Saison 7

PROSAÏQUEMENT BRUTAL

– I’m struggling with some brain issues. I’ve got troubles concentrating, the more I pay attention, the more I fuck up, the more I fuck up, the more I’m stressed… I have no long-term memory anymore, no short-term memory either…

– So basically you’re a gold-fish. Happy every two seconds! Which is not that bad.

Miles qui se confie, Joan qui plussoie.

Ah qu’on était jeunes, beaux et talentueux il y a 23 ans, sans douleurs de partout et un cerveau relativement opérationnel…

 

Lundi 10 août 2026

Mais cela ne gâche pas nos retrouvailles. Je suis arrivée vendredi en fin d’après-midi en faisant une halte à Paris pour mon rdv annuel en présentiel chez ma doctoresse. J’en ai profité pour déjeuner avec mon Yang. Un resto coréen, bien sûr. Punaise que ça me manquait ! Aussi bien de passer un peu de temps avec mon poteau, que de manger des tteokbokki.

A me donner des envies de revenir sur Paris…

La Normandie. 23° avec une légère brise. Ça change de Paris et de ses 30°.

Sitôt arrivée, je suis allée faire tremper mes petons dans la mer. Un bien fou. Ça y est, je décompresse.

Car pendant ce long trajet, j’ai eu tout le temps de penser. Notamment, à la dernière vacherie de mes boss, la der des ders que je supporterai, ça c’est sûr.

J’ai eu le temps de repenser aussi aux deux mois qui viennent de passer. À ce que peut donner un déménagement-emménagement-travaux-qui-s’éternisent, en pleine canicule, tout en bossant 50 heures par semaine, sur une fibromyalgiée.

A mettre par écrit ? Eh bien je veux du prosaïquement brutal, du racontar de comptoir, de l’hilarant doux-amer, de l’auto-dérision XXL, du soliloque bruyant. Bref, faut que ça vibre, faut que ça bouge, que ça bouillonne. Pas de l’intestinal, pas du sur place à ergoter indéfiniment.

Et des phrases qui s’interrompent parce qu’un écureuil passe.

Ça donne ça.

 

PREVIOUSLY, IN BICHETTE’S LIFE

LES PREMIERES EMMERDES

Trois jours après avoir eu les clefs, lors du grand ménage d’entrée : le volet roulant de la baie vitrée qui donne sur la rue, en croix.

Désespérance totale.

Parce que remplacer ce machin vieux comme Hérode, c’est à peu près 3 000 balles.

Jusqu’à ce qu’un bon Samaritain me le répare avec quelques points au fer à souder et le chicotage du moteur qui s’était décalé avec le temps.

Si j’avais osé, je lui aurais claqué une grosse bise. Mais bon, c’est le mari de l’adjointe à la mairie, qui est aussi l’assistante de l’agence immobilière qui m’a vendu la maison…

Cette même adjointe qui m’a demandé quelque temps plus tard ce que je comptais faire avec une mini-pelle et une bétonnière.

Car j’ai beau être au fond d’une cour commune, invisible depuis la rue, la mairie a des yeux partout…

Bref, je lui ai répondu :

« Juste une terrasse béton, sans aucun bâti dessus. »

Et là, elle m’a sorti :

« Il faut peut-être une déclaration de travaux, non ? »

Bah non, en fait.

Relis tes procédures d’urbanisme avant de foutre les chocottes aux gens.

 

DERNIER WEEK-END AVANT LE DEMENAGEMENT

J’en ai profité pour demander à Raoul d’arracher à la mini-pelle le gigantesque chèvrefeuille au fond du jardin.

Mais ce chèvrefeuille, qui n’avait probablement jamais été dompté depuis sa naissance, tenait en grande partie l’un des appentis.

Qui, du coup, est maintenant sur le point de s’écrouler. Évidemment.

Raoul m’a chiffré la réparation à 240 balles, en me glissant doucement que ce ne serait peut-être pas pour tout de suite…

J’étais encore loin de me douter que, dans sa tête, plus rien de ce qui restait à faire ne serait pour tout de suite.

Déjà que j’avais dû lui mettre la pression pour qu’il termine au moins tout l’intérieur avant le déménagement…

Bref.

LE SUPPLICE DE LA DÉPENDANCE

Ce week-end, j’ai aussi déplacé un bloc de pierre de cent kilos.

Enfin… « déplacé ».

Disons qu’après une négociation musclée sur cinq mètres, quelques noms d’oiseaux et un début de tendinite, le menhir a accepté de devenir un banc de jardin.

Grâce surtout à la mini-pelle de Raoul, qui a fini le transbahutage.

Maintenant, j’ai un banc dans mon jardin.

Bon.

Pour l’instant, c’est surtout un gros caillou posé à l’entrée qui me regarde d’un air narquois, en attendant que je trouve des gros bras suffisamment inconscients pour accepter de le déplacer jusqu’à sa place définitive.

Ce dernier week-end avant le branle-bas de combat a aussi et surtout été consacré au grand ménage de chantier.

J’ai ainsi nettoyé toutes les fenêtres de l’étage, rebouché les trous dans les murs — merci Bennett —, désherbé la cour commune, posé très gauchement le joint silicone absent autour de la baignoire, décapé les coulures de peinture et les pâtés de plâtre du carrelage, nettoyé les meubles de cuisine de récup’ au bicarbonate de soude, passé l’aspi partout, serpillé à la Javel et découvert que ma main droite envisageait sérieusement de déposer un préavis.

Une journée presque ordinaire, finalement.

