« Regarde, lui, c’était un pompier, il est mort dans le feu. Dommaaage ! »
Badinage de Pépette, bientôt 5 ans, près de la tombe de sa mère hier au cimetière.
Étrange petite fille, qui prend la mort sur un ton léger, presque détaché. Et quand je lui dis de faire un gros bisou à sa Maman, elle s’exécute et lâche en me regardant, le ton grave :
« J’aimerais bien que tu sois ma nouvelle Maman… »
Bouleversant.
« Pépette, on n’a qu’une seule Maman dans la vie. Je peux t’aimer très très fort mais je ne pourrai jamais être ta Maman… »
Dimanche 1er novembre 2026
Un moment hier avec Félix et Pépette. Pour voir Zaza, que je n’ai pas revue depuis son inhumation il y a presque sept mois. C’était fort, émouvant, et plein d’espoir à la fois.
Ils se sont adaptés d’une façon remarquable, l’un comme l’autre. Lui, avec ses horaires décalés de chauffeur poids lourds, a su s’entourer des bonnes personnes, une super nounou, une voisine adorable, des amis qui baby-sittent au pied levé… Et Pépette est devenue très autonome pour son âge.
Le chagrin est toujours immense. Tout comme l’hommage à Zaza dans chacun des mots de Félix. Mais la vie continue, et cette dernière redevient tout doucement belle et soyeuse.
Pas comme celle de Toto et Nana, qui elle est devenue un enfer depuis une semaine. Et l’on m’y a jetée avec eux sans me demander mon avis.
Samedi dernier, Toto et Nana sont venus m’aider à emmener mon fourbi à la déchèterie. J’ai profité un instant d’être seule avec Toto pour lui demander comment ça allait depuis leur coup de Trafalgar dix jours plus tôt, vu que je n’avais pas de nouvelles depuis.
Il m’a répondu en biais que cela allait un tout petit peu mieux, qu’il pensait toujours à aller en maison de repos mais que Nana refusait d’en entendre parler…
Et dimanche dernier à 9h00, un appel de Toto. J’ai tout de suite repensé à la superbe, mais non moins inquiétante, lune cerclée de sang de la veille, qui, en bon langage de sorcières, annonce un péril imminent. Bah j’ai pas été déçue.
« Euh… Est-ce que je peux venir chez toi ? Nana me met dehors… »
Je pouvais entendre Nana hurler à côté :
« OUI, C’EST ÇA, PRENDS TES AFFAIRES ET CASSE-TOI CHEZ TA SŒUR, ÇA ME FERA DES VACANCES !!! »
Quelques tentatives de tergiversations plus tard, Toto a débarqué chez moi.
Et le cauchemar pour moi a commencé.
Je savais que ça allait arriver. J’ai fait mon possible jusqu’alors pour botter en touche, alors que j’aurais dû m’y préparer. Le fait est que je n’ai pas les ressources en moi pour gérer cette situation.
Ni la patience.
Est-ce moi avec l’âge qui devient con comme un manche, sans plus aucun sens de l’altruisme, ou est-ce que je me rends compte que quoi que je fasse, cela ne changera rien ?
Bref.
Toto à la maison, paumé, déboussolé, complètement à l’ouest. Je l’emmène faire quelques courses pour manger dans la semaine, effaré qu’il était, incapable de fonctionner sur du basique :
– Je prends quoi ?
– Bah de la nourriture.
– Mais quoi ?
– Bah des trucs qui se mangent, franchement !!
Il n’y a qu’à la caisse qu’il a retrouvé un peu de lui-même et de son hérisson dans la poche :
– On fait quoi ? Tu payes ou je paye ?
– J’ai pas bien entendu… Tu te fiches de moi ?!
Puis, à la maison, l’horrible constat qu’il ne sait absolument pas fonctionner sans Nana, que cette dernière a une emprise totale sur lui, et que, d’une certaine façon, ça lui va, car il a besoin intrinsèquement d’être drivé. Pas d’être soutenu ou secondé, il a besoin d’être piloté, comme un avion télécommandé.
Et si la commande est de se scratcher au sol, qu’il en soit ainsi. C’est mieux que de ne plus avoir de commande du tout.
Je me suis dit naïvement que de se séparer quelques jours, c’était peut-être un mal pour un bien, que cela allait leur permettre de se poser, de remettre les choses à zéro, et qu’ils allaient pouvoir réfléchir à froid chacun de leur côté.
