je vis au jour le jour avec toi et cela me va. »

Cela a semblé faire sens à ses yeux. Puis il a repiqué du nez dans son ordi à regarder les annonces des propriétés de Trouducul-land ainsi que les annonces de vente de pick-ups américains puisque son plan initial est tombé à l’eau, à faire son mail de départ à ses ex-collègues et à préparer ses 3 jours à l’armée à partir de vendredi.

Et tandis que je le regardais complètement absorbé par son écran, m’ignorant quasiment, je me suis faite cette réflexion. Alors que lui a de multiples raisons, disons-le, de m’aimer, moi je me rends compte que je n’en ai aucune pour lui. Au contraire, j’ai toutes les raisons de le détester et pourtant… Ce qui, peut-être, est la seule raison dont j’ai besoin.

Il est reparti hier soir sur ces paroles : « Et si on se faisait un petit week-end pour visiter des propriétés ? Car j’aimerais vraiment avoir ton avis… Et peut-être que je te présente mes enfants ? »

De feu et de glace. Mais chat échaudé craint l’eau. Donc, oui sur le principe et dans les faits, bah on verra.

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