« Tu m’as tué autant que tu l’as tué, lui !!! »
Yaya dimanche dernier, aussi rouge qu’il puisse l’être sous son teint bis, monté sur ses ergots en me vociférant dessus.
Ce « lui » n’est bien sûr pas un être humain, ni même animal, mais c’est tout comme.
Dimanche 11 octobre 2026
Voici la lettre que je m’apprête à envoyer à la mairie. Je ne sais pas si j’attends la fameuse visite de Monsieur le Maire, ou pas.
Objet : Coupe de l’arbre situé dans la cour commune – Précisions sur les circonstances
Monsieur le Maire,
Je souhaite, par ce courrier, apporter ma version des faits concernant la coupe de l’arbre situé dans la cour commune, le samedi 3 octobre dernier.
Ma démarche n’a d’autre objectif que de me faire entendre, car j’ai jusqu’à présent le sentiment d’avoir été jugée sans avoir véritablement eu la possibilité de m’expliquer.
Ainsi, je ne conteste pas avoir eu tort, ni ma responsabilité dans ce qui s’est produit. Je souhaite simplement qu’il soit entendu que ce résultat n’était ni prémédité, ni voulu, et que je le regrette sincèrement.
Ce samedi 3 octobre 2026, des proches sont venus m’aider bénévolement à effectuer différents travaux de débroussaillage dans mon jardin, notamment pour dégager ma clôture des végétaux qui l’envahissaient.
Nous avons alors constaté qu’une grosse branche de l’arbre situé dans la cour commune, manifestement pourrie, menaçait de tomber sur mon grillage. J’ai donc demandé qu’elle soit coupée afin d’éviter d’éventuels dégâts.
Mon intention se limitait à cette seule branche. Il n’a jamais été question, pour moi, de rabattre l’arbre dans son ensemble.
Malheureusement, alors que j’étais occupée ailleurs, l’intervention a pris une ampleur que je n’avais ni prévue ni souhaitée. Lorsque je l’ai constaté, l’arbre était déjà très sévèrement rabattu.
Je reconnais que j’aurais dû définir plus clairement les limites de cette intervention et veiller à leur respect, mais également consulter au préalable les autres indivisaires. J’en assume la responsabilité, sans chercher à la reporter sur les personnes qui m’ont apporté leur aide.
Dès le lendemain, j’ai présenté mes excuses à mon voisin et lui ai proposé de réintroduire immédiatement de la végétation, à mes frais, dans l’attente de la repousse de cet arbre qui n’a pas été déssouché, et qui très probablement repartira, sain. Je lui ai demandé son accord, mais n’ai reçu aucune réponse à cette proposition.
Je tiens également à préciser que j’avais pleinement l’intention de remettre cet endroit en état sans délai : nettoyer, évacuer les branches laissées au sol et réhabiliter le puits pour redonner à ce coin un aspect propre.
Ces travaux s’inscrivaient d’ailleurs dans un projet d’embellissement que j’avais envisagé bien avant cet incident. Au printemps prochain, je souhaitais installer de belles plantes en pots ainsi qu’une guirlande solaire, toujours à mes frais, afin de rendre cet espace plus accueillant, pour moi comme pour les autres indivisaires.
Toutefois, compte tenu de la situation actuelle et de l’absence de réponse à ma proposition, je ne souhaite désormais plus entreprendre la moindre intervention dans cet espace sans l’accord exprès des autres indivisaires, y compris pour son nettoyage et sa remise en état.
Je tiens également à répondre à un reproche qui m’a été adressé : je n’ai jamais considéré cette cour commune comme ma propriété exclusive, ni cherché à me l’approprier ou à en disposer à ma guise. Je suis parfaitement consciente de son caractère indivis et des droits des autres propriétaires.
Je suis profondément désolée de ce qui s’est produit. Si je pouvais revenir en arrière et rendre à cet arbre son aspect antérieur, je le ferais sans la moindre hésitation.
J’espère simplement que ces explications permettront de mieux comprendre les circonstances de cet incident et, surtout, de ne pas confondre une erreur que je reconnais pleinement avec une volonté délibérée de dégrader cet espace commun.
Je reste naturellement disponible pour échanger sur ce sujet et convenir ensemble des suites à donner.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de mes salutations distinguées.