Mais c’était sans compter sur le deuxième problème de cette crise pourrie, problème à mes yeux central, peut-être pas initiateur mais aggravateur puissance 10 : la tyrannie obsessionnelle de Nana…
Je croyais qu’elle voulait de l’air, la paix pendant quelque temps ? Mais non, pas moins de quinze textos et d’appels hystériques en deux heures de temps, tous plus agressifs et menaçants les uns que les autres ! Car s’il ne répond pas dans les dix secondes à un texto, elle le harcèle de coups de fil. S’il ne répond pas au coup de fil, mon dieu, c’est l’apocalypse par textos !
Et Toto qui rentre dans son jeu. Toto qui est un handicapé émotionnel :
– Pourquoi tu l’as appelée ?
– Bah je voulais l’entendre…
– Elle te manque ? Pourquoi tu ne lui as pas dit ?
– Elle devrait le savoir.
– Parfois, il faut dire les mots. Là, vous vous êtes encore pris la tronche, alors qu’elle voulait juste entendre que tu tenais à elle. Tout ce qu’elle comprend, elle, c’est que tu es un égoïste qui ne pense qu’à tes problèmes, sans voir sa détresse à elle…
Toto qui est complètement soumis, et qui minimise les propos et l’attitude de sa forcenée de femme : « Tu la connais, elle va finir par se calmer. »
Et les « Tu ne fais aucun effort, décidément, tu fais tout pour qu’on divorce ! », « Et tu me prends pour une conne ?! Tu te confies à Félix, à ta sœur, et moi que dalle ?! C’est pas la peine de rentrer, je ne veux plus te voir !! », « Tu prends tes décisions tout seul, bah moi aussi, t’en fais pas !!! », ça ne t’inquiète pas ?!?…
Et je pensais : « Non, il ne prend pas de décisions tout seul, il les prend SANS TOI, et c’est ça qui t’emmerde, ma belle-sœur… Et d’ailleurs, il est arrivé à un point qu’il ne peut même pas en prendre, de décisions par lui-même. Tu l’as bien dressé. »
Cela s’appelle de la maltraitance masculine. Tabou des tabous dans une société où il est impossible qu’un homme soit maltraité par une femme. Surtout ici dans cette mentalité de culs-terreux moyenâgeuse. Alors, violence peut-être pas physique, bien sûr, mais psychologique, à n’en pas douter.
Mais Toto est dans le déni. Et surtout, il accepte. Il préfère ça à la solitude qui le terrorise. Traumatisme de l’abandon, j’imagine. Je comprends, je sais ce que c’est. Même si moi, j’ai réagi à l’opposé : seule et par moi-même, sans devoir compter sur qui que ce soit.
Bref.
C’est l’histoire du bourreau et du supplicié maso. L’un ne peut se passer de l’autre. L’un n’existe pas sans l’autre. Une symbiose qui fonctionnait, jusqu’à ce que le supplicié ne soit plus en état d’être torturé de plein gré. Le bourreau, voyant qu’il n’a plus de prise sur sa victime qui s’effrite et qui souhaite pour la première fois tenter de se reconstruire sans lui, est lui aussi perdu, et fait alors tout son possible pour reprendre le contrôle.
A coups d’ultimatums et de menaces en tout genre. Car il sait que l’autre ne peut vivre sans lui.
Je ne dis pas que Nana ne souffre pas et qu’elle prend plaisir à être comme ça. Au contraire, je pense qu’elle est perdue, elle aussi, et que c’est sa façon d’exprimer son incompréhension et sa frustration.
Mais en déversant une telle avalanche de rage, elle crame tout le monde autour. Comme elle l’avait fait il y a deux ans quand elle a appris que sa fille fréquentait son cousin même pas germain, allant jusqu’à dire qu’elle la reniait…
Elle a un besoin maladif d’être partout, que tout passe par elle, de prendre toutes les décisions. D’ailleurs, leur problème de surendettement, elle voulait ci, elle voulait ça, comment Toto aurait pu lui dire : « Tu viens de perdre un tiers de ton salaire, moi je suis au chômage, et je ne sais pas quand je retrouverai du boulot. Donc, les investissements non utiles, on attendra. »
Elle est aussi d’une jalousie qui dépasse l’entendement. Le moindre regard, la moindre évocation ne serait-ce que d’un prénom féminin, et c’est une scène dantesque.
Résultat, elle ne lâche pas Toto d’un iota : elle va partout avec lui, elle fait tout avec lui, de peur qu’il ait deux heures de libre pour aller fréquenter ailleurs, elle écoute ses conversations téléphoniques, fouille dans son portable, elle répond pour lui, même quand on pose une question directe à Toto, bref, c’est une obsédée du contrôle unilatéral. Paranoïaque. C’est elle qu’il faudrait interner.
