« Un message ici pour vous informer que mon mari Mimi nous a quittés cette nuit. Il avait eu un accident de vélo mardi. Un grand vide s’installe et la peine est immense. »
Le troisième décès brutal en un mois.
Jamais deux sans trois. Mais quel dicton à la con !
Dimanche 26 avril 2026
Jeudi dernier vers 11.00, j’avais un problème d’ordi au bureau, alors en attendant l’intervention des informaticiens, je me suis dit : tiens je vais aller sur Facebook. Et là, j’ai vu le post de Tata Mama.
Je n’ai pas voulu y croire, pensant immédiatement à un hack de son compte, mais dans quel but écrire truc pareil ? J’ai tenté de l’appeler, en vain, j’ai donc appelé Cousin Bruce. Qui m’a confirmé la nouvelle.
Mardi dernier, Tonton Mimi, 87 ans, était sur son vélo dans son patelin près de Toulouse. Un grand sportif — on lui donnait sans peine 20 ans de moins.
À un rond-point, un “vieux” de 80 ans ne l’a simplement pas vu et l’a percuté.
Aux urgences : côtes cassées, commotion cérébrale malgré le casque.
Il aurait pu s’en sortir.
Sauf que sa myéloïdose — la même maladie que celle de Maman — ne lui a pas permis de guérir. Il était trop faible. Et cela l’a emporté.
Obsèques prévues ce mardi. J’avais déjà prévenu mon boulot, avant de me raviser devant la distance et le fait que personne n’aurait pu venir avec moi – en semaine, aller-retour dans la journée, pas jouable. Puis, rebondissement. Comme si le choc et le chagrin ne suffisaient pas :
« Nous venons d’apprendre que la cérémonie des obsèques de Mimi est suspendue suite à une décision de justice qui entraîne une autopsie. Elle doit donc être reportée et ne pourra pas avoir lieu ce mardi comme nous l’avions prévue.
Nous n’avons pas encore la date et reviendrons vers vous dès que nous le saurons. Cela peut prendre quelques jours ou quelques semaines, nous n’en avons aucune idée.
Nous sommes désolés et perturbés par ce contretemps qui ne dépend pas de notre volonté. »
Une autopsie ?
Des circonstances étranges autour de quoi, l’accident ou le décès à l’hôpital ?
Je ne comprends pas trop. Mais bon, peu importe, cela ne le fera pas revenir.
Et c’est là que les souvenirs remontent.
D’aussi loin que je me souvienne, c’était toujours une grande joie de le voir, de voir Tata et les cousins aussi. Quand j’étais gamine, on n’avait pas souvent de visites dans notre patelin de 300 âmes, alors leur venue était une grande fête.
Les photos de ce temps insouciant et joyeux sont gravées dans ma mémoire.
Et Tonton Mimi, c’est une anthologie. Un monument de mon histoire qui s’en va.
Je me revois à l’arrière de sa voiture, avenue de la Grande Armée à Paris. Il roulait comme un calu en slalomant entre les voitures, comme dans une course-poursuite avec la police. J’avais bien rigolé ce jour-là, mon Tonton, 65 ans alors, délinquant de la route.
Et toujours aussi fringant, il y a 10 ans, il était capable de faire à vélo Cergy-Pontoise (où ils habitaient alors) jusqu’à Paris XV pour venir me voir lorsque j’avais le resto et voir sa soeur, Maman, que j’avais rapatriée près de moi.
Tonton Mimi, c’était aussi — et surtout — lui qui avait filmé mon arrivée en France à Orly à 2 ans. En Super 8. Transféré ensuite sur VHS. Un cadeau qu’il m’a fait il y a 25 ans.
C’est lui également qui avait fait un magnifique recueil de photos de Maman pour ses 80 ans.
Lui encore qui est venu voir cette dernière à l’EHPAD avec moi, il y a 6 ans, un mois avant qu’elle ne décède.
D’ailleurs, sur le trajet, on avait parlé d’obsèques, de dernières volontés. Il m’avait avoué ne rien avoir prévu, espérant que les choses se fassent naturellement.
Je lui avais demandé s’il préférait être incinéré ou inhumé. Et là, je me souviens de sa réponse :
« La crémation… je ne sais pas trop. Écologiquement, ce n’est pas très vertueux. C’est une énorme dépense d’énergie… »
Ça m’avait fait réfléchir. Moi qui voudrais des funérailles à la viking.
Et aujourd’hui…
Je suis tellement sous le choc de ces trois décès consécutifs, que je n’ai plus de larmes.
Je suis comme anesthésiée.
Je repense à tous ces moments, toutes ces petites choses que j’ai partagés avec chacun d’eux. Je ressens la peine des proches, elle s’amplifie en moi et m’érode petit à petit.
J’en perds la boule, aussi.
Au point de zapper ma téléconsultation mensuelle, de noter la mauvaise heure de rendez-vous avec le banquier, d’oublier ma carte bancaire dans le lecteur chez Action, de ne plus savoir quelle date on est, d’être perdue dans mon planning maison-travaux-emménagement…
Je ne suis pas comme ça, c’est dire à quel point je suis à côté de la plaque, en ce moment.
Je devrais être en train de me réjouir de ma nouvelle maison, et d’être sur le pont en chef d’orchestre comme je sais si bien le faire. La date approche pourtant, dans 10 jours, mais cela me semble encore bien lointain.
Le décès de Tonton Mimi enfonce le dernier clou du cercueil dans lequel je me suis réfugiée.
Tonton était le dernier lien que j’avais avec Maman.