Bon, alors, qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Samedi dernier donc, on fait tomber le dernier sureau au fond du jardin, et on dégage tant bien que mal les ronces et tout le fatras de branches mortes et de rejets divers de part et d’autre de mon grillage, vers le fameux coin de la cour commune.
Et effectivement, il y avait cette grosse branche au bois pourri qui menaçait de tomber sur mon grillage au prochain coup de vent. Branche de l’arbre, je ne saurais même pas dire ce que c’est, poussé entre le puits et le muret qui soutient mon grillage, le fameux. Entièrement recouvert de lierre, lierre qui composait essentiellement sa frondaison. Multi-troncs, partant dans tous les sens, et mort en majeure partie.
Franklin a la coupe facile. L’automne dernier, il avait rabattu à 30 cm tous les arbustes qui composaient la haie sur rue, en laissant le bois mort sur place pendant des mois, juste sous mes fenêtres à l’appart.
Déjà, je lui avais dit qu’il avait été peut-être un peu drastique dans sa coupe, mais il m’avait répondu que ça allait repousser et deux fois plus beau. Et cela a bien repoussé, c’est vrai.
Et quand il est venu la première fois à la maison, en mai pendant les travaux, il avait commencé à tailler dur des trucs dans mon jardin mais également dans la cour commune. Je l’avais arrêté au vol en lui disant que ce qu’il taillait n’était pas à moi et qu’il fallait peut-être éviter d’y toucher. Et j’avais insisté pour qu’on ramasse les branches et feuillages à terre, parce qu’il était bien parti à tout laisser en plan dans la cour.
Bref. Samedi dernier donc, il ne s’est pas fait prier pour couper cette branche. Enfin, disons qu’ils y sont partis à trois, Franklin, Toto et Nana, tandis que moi, je rangeais le matos éparpillé dans le jardin. Toto tenant la tronçonneuse (la sienne qu’il ne prête à personne) et Franklin lui disant où et quoi couper : « Tiens, taille là, et coupe ça, et ça aussi, et encore ça… »
J’arrive donc après la bataille : il ne reste plus de cet arbre qu’un seul tronc. Et Franklin se tourne vers moi :
- On coupe ça aussi tant qu’on y est ? De toute façon, c’est mort…
- Je ne sais pas trop…
- Si si, et il repoussera encore plus beau l’année prochaine !
- Mouais… Bon, d’accord. ai-je conclu, plus parce que j’étais morte de fatigue, désabusée, et que de toute façon, ça ne changeait pas grand-chose, que par conviction que c’était nécessaire pour la survie de cet arbre. Arbre dont honnêtement je n’avais rien à cirer.
Et voilà. Le soir au moment de partir, en regardant ce coin tout pelu désormais, j’ai quand même dit à Franklin que je regrettais presque, qu’il allait falloir du temps pour s’habituer.
Le lendemain, Yaya m’a interpellée sur ma terrasse. Puis, copieusement invectivée. En me sortant d’obscures règlementations sur la coupe des arbres, même sur mon propre terrain, des amendes en cas de non-respect de ces règlementations, des soit disant règlements de copropriété qui nécessitent des AG et des votes… Pour finir par rentrer chez lui, rouge de colère, en vociférant, sans vouloir entendre un traître mot de mes excuses et de mes explications :
- Vous arrivez (tiens, le vouvoiement est de retour) et vous changez tout, vous vous croyez tout permis !!! Mais cette cour n’est pas à vous, ni cet arbre qui ne vous a rien fait, ni même les cailloux au sol ! Moi, je sortais une chaise l’été et je me mettais sous son ombre, il y avait des oiseaux, c’était bien et maintenant, tout est mort !!!
- A nouveau, je suis désolée. Mais je t’ai expliqué que ce n’est pas ce qui était prévu, on s’est juste emballés… Et je suis vraiment navrée.
- Et alors ?! C’est fait, c’est fait !!
- Mais cet arbre va repousser…
- Sous combien de temps, hein ?! Et en attendant ?!! Non, franchement, je suis très déçu, vous m’avez coupé la tête aussi bien que vous avez coupé cet arbre !!! »
J’ai passé mon dimanche à regarder ces fameuses règlementations, et les risques que j’encourais.
Non, dans mon jardin, je fais ce que je veux. Et cette cour est en indivision, pas en copro, donc ses AG et votes, il peut se les coller où je pense. J’ai ainsi parfaitement le droit de procéder à des travaux dits de conservation ou d’urgence, dès lors qu’un des éléments de cette cour indivise menace ma propriété.