Bref, moi, elle me tolère plus qu’elle ne m’aime bien, bavant dans mon dos dès qu’elle le peut, alors qu’elle-même poste sur Facebook sa haine des faux-culs. Et là, comme je « prends le parti » de Toto, je deviens son ennemie.
Déjà, je ne prends pas parti, je conseille. Et surtout, c’est elle qui a envoyé Toto chez moi, c’est fort de café, tout de même ! Et oui, c’est aussi mon frère, accessoirement.
En plus, si elle savait à quel point justement j’aurais aimé être tenue à l’écart de tout ça ! Parce que ça m’arrangeait bien qu’elle le tienne comme un chien en laisse, comme ça, je n’avais pas à m’en occuper.
Parce qu’après m’être chargée, dans la douleur et dans les larmes, de Maman en fin de vie il y a six ans, je n’ai plus rien en moi pour porter un nouveau fardeau de ce type. Et parce que j’aime les gens mais de loin, même (et je dirais surtout) mon frère, et qui plus est, sa famille.
Bien contrairement à elle qui veut régenter la moindre parcelle des êtres humains qui l’entourent. Elle a, et depuis longtemps, rallié son fils à sa cause. Son fils qui parle mal à son père, c’en est effrayant. Sa fille aussi, et Hector. Alors qu’en début d’année, elle ne cherchait qu’à se débarrasser de ces derniers, car la vie sous le même toit n’était plus possible, avec ces ados attardés qui n’en foutaient pas une rame.
Bref, dimanche dernier, quand elle a envoyé Toto chez moi, elle n’a fait que déplacer le problème de 8 kilomètres.
Et sa fureur a atteint son paroxysme lorsqu’elle a appris, par sa fille qui venait d’appeler son père, qu’il avait eu une ordonnance pour être pris en charge en urgence dans un établissement spécialisé :
– Je dois apprendre par quelqu’un d’autre que tu te faisais interner ?! Et tu n’as pas les couilles de me le dire à moi ??!!
– Bah j’allais t’appeler… C’est tout frais…
– Mon cul, c’est tout frais !!! Puisque ta fille est au courant avant moi !!! Bref, c’est quoi, cette ordonnance ? Quel médecin ?
– Bah sur internet, j’ai fait une visio, c’est Félix qui m’a conseillé ce site…
– C’est pas un vrai médecin, donc !!! Et qu’est-ce qu’il dit sur cette ordonnance ?!
– Euh je sais plus trop… Bichette, ça dit quoi sur mon ordonnance ?
– « Prise en charge en urgence pour anxiété aigüe en unité psychiatrique »
– Bah voilà, c’est bien ce que je disais : tu vas chez les fous !!! C’est ce que tu voulais depuis le début !!
– Ils traitent aussi la dépression, pas que les fous…
– Je te dis que si, ils vont te bourrer de médocs et tu ressortiras encore plus débile qu’avant !!! C’est dans ta tête, tu n’as qu’à te prendre en main et faire des efforts !!! (dans ma tête, je me disais « Bah justement, il se prend en main, il veut se faire soigner… »)
– Bah je sais pas. Je sais plus.
– Et tu irais quand ?!
– Bah là, ou demain, ou dans la semaine, je sais pas. J’attends que la cadre de santé me rappelle pour me dire ce qu’il en est. Et Bichette m’emmènera. (Bichette qui devra prendre une demi-journée au boulot, mais si et seulement si personne ne l’emmène, ce qui sera probablement le cas…)
– Ah donc, tu as déjà tout prévu ?!! Tu as bien monté ton coup !!! Eh bah démerde-toi avec ta sœur, puisque c’est elle qui commande, maintenant !!! (WTF ??!!!!???)
J’ai appelé cette fameuse clinique psy. Je suis tombée sur l’infirmière de garde à qui j’ai expliqué la situation. Je lui ai dit surtout qu’il ne pouvait pas rentrer chez lui car il n’avait aucun soutien, voire que son environnement était toxique. Que moi travaillant toute la journée et n’étant pas équipée moralement pour gérer cette situation, il fallait qu’ils le prennent en charge au plus tôt. Et si possible, en le coupant les premiers temps de tout contact extérieur… On m’a répondu qu’on ne pouvait pas le couper du monde, que ce n’était pas une prison. Bah donc, ça ne servira à rien.