La maison avance.

Moi aussi.

Enfin, je crois.

Parce qu’au milieu de tout ça, un truc me saute de plus en plus aux yeux : ce n’est pas le boulot qui me pèse. Le boulot, je connais. Je peux en abattre des quantités absurdes quand il le faut. Je peux râler, jurer, menacer un pâté de peinture avec un riflard, mais je finis généralement par avancer.

Non. Le supplice, c’est d’avoir besoin des autres et de ne pas être autonome.

C’est une phrase étrange quand on vient de passer un week-end entier à tout faire soi-même. Et pourtant. Je déteste dépendre des autres. Pas dans le sens noble du terme. Pas dans le sens philosophique. Dans le sens très concret.

Parce qu’il y a des trucs que je ne peux tout simplement pas faire.

Porter trop lourd.

Percer un mur avec un perfo de dix kilos.

Raccorder ce que je ne sais pas raccorder.

Déplacer un menhir sans sacrifier définitivement une articulation.

Et surtout : attendre.

Attendre Raoul.

Attendre quelqu’un qui devait venir.

Attendre quelqu’un qui devait venir mais finalement non.

Attendre quelqu’un qui viendra peut-être le week-end prochain.

Ou celui d’après.

Ou à la Saint-Glinglin, selon disponibilités.

Et ça, ça me rend dingue.

Moi qui passe ma vie à organiser, anticiper, sécuriser, prévoir, je découvre qu’une maison est un merveilleux outil pédagogique destiné à vous apprendre l’humilité. De force.

Je sais très bien que personne ne me doit rien.

Personne ne m’a forcée à acheter cette maison.

Personne ne me doit ses week-ends.

Personne ne me doit ses bras.

Les problèmes sont les miens.

Les solutions aussi.

Je ne demande pas aux autres de partager mon enthousiasme, et encore moins mon désespoir. Mais j’avoue que j’aimerais parfois pouvoir compter sur une parole donnée sans avoir à me demander si elle survivra jusqu’au week-end suivant.

À force, j’en arrive à une conclusion assez simple. Je préfère qu’on ne me promette rien. Une absence annoncée est infiniment plus confortable qu’une présence promise puis annulée. Au moins, je peux m’organiser.

Car ça, nom de Zeus, je sais faire.

 

J-3, PAS UN SEUL CARTON DE FAIT.

Bah oui.

Le peu de temps libre que j’avais, je l’ai passé à préparer mon nouveau chez-moi.

Résultat : à trois jours du déménagement, pas un carton de fait.

J’ai donc dû poser deux jours OFF au boulot pour emballer ma vie.

Et là, presque miraculeusement : j’ai eu de l’aide. Beaucoup d’aide. Tout le monde ou presque s’y est mis et, franchement, je leur dois une fière chandelle parce que sans eux, à l’heure où j’écris ces lignes, je serais probablement encore assise au milieu de mon ancien salon à chercher dans quel carton j’ai foutu le scotch.

Le tout dans une chaleur de bœufs, annonciatrice de la deuxième canicule de l’année.

Récupérer des cartons dans les poubelles de la Foir’Fouille locale. Remplir les cartons. Charger les cartons. Faire un aller-retour à la maison. Décharger les cartons. Revenir. Recommencer. Avec, au passage, quelques meubles déjà démontés, cinq packs d’eau engloutis par personne — au bas mot — et cette question qui revenait régulièrement : mais pourquoi j’ai autant de bordel ?

Question posée principalement par moi-même, je tiens à le préciser.

Promis, la prochaine fois, je vends tout et je pars en EHPAD.

 

LE DEMENAGEMENT – LES YAKA FOKTU

Le 20 juin, deux ans jour pour jour après mon dernier déménagement.

À 8h du mat’, branle-bas de combat.

J’avais fait des équipes, parce que quitte à déménager, autant organiser l’invasion :

  • Toto, Nana et Ma Nièce dans la maison, au montage des meubles neufs et remontage des anciens ;
  • Raoul et Bob à finir — oui, finir — le branchement des évacuations de cuisine avant de commencer à charger leur camion-benne ;
  • Mitch, Franklin et Hector au chargement du Renault Master très gentiment emprunté par Mitch à son patron ;
  • et moi… un peu partout.

À 10h, c’était plié.

Efficace.

De 10h à 13h, dispatch des cartons dans les bonnes pièces et remontage des meubles, parce que l’équipe affectée à cette noble tâche avait quelque peu buté sur les meubles neufs.

Notamment ma table de terrasse. Qui était de la crotte, selon eux. Qui valait à peine le prix ridicule auquel je l’avais achetée. Désolée, je n’avais pas 300 balles à mettre dans une table répondant à votre cahier des charges à vous.

Bref.

Tout ça pour s’apercevoir qu’ils l’avaient montée à l’envers.

J’adore les gens qui savent mieux que tout le monde. Ces mêmes gens qui sont également spécialistes en FOKTU.

Foktu investisses dans un nouveau sommier parce que ton sommier, c’est de la merde à monter !
— Bah, ça tient ?
Oui, mais ça vaut 60 euros chez Ikea, c’est pas la ruine !
— Bah 60 euros par-ci, 60 euros par-là, et on se retrouve à découvert. Donc tant que ça tient, je ne vois pas la nécessité de cette dépense maintenant.

Foktu jettes ton dressing, il est tout cassé !
— Et qui l’a tout cassé, justement ?
Ouais mais t’as pas besoin d’avoir deux dressings, foktu fasses du tri dans tes fringues !
— Mais de quoi je me mêle ?!