Ce qui était le cas, au départ. Avant l’emballement de Franklin.
Mais j’aurais dû en informer les co-indivisaires, à savoir mon voisin, la mairie et la Poste. Ce que je n’ai pas fait. C’est ma seule faute administrative dans tout ça. Car techniquement, c’est bien Franklin qu’il faut blâmer. Mais bon, je ne lui en veux pas, vu toute l’aide qu’il m’a apportée et qu’il continue de m’apporter dès que j’ai besoin. Et surtout, c’est ma propriété, donc je suis la seule responsable.
Et j’aurais dû mieux encadrer cette coupe. Et ça, c’est aussi de ma faute. Et je regrette amèrement.
Car c’est effectivement un spectacle d’apocalypse dans cette cour, maintenant. Mais pas plus qu’avant avec la façade vérolée de chez Yaya justement et celle délabrée des bâtiments de la mairie. Mais je ne me suis jamais plainte.
Yaya, lui, si.
A en croire sa prose placardée sur le poteau de fil à linge décati, façon affiche officielle de la mairie qui, à sa vue mardi dernier, a bien failli me faire sortir le cœur de la poitrine. Une affiche mortuaire, ce truc. Écrite avec les pieds bien sûr, dans un français très approximatif, mais qui dénote bien l’état d’esprit de son auteur, qui à mon sens, est resté coincé dans des limbes du surréalisme…
« Mon ami l’arbre tu a étais bien beau un matin comme tous les matins pour te dire bonjour mon beau arbre je t’ai trouvé macabre une meurtrière ta massacré sans remords avec sang froid et un cœur en marbre avec l’aide de ses complices t’avais quinze troncs tes feuilles étaient bien vertes et pleines de vie tu a étais bien solide et bien vivant et tu avais une belle ombre je m’asseyais l’été sous ton ombre les oiseaux et colombes venaient se percher sur tes belles branches tu as été aussi ami avec le puits vous vous fêtez une belle harmonie ! et depuis ta disparition le puits se trouve tout seul pris par un chagrin
il a pleuré ta disparition et son eau s’est transformé en larmes il a tellement pleuré jusqu’à qu’il a séché de son eau ! et moi je n’ose plus sortir dans la cour car la cour sans toi a perdu sa beauté Majestieuse et est devenue fade et sinistre ! et moi je suis triste tes souvenirs me hante et les oiseaux disparus ! des fois on perd un proche on s’attriste un certain temps et on finit par oublié avec le temps mais toi comment puisse t’oublier chaque matin quand je sors je vois ton corps mort ! il est toujours la
j’ouvre la fenêtre je te vois j’ouvre la porte je te vois je ne peux pas t’éviter je suis très triste ta massacreuse de la nature elle chasser les oiseaux elle aussi tuer le puit et elle
attristé mon cœur je te demande pardon ce jour là je n’etais pas là pour te protéger tu resteras gravé dans ma mémoire et dans mon cœur à jamais
🪦la cour 🪦moi 🪦le puit 🪦le oiseaux
🪦les colombes [ le 6 octobre à 2h17 la nuit ] »
Je lui avais mis devant sa porte lundi soir, en signe de bonne volonté, un sac entier de mes pommes, sachant qu’il les adorait. Le sac est revenu direct sur mon portillon, signe qu’il n’acceptait plus rien venant de moi. Et c’est là qu’il a pondu son ode.
Mardi soir, je me suis dit : « Allez, faut qu’il se défoule, je préfère ça à un arrêté de la mairie ! »
Ça m’a travaillée bien plus que de raison, en bonne BPD que je suis. Et c’est typiquement ce que je déteste le plus au monde : avoir un conflit ouvert direct avec quelqu’un. Qui plus est, à ma porte.
Car un conflit au boulot, bon, je rentre chez moi, c’est fini. Mais là, je vis dedans ! Au point de ne pratiquement plus sortir sur ma terrasse, de peur de me faire à nouveau alpaguer. Et vu mon état de stress, je ne sais pas quelle serait ma réaction. A mon avis, pas bonne. Ce qui ne ferait qu’envenimer les choses, alors que j’ai juste envie qu’elles s’apaisent et disparaissent.