J’ai laissé mon téléphone, au cas où…
Non, pas équipée mentalement. Pas envie, non plus. Et je ne sais pas comment j’ai fait pour ne pas rentrer dans le lard de Nana. Mais bon, je n’aime toujours pas, lâchement, les conflits ouverts et à vrai dire, m’en mêler n’aurait rien arrangé. J’ai donc supporté en silence, en priant pour que la situation se décante, si possible hors de chez moi.
Bref, lundi matin, je suis allée bosser, et Nana lui a dropé des affaires sans dire un mot. Et Ma Nièce est venue le voir. Elle est comme elle est, mais elle se soucie de son père, elle. Car son frère, mon neveu, ne l’a pas appelé une seule fois.
Et lundi soir en rentrant, Toto m’a dit qu’il en avait parlé à d’autres personnes qui étaient « contre », qu’il n’y avait que moi et Félix qui étions pour…
« Eh mais c’est pas un vote pour Miss France !!! Tu cherches désespérément à avoir l’unanimité pour légitimer ta démarche auprès de Nana… Il n’y a que toi qui puisses prendre cette décision, personne d’autre. Moi, je pense que c’est une bonne chose qui aurait dû être faite depuis longtemps. Mais ce n’est que mon avis. Et bien loin de moi l’idée (et l’envie) d’aller à l’encontre de ta femme, je ne suis que ta sœur, j’ai bien compris ma place.
Mais bon, dis-toi que c’est une chance de t’en sortir, et que ce serait dommage de ne pas la saisir. Et tu as encore plus de probabilités de t’en sortir avec le bon traitement et la bonne thérapie, car tu n’es ni alcoolique ni toxico, donc tu n’as pas à combattre ces démons en plus de ta dépression.
De plus, rends-toi bien compte que c’est peut-être la dernière chance pour aller mieux, et in fine, pour que cela aille mieux dans ton couple… »
Parce que mon but, c’est bien qu’il aille mieux, certes, mais surtout qu’il retourne vivre avec Nana et pas chez moi !
Un peu plus tard dans la soirée, il m’a dit que ça allait mieux avec Nana, qu’ils avaient « parlé » et qu’elle semblait désormais plus compréhensive. Tant mieux. Si enfin elle peut l’accompagner dans cette démarche, ce sera une grande victoire, et une chance supplémentaire pour lui de s’en sortir.
Puis, il est redescendu vers 20h30 pour me lire le texto qu’elle venait de lui envoyer. En gros, elle avait bien compris maintenant qu’il avait besoin de se faire soigner. Qu’elle acceptait et que c’était une décision qu’il devait prendre lui-même, et pas sa sœur ni son pote d’armée (!!!). Qu’il pouvait rentrer dès le lendemain s’il le voulait, qu’ils en reparleraient à deux…
Je me suis dit : « Punaise, c’est perdu, elle remet le grappin dessus ! »
Mais devant la mine réconfortée de Toto qui signifiait « Elle re-veut bien de moi. », je n’ai pu que lui dire que c’était mieux que cela se passe ainsi.
J’ai été alors partagée entre l’inquiétude de le voir retourner à son bourreau et le soulagement de le voir partir de chez moi. Et c’est le soulagement qui a primé. Car je ne pourrais pas supporter mon frère à demeure ad vitam aeternam.
Car Toto sent le vieux. Toto a des mimiques de vieux (parfois, j’ai l’impression de voir mon père voire mon grand-père, pourtant, il n’y a aucune hérédité). Toto mange comme un vieux, en claquant du bec et en poussant avec son pouce. Toto pisse comme un vieux, à côté, sur, autour de la cuvette, jusqu’à faire une flaque qui s’éponge sur le tapis. Toto ne rabaisse pas le siège des WC. Toto ne tire pas la chasse d’eau et donc peut pisser dix fois sans la tirer, et ça sent, bah, la pisse.
Ça a beau être mon petit frère, en détresse, je ne supporterais pas cette situation si elle avait été amenée à perdurer. J’ai été soulagée d’une certaine façon, à la mort de Maman, car je n’avais plus personne à m’occuper, que de moi et moi seulement.
Je n’ai pas d’enfants, ni même d’amoureux, et j’aime ô tant vivre chez moi SEULE selon ma façon de vivre et mes codes à moi, notamment en termes de propreté. Des araignées dans les coins, mais pas de pipi à côté de la cuvette des toilettes.
