Saison 10

TON GRAAL, C’EST MOI

« Mamie, tu ne pourras plus te battre si tu sais pas faire de judo ! »

Une autre brève sur le même trottoir, deux mômes sur leur trottinette s’adressant à une dame bien trop âgée à mon sens pour se rouler sur un tatami. Cette candeur m’émerveille de bon matin.

 

Mercredi 14 avril 2021 # SEMI-CONFINEMENT NATIONAL  J+14

La non-candeur de Bradley hier soir, moins. On a reparlé de ma lettre, de ‘nous’, de demain, de moi sur – je cite – cette ‘grosse daube de Meetic’… Je lui ai posé des questions directes auxquelles il a répondu en biais comme à son habitude, sauf que cette fois-ci, je n’ai pas lâché l’affaire et malgré ses ergotages à rallonges, j’ai finalement eu gain de cause. Non mais.

Il préfère être chez moi que chez lui. Je suis son plan A pour loger sur Paris. Il aimerait qu’on fasse du cidre ensemble un jour dans sa propriété, cidre pour lequel il me demande de garder les bouteilles vides des bières sans gluten que je m’enfile à longueur d’apéros. Et il voudrait une photo de mes fesses pour ses longues nuits de garde quand il part en mission. No comment.

Bref, pour lui, pas de doute : on est ensemble. Et à sa façon, tout en retenue et suavement passionné, il m’aime et a peur de me perdre. Il ne rue même pas dans mes brancards lorsque je lui pose cette perfide question :

–  Donc si j’avais un date Meetic un jour, que dirais-tu ?

–  Que cela ne te servira à rien car il n’y a que dans mes yeux que tu te sentiras HOME. Ton Graal, c’est moi.

Et moi manquant de m’étrangler intérieurement.

Il avance, le pépère, il avance… Il a même passé la quatrième, je ne m’y attendais pas. En jargon d’Eurovision « Bradley : ten points ! » et en jargon de Bichette en proie à un dilemme cornélien « Damned ! Esta la mierda ! » mais plus opiniâtre qu’une tique sur le museau d’un chien « J’irai quand même à ce date, j’ai besoin d’aller au bout du truc… »

J’ai donc tout soigneusement replié au fond de moi avec l’étiquette ‘A voir plus tard’ pour me consacrer entièrement à la tirade homérique que Bradley était en train de déclamer :

–  C’est vrai, je n’envoie pas cinquante textos dans la journée car je trouve cela stupide mais cela ne veut pas dire que je ne pense pas à toi. Je ne demande rien et je dis merci parce que je suis ultra-respectueux et je ne veux pas que tu penses que j’abuse mais toi tu trouves cela insultant car tu as l’impression que je suis un étranger. Je ne suis pas un étranger, ni un connard de sexfriend rencontré sur Meetic, je suis ton mec, point. Je sais que toi tu as besoin en ce moment de rencontres, de ‘babiller’ au téléphone, ça me fait chier bien plus que tu ne peux l’imaginer ! Tu fais partie de ma vie, j’ai besoin de toi, peut-être pas au point de ne plus respirer lorsque tu n’es pas là mais c’est bien le cas. Je me sens bien avec toi, je peux être moi-même et c’est primordial ! J’aime tout ce qu’on vit ensemble, on s’entend plutôt bien, non ?

–  Tu dois avoir soif, dis donc… Finis ta bière…

Je n’ai pas trop tilté sur le moment, occupée que j’étais à vivre l’instant, fidèle à mon modus operandi de ces derniers temps. Ce que je sais, c’est que c’était inattendu. Et j’aime ! Aussi, ce matin en y repensant et en y juxtaposant l’idée de mon date de demain soir, une résolution s’est faite mantra en moi.

Je vais laisser parler mon intuition et lâcher la bride à mon don. Je laisserai venir en moi le sentiment le plus fort, celui de me jeter à corps perdu dans les bras de Bradley ou celui de continuer ma quête du Graal par d’autres chemins…

Je ne vis plus dans l’espoir mais dans le ressenti immédiat. Et je me sens délicieusement bien. Dans ma vie, en général. Quand je vois tout le chemin parcouru en un peu plus d’un an à blogger en rond sur mes petits maux et grands malheurs, je ne peux que me réjouir de ce renouveau qui m’apparaît comme une bénédiction divine.

 

Jeudi 15 avril 2021 # SEMI-CONFINEMENT NATIONAL  J+15

–  Hey ! Toujours OK pour ce soir ?