Foktu fasses quelque chose, il fait trop chaud sur ta terrasse ! Tu aurais dû garder le laurier-cerise !
— C’est toi qui vas ramasser les feuilles et les cerises qui tachent ?! Et c’est moi, peut-être, qui fais la météo ?!

Ils m’ont bien soûlée. Et je ne me suis pas gênée pour le leur dire.

En revanche, ils ont arrêté de bougonner lorsque je leur ai donné mon tout nouveau parasol… rouge.

Le rouge, couleur honnie parmi toutes.

Une véritable agression visuelle que je ne suis pas parvenue à supporter plus de deux heures.

Bah t’as pas vu quand tu l’as commandé ?!?

Si.

J’avais juste envie de vous faire un cadeau.

Parce que vous êtes tellement mignons avec moi.

Un que j’aurais en revanche bien voulu remercier plus grandement, c’est Mitch, mon dealer de clopes.

Mitch travaille au garage du coin et, au fil de ses livraisons de cigarettes qu’il fait venir du Luxembourg, on s’est liés d’amitié. Je lui avais parlé de la maison, puis du déménagement, et il m’avait tout simplement proposé son aide.

Et gratuitement.

Parce que Raoul et Bob, eux, je les ai payés.

Alors vraiment : un grand merci à Mitch.

Un grand merci à tous, d’ailleurs.

Parce que je peux râler après certains — et Dieu sait qu’ils me donnent de la matière — mais tout s’est globalement bien passé.

 

PREMIERES NUITS DANS LA MAISON

Au rez-de-chaussée, sur le petit lit qui servira de banquette quand je recevrai enfin le coussin-dossier. Parce qu’à l’étage, c’est une fournaise.

C’est calme.

Pas un bruit, à part Marcel qui chante à 5h du mat’ et Léon qui s’époumone jusqu’à 23h. Et aucune mauvaise vibration dans la maison.

Mais ces premières nuits furent sans sommeil. Ou presque.

Stress ? Épuisement ? Changement de maison ? Ou peut-être tout simplement les ressorts de ce purée de matelas qui essayaient de me perforer les côtes ?

Au bout de quelques nuits, j’ai capitulé.

J’ai migré dans ma chambre. Avec le ventilateur dans mon lit.

 

MÉNAGE DE MON ANCIEN APPART – RESTIT DES CLEFS

J’avais dix jours, avec un week-end au milieu, avant l’état des lieux de sortie.

Je me suis dit : ça va, je suis large.

HAHAHA.

Parce qu’en bossant de 7h30 à 18h00, bizarrement, les journées laissent assez peu de temps pour aller récurer un appartement du sol au plafond.

Et ça, Franklin l’a bien compris.

Il a fait tout le ménage de l’appart. Tout seul. Les sols, les vitres, et tout et tout.

J’ai rien à faire de la journée, j’ai juste à monter l’escalier, et pis j’aime bien faire le ménage. Et comme ça, ça te libère pour faire autre chose.

Vraiment, un immense merci.

Parce que cette aide-là, invisible mais cruciale, j’aurais bien aimé que d’autres pensent aussi à me la proposer. Mais bon.

Franklin, encore et toujours à la dèche, pique-assiette devant l’Éternel, m’a entre-temps taxé une quinzaine de paquets de clopes et de la bouffe. Mais sérieusement, je vais lui réclamer quoi que ce soit après tout ce qu’il vient de faire pour me dépanner ?

J’ai pas fait ça en attendant quelque chose en retour ! J’ai dit que je te rembourserai ce que je te dois, je le ferai.

Tu ne me dois rien. C’est plutôt moi qui te suis redevable.

Teuh teuh. Tu as toujours été là pour moi quand j’étais dans la merde, c’est normal que je sois là pour t’aider.

Voilà. Comptes soldés.

J’ai donc pu consacrer mon week-end à… déloger quatre lavandes de mon ancien jardinet pour les replanter dans le petit massif près de ma terrasse en béton.

Opération a priori easy peasy.

Sauf que le fameux massif n’avait manifestement aucune intention de coopérer.

Des cailloux partout, certes, mais surtout d’énormes racines du fameux laurier-cerise, qui se vengeait visiblement de la tronçonneuse de Raoul qui l’avait réduit à un bout de tronc de trente centimètres.

Résultat : une heure pour faire un trou. Par 39° à l’ombre.

J’aime vivre dangereusement.

Ce même week-end, on devait aussi m’installer la fibre.

Parce que, bien sûr, qui dit vieille maison dit : Internet ? C’est quoi ?

Le technicien m’a demandé de décaler en fin d’après-midi le rendez-vous que j’avais booké depuis mi-mai, pour cause de canicule.

Évidemment, aucun problème.

Il s’est finalement pointé à 20h30, décomposé.

L’opération devant durer trois heures, j’ai bien sûr accepté qu’on reporte au mardi soir. Je tenais moyennement à déplorer le décès d’un technicien Fibre dans mon salon.

J’ai donc décidé de faire quelque chose de simple. Ranger.

La vaisselle, les bouquins, les DVD, tous restés en carton dans le garage transformé en four à pizza par la canicule. Sauf que…

Il manquait un tasseau.

Celui qui soutient une des étagères de ma bibliothèque transformée en vaisselier.

Et sans lui : rien. Élan coupé net.

J’ai ouvert tous les cartons. Tous les sacs.

Puis tous les cartons une deuxième fois.