Puis, je me suis dit que seul comptait l’avis de la mairie, dont je n’avais pas encore eu de nouvelles. Et comme ce vendredi, c’était raclette-party chez Dragon Josiane qui avait invité son grand ami Monsieur le Maire de Pampa-Les-Bains, je comptais bien en toucher un mot à ce dernier, pour prendre la température, quoi.
- Oui, c’est revenu à mes oreilles.
- Il est vraiment venu se plaindre ??
- A juste titre. Mais ce n’est ni le lieu ni le moment d’en parler.
- Parce que j’aimerais bien qu’on entende ma version. Car entre la sienne et la mienne, il y a tout un monde !
- Je reviendrai vers vous, je viendrai vous voir.
Je n’ai pas insisté, car effectivement, vu l’ampleur de cette affaire à présent, ce n’était ni le lieu ni le moment d’en parler. Et vu le froid que cela a jeté autour de la table… Franklin n’a même pas capté, trop occupé à discuter avec le mari de Dragon Josiane. Quand je lui en ai reparlé dans la voiture en rentrant, il m’a effectivement confirmé qu’il n’avait pas capté, que si cela avait été le cas, il m’aurait défendue, comme quoi il attendait justement que j’en parle.
Bref. Me voilà avec une deuxième épée de Damoclès sur la tête.
Quand je pense que j’étais heureuse de n’avoir, en plein centre-bourg, qu’un seul voisin mitoyen, qui avait l’air, de prime abord, peu enquiquinant… Car c’était mon critère n°1 lorsque je rêvais de la maison idéale : perdue dans les bois, avec zéro voisins. Et certainement pas en copropriété ou en indivision.
Mais bon, j’imagine qu’avec l’âge, d’autres priorités émergent, comme d’avoir des commerces à portée de pied, et que d’une façon générale, on a rarement tous ses critères réunis et qu’il faut savoir faire des choix.
Cette maison, jusqu’à maintenant, est exactement ce que j’attendais d’elle. Avec des défauts, mais pas incontournables. En tout cas, pas au point de regretter et de vouloir la remettre en vente six mois plus tard.
Aujourd’hui, ce serait faux de dire que je n’y pense pas. Mais bon, je me raisonne et je me dis que ça va se tasser. Avec le temps, oui, ça va passer, mais ça va me sembler long. Et si je me prends une obligation de remise en état à l’identique, que je chiffre à 7 000 euros que je n’ai pas, je crois que oui, je penserais à faire mes valises.
Tout ça à cause d’un mec lunatique, procédurier, à l’esprit court et les oreilles bouchées.
Allez, sur un autre front, Toto va à nouveau mal, et Nana menace à nouveau de se barrer. Chouette ambiance, en ce moment, très hallowinesque… Bref, je suis passée les voir mercredi soir, à la demande désespérée de Nana. L’état des lieux est délétère.
Toto est bien enfoncé dans sa dépression, il a en plus maintenant des crises de panique dès qu’il fait le moindre truc, comme de faire la vaisselle ou d’ouvrir le frigo pour savoir quoi préparer à manger. Tout ce qu’il souhaite, c’est quand arrive le soir, fermer les volets et aller se coucher.
Il n’a plus goût à rien, même à faire son jardin comme il adorait avant. Il est complètement à l’ouest. Je l’ai bien vu samedi dernier avec sa tronçonneuse, incapable de savoir quoi faire ni comment le faire, se tournant systématiquement vers Nana pour qu’elle lui dise où couper.
Donc la journée en semaine, désœuvré, il erre dans la maison à ne rien faire, à mouronner en boucle. Et quand Nana rentre du boulot, il lui saute dessus pour lui parler de ses problèmes. Obsessionnel, centré sur lui et lui seul, incapable de s’arrêter et de s’intéresser à autre chose qu’à ses idées morbides et ses pertes de mémoire façon Alzheimer précoce.
Nana, elle, l’envoie paître et lui crie dessus parce qu’il n’a pas rentré le linge, ni préparé à manger, que c’est pas parce qu’il est en dépression car il a un passe-droit pour ne rien faire à la maison. Bah, pas un passe-droit en soi mais la dépression, ça coupe les pattes littéralement.
Mais bon, je peux comprendre : passer sa journée de boulot, rentrer et voir que rien n’a été fait alors que l’autre est à la maison toute la journée car sans emploi, et donc devoir tout se taper, ça peut agacer fortement.
