Saison 3

SOIGNEUSE D’ELEPHANTS AU SERENGETI

« Tu es sur Paris ? Peut-on s’appeler ? »

Le seul truc excitant de cette semaine où je n’ai pas mis un pied dehors, sauf pour récupérer mon colis hier auprès du livreur de DHL qui ne voulait pas monter dans les étages.

Vendredi 10 juillet 2020 – DECONFINEMENT J+61 – FIN DE L’URGENCE SANITAIRE

Enfin, excitant… Oui, après deux mois de silence radio, j’avoue que cela m’a sortie de la torpeur dans laquelle je me suis emmitouflée depuis quelques temps. Mais cela n’a pas été plus loin. Pas plus de sa faute que de la mienne, en fait, car je savais pertinemment que le ‘on’ voulait dire ‘Lequel de nous deux va appeler l’autre en premier’ et que bien évidemment, ni l’un ni l’autre ne l’a fait.

Je n’ai pas réussi à me motiver, à me dire que je n’avais rien à perdre, qu’un simple coup de fil pouvait changer la donne. A vrai dire, je n’ai même pas essayé. J’ai repensé au rêve que j’avais fait et j’ai compris que je devais me faire confiance pour que les choses changent. Que cela n’en tenait qu’à moi. Beaucoup plus facile à dire qu’à faire.

Je ne me trouve aucune excuse mais une seule circonstance atténuante : ma situation actuelle qui me momifie littéralement sur tous les sujets. C’est ça, je me suis enfermée toute seule dans un sarcophage. Avec ma malédiction mais sans les scarabées. Et d’une certaine façon, ça me convient. Je suis lâche en ce moment.

Je me demande tout de même ce qu’il devient. Est-il en vacances ? Voit-il quelqu’un ? Où habite-t-il ? Je me rends compte que je ne sais absolument rien sur lui, sur sa vie, son quotidien. Pas plus qu’il ne connaît le mien, je présume.

Et toutes ces histoires d’amour maudit, d’amour impossible dans les films et les bouquins ne peuvent m’empêcher de constater, un peu amère, qu’au moins eux, ils ont eu un semblant d’histoire à laquelle s’accrocher, alors que moi, nada. Juste une poussière d’étoiles. Un fantasme dans toute sa splendeur.

Bref, Walter réapparaîtra sans doute dans quelques temps et suivant mon stade de décomposition mentale, j’entrerai dans la danse ou pas.

 

R.A.S. Maman. Ni plus, ni moins au niveau de ses analyses. Ils ont arrêté les antibios, du coup, elle a retrouvé un peu la pêche mais surtout, elle n’est plus en isolement et l’on peut la sortir se promener dans le jardin de l’hôpital. En fauteuil roulant, bien sûr. Tonton s’est empressé de lui  faire son baptême mardi et elle a beaucoup apprécié. Dimanche, j’irai avec Toto. Eh oui, avec mes petits bras atrophiés de mini-tyrannosaure, je ne peux pas faire grand-chose toute seule.

Bref, elle est enfin parvenue à se faire à l’idée qu’elle a besoin d’aide pour à peu près tout, désormais, buzzant les infirmières à tout va. C’est clair, elle a la patate. Et ne s’est pas départie de son esprit de contradiction :

– Je fais tout ce que je peux pour sortir d’ici !

– Tu manges ?

– Bah nan…

Si seulement elle ne rechutait pas et que son état pouvait se maintenir… Je n’ai pas annulé son assurance pour l’EHPAD, ni son abonnement de portable même si celui-ci est éteint, j’ai laissé les choses tel quel car j’ai encore espoir…

 

R.A.S. également pour ma recherche d’emploi. Ça commence sérieusement à me déprimer. Financièrement, ça va encore mais je me pose de plus en plus de questions. Je savais que j’allais ramer un peu à cause de mon âge et de l’atypisme de mon parcours mais à ce point-là… Alors oui, le Covid. Mais même. Ai-je vraiment les compétences requises pour le type de postes que je recherche ? Aurais-je la force de me remettre à niveau ? Est-ce que je ne me berce pas d’illusions de grandeur ? Et pourquoi ces postes qui, je dois bien l’avouer, ne me remuent pas la petite cuillère plus que ça ?

Alors, j’ai exploré d’autres pistes, comme différentes formations de métiers qui me plairaient. Je viens juste de m’inscrire au Pôle Emploi, je peux peut-être espérer de leur part une aide au financement.

Bref, le médical me plaît. Urgentiste, plus précisément. Mais bon, il faut faire médecine et tout ça, ce n’est pas une petite formation de six mois avec un diplôme en cellophane. Auxiliaire ambulancier, éventuellement…

Puis, je tombe sur une formation de soigneur-animalier. Ça, ça me plaît énormément. Finalement, je préfère soigner un rhino plutôt qu’un alcolo du samedi soir, y a moins de vomi.

