Saison 10

LE GANG DES YANGS

« Ton pote, je valide ! Putain de bonne soirée ! »

Bradley vers minuit hier soir juste après que Yang soit reparti sur son vélo avec deux grammes d’alcool dans chaque oreille.

 

Mercredi 28 avril 2021 # SEMI-CONFINEMENT NATIONAL  J+28

Rencontre au sommet hier soir, donc. Les premiers instants ont été un peu froids et gauches entre eux deux, comme deux combattants qui s’observent sur un ring de boxe pour savoir à qui ils ont à faire.

Une heure plus tard, la bière ayant commencé à limer leurs ergots de coqs, ils étaient déjà en train de se charrier l’un l’autre en se marrant comme des baleines.

Encore une heure plus tard, les voilà copains comme cochons. Grandes effusions, hugs et tapes viriles dans le dos, chorégraphies pogotesques, blagues et bons mots dignes d’un PSG-OM à regarder à la télé une main dans le caleçon et l’autre sur une bouteille d’Heineken…

Bref, une explosion de testostérone. C’était drôle de voir ces deux-là parfaitement en phase. C’était drôle tout court, d’ailleurs. Car même si je n’ai pas de chromosome Y, je ne me suis pas sentie sur le banc de touche pour autant. Je plussoie, c’était une très bonne soirée entre Yangs.

Et dans la bonne humeur complice que l’on partageait tous les trois, Yang s’est permis une taquinerie – où était-ce une gaffe ? – ce qui a eu pour effet de me faire piquer un fou-rire à en faire pipi dans ma culotte : « Si je comprends bien, Bradley, tu vas être dans les environs plus souvent désormais… »

Ça n’a pas loupé, Bradley a bondi hors de sa chaise : « Mais chérie, on en a parlé hier, comment se fait-il qu’il soit déjà au courant ?! Oh je vois, t’en as parlé dans ton blog ! »

Et moi, hilare :

–  Euh Yang, Bradley n’a pas accès à mon blog… Sacré toi, dis donc !

–  Comment ça ?

–  Quoi, tu ne vas pas la jouer solidarité masculine quand même, si ?

–  MAIS JE VEUX LIRE TON BLOG, MOI MAINTENANT !!!

Malgré mon fou-rire, bah je me suis retrouvée bien embarrassée. Ça m’allait bien lorsqu’il ne s’intéressait pas à moi, je pouvais me livrer sans retenue… Maintenant, je peux comprendre qu’il veuille savoir comment je parle de lui à des gens qu’il connaît désormais. Bref, j’ai réussi à esquiver mais la prochaine fois…

C’est comme Shannon au boulot lundi qui a renouvelé son intérêt pour mon blog. Même si ce n’est pas les mêmes raisons que celles de Bradley, Nénette me l’a fortement déconseillée et elle a raison, car même si je n’ai rien à cacher et que je m’assume, ma vie privée ne regarde en rien mon employeur.

Employeur qui ce matin s’est enfin décidé à me bourrer de taf jusqu’au museau. J’en aurais été extatique après ces longs jours à buller sauf que ce matin, j’avais un peu de mal après cette nuit ébouriffante à bien des égards.

Surtout qu’hier soir, gorge la première, j’ai plongé avec délice et sans retenue dans de la bière digne de ce nom. J’ai fait mon premier autotest gluten – négatif – et il faut que je réintroduise un peu de gluten sur trois semaines avant de refaire le test. Donc, j’ai commencé avec la bière, de la vraie, bordel, pas ce pipi de chat que je m’enfile par défaut en maugréant mes beaux diables à chaque lampée.

 

Et maintenant que quelques-uns de mes neurones ont repoussé, je débriefe avec moi-même. Je repense à hier soir et à Bradley qui, ma foi, m’a laissée sans voix, sauf à rire comme une bécasse.

Je m’attendais à le voir distant, pas trop en mode amoureux, trop préoccupé par l’officialisation de sa présentation à mon BFF de Yang, mais pas du tout, il rayonnait, tout à fait à sa place à mes côtés, petits gestes tendres et bisous d’un naturel confondant.

Je crois de plus qu’il m’a dit les trois mots – pas ‘What the fuck’ hein – au creux de mon oreille dans un de nos enlacements et qu’il m’a fait une autre déclaration en sortant de la douche, mais avec mon souci de mémoire poreuse consécutivement à l’ingestion déraisonnée d’éthylène, j’avoue que j’aurais bien besoin là maintenant d’une réédition :

–  Tu es mon amante, mon amour, ma confidente, ma pote…

–  Tant que je ne suis pas ta mère…

–  Ça non ! Mais toi et moi, on n’a plus de temps à perdre, à nos âges !

–  Parle pour toi… Mais à perdre pour quoi ? Je veux dire, il faut se dépêcher de quoi faire ?

–  Bah nous, quoi !

Il avance à pas de géant. Du coup, il me sèche sur place. Car je me rends compte que c’est moi qui étais distante hier, un peu gênée. Bien mal à propos. Je m’aperçois que j’attends de lui qu’il soit tout le contraire de ce que je suis. Il doit y avoir une histoire de projection ou d’acte manqué là-dessous, il va falloir que je creuse ça.

Le fait est que je ne peux m’empêcher de me demander comment a-t-il pu passer en si peu de temps de sale con rugueux et lunaire à cette perfection faite mâle ?…

Il avait raison, il est mon Graal.

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