Puis probablement une centaine de fois, parce qu’il est scientifiquement établi qu’un objet absent d’un carton peut spontanément y apparaître si on l’ouvre suffisamment souvent.

Where the fuck are you, stupid thingy ?!!

Le stupid thingy était tranquillement alangui près de la cheminée.

Parce qu’on l’avait mis de côté. Justement, pour ne pas le perdre.

Évidemment.

 

Et puis, le 30 juin : état des lieux et restitution des clefs.

Ça m’a fait un petit pincement au cœur, tout de même.

Pas comme lorsque j’ai quitté mon appart parisien après treize ans de ma vie. Là, après deux ans, c’était différent.

C’était chouette pour se retourner.

Mais c’était encore plus chouette de le quitter pour une maison à moi.

Avec un vrai jardin.

De vraies chambres.

Et surtout, pas une volée de marches à grimper juste pour rentrer chez soi.

 

CRÉMAILLÈRE

Comme une furieuse envie d’afficher la pancarte suivante :

MAISON DE BICHETTE

Chantier (presque) terminé.

Propriétaire en cours de récupération.

Conseils non-sollicités interdits.

Commentaires sur les rideaux, le papier-peint, les persiennes et la cuisine passibles d’expulsion immédiate.

Buvez, mangez, rigolez, sinon, dégagez.

J’avais prévu le minimum d’effort.

Des salades composées prises au resto-traiteur, des hot-dogs en libre-service — Independence Day oblige —, des bâtonnets glacés et une énorme sangria maison.

Excellente, la sangria, cela dit en passant.

Et deux litres de rhum que j’avais arrangé moi-même depuis fin mai.

Avec des bigorneaux. ^^

J’avais lancé plus de 70 invitations. Au final, on n’était que la moitié.

Et franchement : largement suffisant.

Pour mes petits bras, mon cerveau en surchauffe et mon extrême fatigue.

Pour la terrasse transformée en étuve, ensuite, malgré le voile d’ombrage tendu en remplacement de feu le parasol rouge.

Et Franklin avait oublié de commander les glaçons à son ancien taf.

Parce qu’il fallait bien un peu de difficulté.

Malgré cela, tout s’est bien passé.

Et aux dires de tous — même de Dragon Josiane — c’était super et très bien organisé.

Parce que malgré toutes mes grandes déclarations sur le thème « Débrouillez-vous », je n’ai pas pu m’empêcher de veiller à ce que tout soit au mieux pour chacun.

Alors que mon programme officiel, annoncé haut et fort — mais en fait uniquement à moi-même — était pourtant très clair : être beurrée à 13h30, m’asseoir dans mon transat, rabattre mon Stetson sur mes yeux et déclarer à la cantonade : « Je vous aime, amusez-vous bien, mais foutez-moi la paix. »

Échec total.

Quelques copains-copines étaient venus contrebalancer le troupeau de la belle-famille de mon neveu de Poitiers. Mais pas assez à mon goût.

Et bien sûr, toute la clique a fait bande à part.

J’avais pourtant précisément organisé un repas non assis pour que tout le monde circule, discute, se mélange. Que nenni. La clique est restée en clique.

J’ai eu limite honte de ma « famille », décidément incapable de sortir de sa routine de cul-terreux hostiles aux étrangers.

J’ai bien pensé faire cette crémaillère en deux temps : la famille d’un côté, les copains et relations de l’autre. Mais deux fiestas coup sur coup ?

HAHAHA.

Non. Déjà que j’ai survécu à peine à une.

Mais bon.

Il y avait Yang et Mimine pour rattraper le coup.

Mitch et sa chérie, que je n’ai malheureusement pas eu le temps de connaître davantage.

Monsieur Bon Samaritain et son épouse.

Monsieur le Maire — grand copain de Dragon Josiane.

L’agence immobilière qui m’avait vendu la maison.

Ma copine du village avec ses deux petites-filles, qui m’ont fait de super dessins.

Raoul et Bob…

Et c’est là que j’ai appris que Raoul partait en vacances le samedi suivant pour deux semaines.

Puis tout le mois d’août.

Ah.

Sont pas près d’être finis, mes travaux…

Et puis, il y avait… Aaron. Le technicien de la fibre. HAHAHA.

Un beau mec avec lequel le courant était passé quasi immédiatement — oui, je sais, technicien fibre, courant, tout ça, mais pour une fois, je n’y suis pour rien.

C’est donc tout naturellement que je l’ai invité à ma crémaillère.

Paraît-il que nous nous serions faits « capter »…

Les regards. Les frôlements. La complicité.

Bref, tout le monde a cru qu’on était déjà ensemble.

Mais non.

Enfin… J’en reparlerai un peu plus loin.

Bref, vers 19h30, toute la clique est partie. Soulagement.

Je sais pas, c’est pas eux justement qui m’avaient demandé :

« Mais comment tu vas faire partir les gens le soir ? »

Bah comme ça.

Quand les appels du pied pour savoir ce qu’on mangeait le soir ont commencé, j’ai rappelé que je n’avais rien prévu et que je leur avais bien dit d’apporter des trucs s’ils comptaient rester. Étonnamment, le message est passé.

Et on s’est retrouvés à cinq.

Yang, Mimine, Franklin, Aaron et moi.

Enfin.

Les restes sur la table, un petit comité de potes, personne à gérer, juste boustifailler et deviser allègrement. Ça, j’adore. Le premier moment de détente pour moi.

Je n’ai pris aucune photo de ma crémaillère.