Comme ça, je pourrais amorcer le dernier quart de ma vie comme cela m’est toujours apparu dans mes rêves : soigneuse animalière dans le parc du Serengeti en Tanzanie. Oui, je sais, c’est à l’opposé du Montana et je ne suis pas Dian Fossey. Ça n’empêche que je me suis toujours vue en train de faire un pansement à un éléphant en pleine savane. Vieille, seule mais accomplie.

La formation a l’air dans mes cordes et pas ultra onéreuse mais… elle dure deux ans ! Je fais comment pour payer le loyer, en attendant ? Je me prostitue ? Nan, je n’en suis pas capable et j’imagine que mon âge, là aussi, poserait un problème à l’entretien d’embauche ! Ha ha ha !!

Bref, peut-être un petit job sans grande implication comme femme de ménage, pardon, agent de nettoyage. Mais c’est un plan de carrière à étapes multiples qui ne s’envisage pas comme ça. J’ai aussi des dettes à éponger, donc ça se réfléchit.

J’ai également regardé le truc des traductions à distance que m’ont recommandé Zane et Lewis. Je ne suis hélas pas allée bien loin car le cursus est extrêmement scolaire avec un background pédagogique solide dont je ne dispose absolument pas.

Mais l’écriture en elle-même est peut-être une piste à explorer ? Mais écrire quoi ? Ce blog étant totalement à but non-lucratif, je ne sais pas trop. J’ai bien quelques idées, j’ai déjà écrit plusieurs nouvelles, des trucs assez potables mais pas suffisamment époustouflants pour me faire éditer. De plus, ce qui marche de nos jours est plus visuel comme You Tube et compagnie. Mais ça, c’est réellement hors de ma galaxie !

Tant pis, je ne vivrai pas de ma plume.

Enfin, on m’a demandé dernièrement si je pouvais reconsidérer un job dans la restauration. Non, je ne me sens ni la force ni l’envie de rempiler pour 12 heures par jour 6j/7j. Cependant, je veux bien explorer la piste d’un job de caviste. C’était mon plan Z qui est devenu par la force des choses mon plan B. Après tout, j’ai un diplôme et la passion chevillée au corps. Alors, je réponds à ce genre d’offres :

Sommelier caviste H/F

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Savoir-faire et savoir-être :
– Connaissances en vins et spiritueux avec expérience en sommellerie et/ou caviste
– Sens du relationnel
– Sens de l’organisation
– Passion pour les vins, spiritueux et gastronomie
– Anglais parlé et écrit
– Excellente présentation

La perspective d’être en contact permanent avec la clientèle ne me réjouit guère mais je ne peux plus me permettre de faire la fine bouche. On verra bien.

 

En me regardant dans le miroir cette semaine, j’ai trouvé qu’il y avait un truc qui clochait. La gym que j’ai reprise activement a bien commencé à porter ses fruits mais j’ai grossi. Rien à voir avec les muscles qui pèsent plus lourd que la graisse car je ne suis pas remontée sur la balance depuis son dernier constat désobligeant. Non, je le vois aux vêtements qui me serrent et bien sûr dans le reflet vexant de ce fichu miroir.

J’ai fait quelques petits calculs : zéro activité + chips = environ 500 calories par jour qui squattent. La gym ne fait que limiter les dégâts, sans grande conviction, toutefois. Alors, j’ai décidé de me secouer pour de bon. J’ai arrêté les chips, j’ai redoublé d’efforts sur mon tapis de gym et j’ai acheté 2,5 kilos de Protein Meal Replacement Blend, les substituts de repas protéinés, quoi.

J’ai pris de mauvaises habitudes lorsque j’avais le restaurant avec mon seul jour de repos en croix devant la télé avec mon paquet de chips. Mais à l’époque, vu que je dépensais 4.000 calories par jour, ça n’avait aucune incidence.

Il faut donc que je réadapte mon alimentation à ma dépense calorique qui est très faible. Ce n’est certes pas vraiment la situation idéale en ce moment où je coquille très souvent devant la télé mais je me motive en me disant qu’il est hors de question d’avoir sué sang et eau pendant des mois pour rien. Mais d’abord, je dois perdre le surplus. D’où le slim-fast.

Déjà que je commence à accuser mon âge avec un grain de peau qui se rapproche de plus en plus du papyrus, quelques petits cheveux blancs que je camoufle comme tout le monde avec une coloration et une estime de soi dans les chaussettes, si en plus je ressemble à Madame Patate, c’est la fin des haricots.

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2 avis sur “SOIGNEUSE D’ELEPHANTS AU SERENGETI

  1. Ri

    Sommelier/ Caviste, tu as la formation, tu as tenu un restaurant, tu as l’amour du produit, et la couleur des cheveux est même un gage de savoir !

    Réponse

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