–  Hélas non, je suis bloqué chez moi, je suis cas-contact…

Mais comment ça m’arrange, mon petit canard d’Apollon ! Deuxième faux-bond et t’aurais pu me prévenir avant, bref, allez, ciao.

Surtout qu’en plus, hier soir à table avec Bradley, le fameux sentiment a point naturellement en moi lorsqu’après lui avoir fait remarquer « C’est rigolo, pour la première fois j’ai l’impression que tu te sens chez toi… » il m’a regardée sans mot dire, une incroyable sérénité sur le visage.

Quelque chose d’indescriptible a flotté entre nous, comme un ange furtif, une sorte de grâce infinie, fortuite et pourtant légitime… La soirée, la nuit se sont déroulées dans une simplicité angélique. Sans compter qu’il était aux petits soins pour moi, sincèrement, sans ostentation ni démonstration par la méthode. Il était réellement attentif à moi et à mon bien-être, une première.

Ainsi, de savoir ce matin lorsqu’il est parti au régiment que je ne le reverrai pas avant dix jours ne m’a pas fait le reléguer aux oubliettes comme je le faisais avant à chacun de ses départs. Je dirais même que la tournure inattendue qu’a pris notre histoire commence à faire son chemin en moi.

Son upgrade, surtout, résonne dans ma tête : avant il m’appelait ‘Chérie’, aujourd’hui c’est ‘Mon amour’

Un à qui je me suis retenue de dire des mots tout sauf doux, c’est cet odieux personnage qui m’a balancé ce matin par téléphone au boulot :

–  Mais enfin, Mademoiselle, il ne faut pas sortir de l’ENA pour savoir ça !

–  Primo, je ne dispose pas de cette information. Deuxio, même si c’était le cas, je ne serais pas habilitée à vous la donner. Tertio, je ne vous permets pas d’être grossier.

Le « Go fuck yourself, you fat douchebag ! » n’était pas loin dans ma glotte mais j’ai eu la sagesse de le ravaler, ça la ficherait mal dans l’open-space. Et puis, j’ai quand même eu droit à du ‘mademoiselle’, donc…

Ah le boulot… Je me dis que finalement, je suis vachement bien payée pour buller les trois quarts de la journée, le dernier quart se remplissant sans grande conviction de quelques ‘urgences’ et du fameux suivi des Colissimo… Je m’ennuie donc comme un rat mort. C’est ce que je craignais.

Maintenant, j’en profite pour écrire. Et puis, y a pire comme situation, même si je ne peux m’empêcher de me demander ce qui est le plus embêtant : qu’ils me sous-emploient sciemment ou qu’il n’y ait effectivement rien d’autre au-delà du périmètre restreint de mon affectation ?

Comme j’en ai marre d’arpenter l’open-space avec ma pancarte « N’hésitez pas à me donner un truc à faire ! », j’ai décidé de rester maintenant à mon poste pour vaquer sans scrupules à mes occupations ultra-personnelles.

Comme de penser. Notamment à la situation de Mimine et Yang… Les montagnes russes de l’enfer, mais si encore ils étaient dans le même wagonnet tous les deux ! J’ai plutôt l’impression qu’ils vont entrer en collision frontale dans pas longtemps et je crains que l’un voire les deux n’en réchappent pas…

Pourtant, j’avais repris espoir mardi lorsque Mimine m’a appelée pour me faire part de sa prise de conscience et de l’énorme pas en avant qu’elle venait de faire, notamment en prenant la décision de consulter un psy. Sa voix avait changé depuis dimanche, je retrouvais le pep de ma cops, bon dieu que j’étais heureuse pour elle, pour eux !

Et pis hier, tard dans la nuit pendant que je morphéisais à donf, un texto de Yang que j’ai lu ce matin en me levant donc : « Soirée épouvantable ! Besoin de parler » … Et merde ! Bref, excuses pour mon raté en tant que BFF formulées et infos complémentaires engrangées, le petit cumulus sur lequel je les pensais tous les deux confortablement assis s’est transformé en un furieux cumulonimbus qui s’est mis à me pleuvoir dessus comme vache qui pisse.

En synthèse : pris au piège dans une spirale sans fin, les voilà entrés dans un dialogue de sourds qui commence à convertir leur incompréhension mutuelle en ressentiment acerbe… Ça sent pas bon, j’aime pas ça du tout !

Si je n’avais pas ma prairie en fleurs, je me noierais dans ce bourbier de mauvais pressentiments…

Allez, ce soir, je me fais une soirée-confinement rien qu’à moi, comme avant : danse, gym, tubage de cigarettes et crashage en vrac devant une série débile. Besoin d’abstraction.

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