Je n’avais pas la tête badine, ni l’envie d’illustrer l’événement.

En vérité, j’avais presque hâte que ça se termine.

Parce que cette crémaillère, c’était le dernier truc à faire.

Après les travaux. Les cartons. Le déménagement. L’emménagement. La canicule.

La fin de deux mois harassants, à la limite du cauchemar.

Je n’avais qu’une envie : me retrouver enfin seule chez moi.

Dans ma maison.

Avec mes affaires.

Et, si possible, sans plus personne qui me demande ce que je compte faire de mon jardin en friche.

 

TRAVAUX TOUJOURS PAS TERMINES

Mail à Raoul le 8 juillet :

« J’espère que tu vas bien.

Je reviens vers toi au sujet des quelques travaux qu’il reste à terminer à la maison.

Je sais bien que tu as plusieurs chantiers en cours et que les plannings ne sont jamais simples à tenir. De mon côté, j’avoue que j’aimerais pouvoir clôturer celui de la maison, commencé le 11 mai, avant qu’il ne s’éternise, surtout avec les vacances qui arrivent.

Car il reste aujourd’hui :

  • la pose du polycarbonate sur la marquise ;
  • la mise en place du regard sur l’évacuation de la cuisine, car ça commence à puer ;
  • la fixation du moteur de la porte de garage ;
  • la réparation du spot extérieur côté maison, qui ne fonctionne pas ;
  • la réparation des deux abris de jardin, afin que je puisse commencer à y stocker mon bois ;
  • et les persiennes du salon que tu avais emportées pour les sabler, les traiter et les repeindre.

Je sais que tout ne se fera peut-être pas en une seule fois, mais si tu peux profiter d’un créneau avant tes congés, ou à défaut lors de la semaine où tu reviens fin juillet, ce serait vraiment super. 

Tiens-moi au courant,

Je te souhaite de bonnes vacances si je ne te revois pas d’ici là !

À bientôt”

Pas de réponse. Je l’ai relancé le 28 juillet, il m’a dit qu’il me tiendrait au courant de quand il pourrait passer. Mouais. Autant dire que si je ne me fâche pas un peu début septembre, ça ne sera jamais fait.

 

3ème et 4ème CANICULES

Oui. Troisième ET quatrième.

Parce qu’apparemment, cette année, l’été a décidé de nous cuire en plusieurs fournées.

Chez moi, heureusement, il fait frais.

Au rez-de-chaussée, en tout cas.

À l’étage, c’est le Sahara.

Évidemment, plus un ventilateur disponible nulle part et je n’aime toujours pas la clim. J’ai quand même réussi à dénicher un brumisateur de jardin qui, installé sous le voile d’ombrage, apporte un soupçon de fraîcheur.

Un soupçon.

On ne va pas non plus demander 21° et une petite brise normande.

 

TOILE BRISE-VUE SUR LE TREILLIS SOUDÉ ULTRA-MOCHE

Ultra-moche, donc. Mais fonctionnel, avec un vrai portillon qui ferme à clef.

N’empêche que j’aimais, moi, ma white picket fence.

C’était même l’une des choses que j’avais trouvées charmantes lors de ma première visite, malgré son piteux état.

Sauf que la mini-pelle de Raoul, en creusant pour faire la terrasse en béton, a fait tomber le muret sur lequel elle tenait.

Adieu, white picket fence.

Et par quoi la remplace-t-on?

Je me suis laissée convaincre par du treillis soudé. Parce que le bois demande de l’entretien et parce que je m’étais dit : « Pas grave, je planterai des grimpantes devant. »

HAHAHA. Là où je comptais creuser, il y a les tuyaux d’eau.

Forcément.

En attendant, j’ai donc posé une toile brise-vue qui, ma foi, fait le job sans être trop laide. Vivement quand même que j’y accroche des jardinières.

 

RANGEMENT TERMINÉ, AVEC LA DÉCO ET TOUT ET TOUT

Et pendant ce temps-là… l’intérieur est terminé.

Tout est rangé. Tout est décoré.

Et je suis assez contente du résultat.

Bon.

Il ne me reste plus qu’à réussir à faire fonctionner ma platine-disque et à Toto de me réparer mon câble d’antenne TV.

Sinon… TOUT EST TERMINÉ À L’INTÉRIEUR !

Et ça, bon sang que ça fait du bien.

 

BOIS DE CHAUFFAGE

Comme on m’avait recommandé d’acheter mon bois en juillet parce qu’après, ça augmentait, j’ai commencé à regarder les offres autour de chez moi vers le 21 juillet.

J’en ai trouvé une très intéressante à 66 € le stère.

J’appelle.

Le mec a une voix à faire fondre un parpaing.

Va pour quatre stères — j’en voulais trois au départ, c’est dire l’enjôleur — livrés le samedi suivant.

Impatiente de mettre un visage sur cette belle voix, me voilà donc le samedi matin à attendre Monsieur Belle-Voix un peu fébrilement.

Je ne me suis pas pomponnée, mais bon, je ne suis pas mal fagotée non plus.

Le camion arrive… Et qui en descend ?

Le père de Monsieur Belle-Voix.

Très sympa, au demeurant.

Mais flûte de flûte.

Et re-flûte.

Je me suis faite rire moi-même.

 

AARON

Le 26 juillet :

— Je te sens distante. Mais depuis quelques jours déjà au téléphone. C’est pour cela que je voulais qu’on se voie pour parler. Et c’est bien que cela soit toi qui commence.