Je savais aussi depuis longtemps que Nana avait trop d’emprise, qu’elle régissait Toto d’une main de fer, mais d’une, lui ça lui allait, et de deux, je n’allais pas me mettre cette contrainte de prendre en charge mon petit frère, dont je ne suis au final pas si proche que ça.
Et jamais, lui comme Nana, ne se sont demandé : mais peut-être que c’est dur pour elle avec sa fibromyalgie, elle est peut-être exténuée ?… Bah oui, rien que de mettre une housse de couette et un drap housse sur le lit de la chambre d’invités, ça m’a mis les épaules en vrac, mais bon.
Toto est donc rentré chez lui mardi matin. Ils m’ont bien soûlée avec leurs histoires, j’étais vannée. J’ai donc pu reprendre mon petit train-train à moi avec délice et sans remords.
Le mardi, aucune nouvelle, le mercredi matin pareil. Je savais pertinemment que Nana avait réussi à dissuader Toto de se faire hospitaliser. En me disant que cela allait recommencer, mais que cette fois-ci, je ne serais peut-être plus là pour ramasser la merde.
Puis, dans l’après-midi, Toto m’a appelée. La cadre de santé l’a finalement bien rappelé, et il pouvait venir dès le lendemain à 14h00. Mais Nana l’a mal pris, elle est encore montée dans les tours avant de partir prendre l’air toute seule à pied. Pour elle, c’était trop tôt. Bah oui, elle avait planifié d’aller enfin voir sa sœur au cimetière ce week-end, et il y avait des trucs à bricoler dans la maison, donc Toto se devait d’être là, pas dans une clinique de fous pour une maladie imaginaire…
Et là, il me dit : « Il faut un chèque de caution de 100 euros pour le trousseau, et comme on n’a plus de chéquier… C’est pas encaissé et ce sera rendu quand je sortirai… »
Bah oui, Bichette, ramasse la pisse, fais à manger, Bichette, fais un chèque… J’ai alors appelé la clinique, qui m’a confirmé que cette caution pouvait être versée en espèces.
Merde, qu’ils prennent leurs responsabilités !
Et donc jeudi à 14h00, Nana a droppé Toto devant la clinique pour repartir aussi sec. Punaise, ça confirme bien ce que je pense d’elle, maintenant. Même pas l’accompagner et voir les lieux, parler éventuellement avec l’équipe soignante, rien, que dalle : elle l’a lâché comme un chien devant la SPA.
Bref. Et hier donc, je prends des nouvelles. Et j’en suis restée pratiquement sans voix.
« Bah non, ça ne va pas mieux. Ils font que me donner des cachetons, y a pas de thérapeutie, je tourne en rond, je vais peut-être demander à sortir… »
J’avais l’impression d’entendre Nana. D’ailleurs, je lui ai demandé :
– Tu parles avec Nana depuis que tu es là, elle t’appelle, style le matin et le soir ?
– Ah oui, tout le temps, par textos aussi.
– Bah tiens. Et qu’est-ce qu’elle dit ?
– Bah que je devrais sortir, que c’est comme elle avait dit. Mais elle a trouvé plein de trucs sur internet pour me soigner, un hypnotiseur apparemment…
– Ah. Parce que si tu as un cancer, tu vas voir un hypnotiseur peut-être ?! Tu as une vraie maladie, mais Nana refuse de la voir comme ça. Et toi non plus, au final.
– Bah si, mais je tourne en rond ici, au moins si je rentre, j’aurais mes repères…
– Et tu tournerais en rond chez toi pareil. Comme avant. Et Nana sera de nouveau excédée, et toi tu en seras au même point, si ce n’est pire.
– Mais ça marche pas, leur truc !
– Ça fait même pas trois jours que tu es là !!! Et tu t’attendais à quoi, à un tour de magie ? Une pilule-miracle ? C’est long, ce traitement, je t’avais prévenu : déjà, il faut trouver le bon traitement, les bonnes molécules, le bon dosage, et ensuite seulement peut commencer la thérapie, et la reconstruction. Mais pas en trois jours en claquant des doigts.
– Mais c’est long… Je sais pas, je vais réfléchir.
Au fond de moi, je me suis dit que c’était fichu. Que cela avait été un beau merdier pour rien. Mais que peut-on faire contre le fait qu’il soit influençable et soumis à ce point ?
Puis, je me suis dit que ce n’était plus mon problème. Que j’avais fait ce que j’avais pu. Qu’ils fassent comme ils veulent, ce sera leur décision – pardon, la décision de Nana – and so be it.
Mais qu’ils ne viennent pas regratter à ma porte, parce que je ne serais plus dispo.
Basta.