Toto ne s’est jamais trop impliqué dans la tenue de la maison, il sait à peine où sont les assiettes. Il ne sait pas faire de lessives, encore moins repasser, il sait à peine faire à manger, malgré tous les Air Fryer et Cookeo dernier cri qui ornent leur plan de travail.
Il a toujours été comme ça. Même petit, on était cinq enfants, il y avait un planning pour mettre la table, la débarrasser… Bah valait mieux pas que ce soit Toto qui, au final, s’était « associé » avec une des frangines qui faisait à sa place. Ou Maman faisait à sa place, pôv chouchou.
Ensuite, il y a eu Nana qui également a toujours tout fait à sa place, plutôt que de lui imposer de s’impliquer. Mais aujourd’hui, elle en a marre. Et elle est tellement braquée qu’elle menace de partir, surtout si Toto part en séjour de repos : pour elle, il n’attend que ça, il ressortira encore plus timbré qu’avant, donc elle ne supportera pas.
Bref, dialogue de sourds à trois.
J’ai réussi toutefois à ramener la situation à peu près au calme, non sans grands câlins d’apaisement à Nana en larmes, sa colère trop longtemps contenue venant d’exploser.
Comme ils avaient l’air tous les deux plus réceptifs qu’à mon arrivée, j’ai pu enfin conclure sur ces mots :
« Faut y aller, là, ça ne peut plus durer comme ça. Pendant trois mois, ça va à peu près, et puis ça rechute dans les grandes profondeurs. Donc, mesures drastiques.
Toi, Nana, arrête de te braquer et de mettre la pression à Toto, ça ne sert à rien et c’est vraiment contre-productif. Et laisse-le aller en maison de repos, franchement, c’est pas la mer à boire ! Ce ne serait que pour une semaine ou deux, et ça lui ferait le plus grand bien, et au final, à toi aussi.
Et pis, ça ne pourra pas être pire que maintenant, donc tu n’as rien à perdre. Et si tu ne veux pas rester seule à la maison, tu viens chez moi, pas de soucis. Et si tu veux partir les deux semaines de vacances de Toussaint chez votre fils, vas-y, et Toto viendra chez moi. Ça vous fera de l’air, c’est pas plus mal.
Et toi, Toto, il faut te rendre compte ce que c’est que de rentrer après le boulot et de devoir tout se taper, pendant que l’autre a peigné la girafe toute la journée. Tu te sors les doigts, tu te mets des reminders sur ton téléphone, et tu fais toutes ces petites choses qui ne sont pas grand-chose et qui pourtant font beaucoup dans la paix des ménages.
Et arrête de parler de ta dépression à Nana, en lui demandant ce qu’elle en pense. Car ce n’est pas ton psy, ni ta mère. Elle n’a pas les réponses que tu cherches et ce n’est pas son job. Elle devrait te soutenir, elle a essayé de le faire depuis tout ce temps, mais là, elle en a marre.
Donc, prends sur toi et appelle le 31 14 si vraiment ça ne va pas : c’est une ligne dédiée avec des professionnels qui sont tout à ton écoute. Et harcèle ton psy. Lui seul pourra ajuster ton traitement ou le changer. »
Vendredi, je l’ai appelé pour voir comment il allait : un chouilla mieux et il avait eu son psy qui lui a prescrit, en plus d’augmenter la dose de son traitement actuel, des anti-anxiolytiques puissants. Ce sera un légume dans les premiers temps, mais bon.
Je lui ai proposé qu’on fasse un truc ensemble ce samedi, mais vu que je n’ai eu aucun signe de lui ni de Nana hier, j’en conclus qu’il a oublié d’en parler à cette dernière. Bref.
La seule bonne chose de cette semaine, c’est que j’ai fait aujourd’hui ma première flambée dans ma cheminée fraîchement ramonée de lundi.
C’est chouette. Il fait 25° juste devant, et 18° à l’autre bout de la maison HAHAHA. Mais quel plaisir de regarder danser les flammes de ce feu que j’ai allumé en trois secondes.
Je pourrais y rester des heures. Il y a quelque chose de réconfortant dans un feu de cheminée, d’ancestral et d’éternel qui m’apaise beaucoup.
J’en connais certains qui devraient s’y mettre.