— Alors, je vais revenir sur le deal que l’on a passé toi et moi la semaine dernière, quand je te demandais de me laisser du temps. Je pense que notre histoire s’arrêtera là. Car je ne peux pas te donner ce que tu attends. Ce ne serait pas juste vis-à-vis de toi de te laisser attendre un truc qui n’arrivera jamais.

De plus, nous ne sommes pas compatibles. Pour qu’une histoire se construise, il faut les 4 piliers fondateurs : l’entente intellectuelle, l’entente spirituelle, l’entente sexuelle et l’entente quotidienne. Nous, on en a deux. Tu comprends bien que cela ne peut pas tenir debout. Et les efforts pour construire ces deux piliers manquants, je ne suis pas prête à les faire et je ne veux pas les exiger de toi. Je sais enfin qui je suis. Je suis heureuse et équilibrée… seule.

J’ai cru  qu’avec toi cela aurait peut-être pu changer, mais cela a servi de confirmation de ce que je sais depuis longtemps maintenant. 

 

Il m’a demandé ce qui me dérangeait chez lui, à titre informatif. Je n’ai pas répondu. À quoi bon lui faire l’inventaire des rouages – l’alcool, son rythme de vie et l’intimité – quand seul compte le résultat de l’équation ?

Il n’avait rien à corriger, rien à réparer pour moi. Je ne voulais surtout pas lui tendre une liste de choses qu’il aurait pu promettre de changer pour tenter de sauver quelque chose que, moi, je savais déjà terminé.

Il a compris.

Il m’a dit qu’il ne pouvait pas m’en vouloir. Que je l’avais prévenu dès le début. Qu’il avait été très heureux de me rencontrer.

Moi aussi.

Et c’est vrai.

Car Aaron n’a pas été une erreur, encore moins un échec. Il a été une très belle rencontre. Il y a eu les conversations interminables, la curiosité, l’intelligence, cette étonnante proximité qui s’était installée si vite. Il y a eu surtout ce moment où j’ai sincèrement pensé : Tiens… peut-être que lui.

Peut-être que j’avais tort lorsque je pensais être définitivement mieux seule. Peut-être qu’il existait encore quelque part une configuration improbable dans laquelle quelqu’un pourrait entrer dans ma vie sans l’envahir, sans m’étouffer, sans me donner envie de reprendre immédiatement la clé des champs.

J’ai essayé.

Et j’ai découvert que non.

Pas avec lui, en tout cas.

Je n’ai pas voulu essayer davantage. Je n’ai pas voulu qu’il fasse des efforts pour devenir quelqu’un d’autre, pas plus que je n’avais envie d’en faire pour devenir celle qu’il aurait fallu que je sois.

Et bizarrement, je n’en suis pas triste. Je suis même reconnaissante.

Parce que cette courte histoire m’a apporté une réponse que je cherchais peut-être encore sans le savoir : je n’attends plus qu’un homme arrive pour compléter ma vie. Elle est déjà complète. Je suis heureuse comme ça. Équilibrée comme ça. Seule, oui, mais certainement pas incomplète.

Cela ne veut pas dire « plus jamais ». Je suis bien trop adepte du il ne faut jamais dire jamais pour écrire une connerie pareille.

Cela veut simplement dire que désormais, pour que quelqu’un reste, il faudra que sa présence apporte quelque chose de plus à une vie dans laquelle je me sens déjà bien.

Pas qu’elle vienne combler un vide qui n’existe pas.

Et Aaron aura eu, entre autres, cette importance-là dans mon histoire.

Celle de me le confirmer.

 

LES BOBOS

Un seul notoire. Et de taille.

Je me pète le métatarse en faisant… de la gym dentaire.

Oui, je sais, pas évidente, la connexion.

En fait, le 16 juillet au soir, je me brosse les dents avec ma brosse à dents électrique dans ma nouvelle salle de bains. Comme ça dure trois minutes, j’en profite pour faire des étirements de jambes : je fais le Y, je les pose sur le rebord de l’évier, je les balance l’une après l’autre derrière moi, le plus haut possible…

Je ne le faisais plus dans mon appart parce que la salle d’eau était trop exiguë, mais à Paris, oui. Ça me manquait. Et comme j’avais de nouveau une grande salle de bains… Bref.

Me voilà en train de m’étirer quand je redescends très rapidement la jambe gauche pour heurter à pleine vitesse… le rebord des toilettes !

Apparemment, je ne me suis pas encore faite à tous les contours de ma nouvelle maison… Mauvaise jauge, donc.

Résultat : métatarse cassé, juste à la frontière des cunéiformes, atteinte de Lisfranc…

Traduction : pied de Hobbit-Schtroumpf, tout gonflé et bleu d’hématome. À peine capable de poser le pied — enfin, le talon — par terre.

Et quinze jours plus tard, juste quand ça commençait à aller mieux, je peaufine la fracture en faisant un faux pas sur mes pas japonais, visiblement pas bien calés, qui bordent mon composteur…

J’ai entendu un crac et j’ai bien failli m’évanouir tellement la douleur a été fulgurante.

Mais j’ai continué à marcher. En claudiquant. En m’appuyant sur une béquille prêtée par Toto. Sauf que ça a mis en détresse tout mon côté droit, qui compensait déjà comme il pouvait. Donc, j’ai viré la béquille.

Aujourd’hui, c’est tout de même beaucoup mieux. Je ne galope pas comme un lapin, mais ça va, ça se gère. J’en ai encore pour un petit mois, je pense.

Un accident à la noix. Et du coup, beaucoup moins de gym dentaire.

 

LES HISTOIRES D’A. (D’ARGENT) FINISSENT MAL

Toto et Nana cumulent plusieurs crédits : ancien crédit panneaux solaires, crédit travaux, crédit conso… et remboursent environ 800 € par mois.

Ils comptaient sur la vente de la maison du frère de Nana, décédé tragiquement il y a trois ans, mais la mort brutale de Zaza, la sœur de Nana, en avril dernier, a fait revoir toute la succession.

Donc tout est bloqué.

Ils m’ont demandé de l’argent une première fois. Parce qu’à découvert de 2 300 balles.

Je n’ai pas pu les aider, étant moi-même à – 2 253 €, sans plus aucune épargne, épargne et tirelire ayant disparu dans les travaux et l’aménagement de la maison.

Je leur ai alors conseillé :

  • de changer de banque ;
  • de demander un rachat de crédits avec un allongement de la durée ;
  • de prendre contact avec une assistante sociale, car il n’y a aucune honte à ça. Elle est là pour aider les gens qui traversent une mauvaise passe, pas uniquement les cassosses.

Bref, cette assistante sociale les a aidés à monter un dossier qui pourrait déboucher sur un plan d’étalement de leurs dettes par la Banque de France.

Bonne nouvelle. Car première démarche structurelle.

Mais…

Le temps que le dossier soit étudié, les dettes ont continué de courir, auxquelles se sont ajoutées les dépenses courantes, et ce découvert qui ne fait que se reporter en s’amplifiant de mois en mois.

Ils m’ont donc demandé à nouveau de l’argent.

Je ne pouvais toujours pas. Désolée, je ne ponds pas des louis d’or.

C’est là que je leur ai dit :

« Pourquoi ne demandez-vous pas à Dragon Josiane ? Elle en a les moyens, elle. »

Réponse très claire : Non.

Ils avaient même demandé à Tata Mama, qui pourtant venait de perdre Tonton Mimi et n’avait pas une situation financière confortable.

Car pour eux, cela devait rester une affaire de famille.

Ben tiens.

Conséquence : pour tenir le coup, ils ont finalement débloqué 2 700 € chez Cetelem.

À 23 % d’intérêt et avec une mensualité de 300 € !!! J’hallucine.

J’ai évidemment espéré que ce crédit ne soit qu’un pont temporaire, le temps que la Banque de France statue et qu’ils puissent ensuite le rembourser rapidement.

Car ils en sont désormais à environ 1 200 € de crédits à rembourser chaque mois.

Puis, une troisième fois :

« On est à 2 700 € de découvert à la banque, on voudrait savoir… tu ne pourrais toujours pas nous dépanner ? »

J’en ai failli avaler mon thé de travers.

Ils pensent que, parce que je viens d’acheter une maison, j’ai les moyens.

C’est tout le contraire, justement. Bref.

Sauf qu’entre-temps, certains détails ont commencé à sérieusement me chiffonner.

Parce que je les observe et que, manifestement, ils ne se sont pas mis en mode « disette » pour autant :

  • ils reviennent de dix jours de vacances dans l’appart de leur fils à Poitiers — OK, pas de logement à payer, mais avec sorties, restos et tout le toutim — et ils y retournent le 17 août ;
  • ils ont acheté un nouveau canapé d’angle convertible, soi-disant parce que l’ancien était mort. Mais l’ancien a quand même été revendu. Donc soit il était réellement mort, ils l’ont revendu une misère et ont dû rallonger bonbon pour acheter leur canapé flambant neuf ; soit il n’était pas si mort que ça et ils m’ont raconté des bobards ;
  • Ma Nièce a de nouveau cassé sa voiture, cette fois complètement en tort. Au lieu de la déclarer en épave et de lui dire de se débrouiller comme une grande maintenant qu’elle travaille à temps plein — même en CDD —, ils vont payer les nouvelles réparations alors qu’ils n’ont toujours pas fini de payer les premières ;
  • et, pompon sur la cerise : la grande fiesta d’anniversaire du 15 août, avec une vingtaine de personnes. Le grand tralala, quoi.

Tout ça, je l’estime à environ 5 000 €.

D’où sort cet argent ?

Les 2 700 € de Cetelem leur sont montés au cerveau ? Ils n’ont pas compris que ce n’était pas de l’argent-cadeau ?

Ou alors ils ont eu entre-temps un retour de la Banque de France qui leur étale leurs crédits et/ou la succession commence enfin à se dénouer.

Je n’en sais rien, ils ne m’en ont pas parlé.

Mais s’ils sont toujours dans la situation qu’ils m’ont décrite en me demandant pour la troisième fois de les dépanner, là, oui, je commence vraiment à trouver qu’ils abusent.

Quand on est dans la merde financièrement, on coupe les vannes.

On ne maintient que l’ultra-essentiel.

Mais bon, je ne suis pas donneuse de leçons.

Même si, finalement… je devrais peut-être.

Ce qui serait assez cocasse puisque, lorsque moi j’étais dans la mouise financièrement il y a à peine deux ans, notamment à cause de mon rattrapage d’impôts, ils ne m’ont pas aidée. En revanche, la morale, je l’ai eue.

Alors allons-y :

Annulez vos deuxièmes vacances. Réduisez la fiesta. Arrêtez les dépenses qui peuvent attendre. Mangez des patates pendant trois mois s’il le faut. Et attendez la décision de la Banque de France avant de dépenser un euro que vous n’avez pas.

Il n’y a aucune honte à être dans la merde financièrement. Aucune.

Mais encore faut-il reconnaître qu’on y est. Et agir en conséquence.

Parce que tout ça ne commence pas avec le canapé ou les vacances. Ça remonte à plus d’un an déjà, alors que déjà Nana venait de perdre son deuxième emploi et que Toto était au chômage.

Cuisine toute neuve, volets roulants, poêle à granulés, pergola, nouveau mobilier de terrasse, jaccuzzi…

Quand l’avenir est incertain financièrement, on n’empile pas les crédits pour continuer à vivre exactement comme avant.

Parce que justement, ce n’est plus comme avant.

Avant, Toto et Nana rentraient environ 3 400 € à deux.

Aujourd’hui, ils en rentrent 1 000 de moins.

Et Toto est toujours au chômage.

Il lui reste environ un an d’indemnisation et il aura, il faut bien le dire, toutes les peines du monde à retrouver du boulot. À part peut-être de la manutention, mais encore : il est RQTH et ne peut plus porter de charges lourdes.

Alors oui, ça implique de réduire la voilure. Vraiment.

Et je sais très bien que ce n’est pas facile.

Ils n’avaient pas un train de vie faste auparavant, mais confortable, on va dire. Et il est certainement très difficile de se mettre dans la tête qu’il faut tout à coup se priver de choses qui, quelques mois auparavant, ne posaient aucun problème.

Ce n’est pas agréable. Ni drôle. Et ce n’est certainement pas le moment où l’on a envie de se priver de tout ce qui rend la vie un peu plus confortable.

Mais on le fait.

On mange des patates s’il faut manger des patates.

Parce que je trouve cela dommageable pour eux de faire l’autruche, comme si de rien n’était, en espérant que la succession finira bien par tomber, que la Banque de France arrangera les crédits ou que quelqu’un pourra les dépanner quand le découvert aura avalé tout le reste.

Et c’est là que mon fameux « Chacun sa mierda » entre en scène.

Parce qu’en fait, je m’en fiche. Et quand je dis que je m’en fiche, c’est que je m’en fiche.

Je suis peut-être cynique, mais je ne suis pas hypocrite.

Ils font bien comme ils veulent ou comme ils peuvent. J’écoute, je conseille quand on me sollicite, mais je ne vais pas tenir leur budget. Et j’aimerais que ce ne soit pas mes oignons, surtout quand il s’agit de renflouer.

Car sachant ce que je sais maintenant, même si j’avais pu les aider, je pense que je ne l’aurais pas fait.

Parce que je trouve complètement débile de mettre de l’argent dans le tonneau pendant que les robinets restent ouverts.

Quant à Toto, il y a de plus la question d’une éventuelle invalidité.

Mais se faire déclarer invalide lorsqu’on est au chômage, je ne sais même pas comment cela fonctionne administrativement parlant. Et même s’il y parvient, cela signifie une nouvelle baisse de revenus alors que Nana gagne environ 1 000 € par mois…

Ils vont se tirer une balle.

J’imagine qu’à ce moment-là, ce sera vraiment mes oignons.

 

MON BOULOT

LE moment charnière.

Celui où on se dit : « Bon. C’est aujourd’hui que je vais savoir si je continue à me battre ou si je commence à préparer mes cartons… professionnels. »

J’attendais ma fiche de paie de juillet avec fébrilité. L’an dernier, j’avais eu la surprise d’y voir une augmentation de 100€ sur mon brut, et dixit Lucette, la peau de vache de comptable, c’était le minimum d’augmentation pour tous, qu’il fallait vraiment être une brêle pour ne rien avoir.

J’attendais donc avec quelque impatience, car cette augmentation annuelle devait être mon baromètre.

Mon boulot, je le kiffe toujours autant. Toujours aussi varié. Toujours aussi stimulant intellectuellement. J’y fais des trucs qui n’ont souvent rien à voir les uns avec les autres, et c’est précisément ce qui me plaît.

En revanche, tout ce qu’il y a autour… le management, l’ambiance, les vitupérations régulières de ma boss, les horaires de pointeuse version cadre, tout ça, je le supporte de moins en moins.

Je m’étais donc dit une chose très simple.

Si, avec tout ce que j’ai donné cette année, ils reconnaissent mon implication avec une belle augmentation, je peux encore faire avec le reste. Sinon, basta.

Donc jeudi, le dernier jour avant les vacances, j’ouvre ma fiche de paie… Apparemment, je suis une brêle.

0 € d’augmentation.

Pas « pas assez ».

Pas « moins que prévu ».

Zéro. Nada. Niente. Que dalle.

Là, j’ai compris que ce n’était plus une question d’argent.

C’était un signal.

Après avoir tourné autour du bureau de ma boss pendant un temps ridiculement long — entre un fournisseur au téléphone, une collègue qui entrait, ressortait, re-rentrait (je soupçonne un complot cosmique) — j’ai fini par prendre mon courage à deux mains.

J’aimerais que vous m’expliquiez pourquoi je n’ai pas eu d’augmentation cette année.

Grands yeux.

Silence.

Je ne sais pas… Mince… Qu’est-ce qu’on a fait ?

Moi, je sais. Vous avez fait zéro.

Elle a bredouillé (pour une fois que c’est elle) qu’elle allait se replonger dans le dossier et qu’elle reviendrait vers moi.

En quittant son bureau, je lui ai simplement dit :

Parce que ça n’envoie pas un très bon signal pour moi…

Elle a hoché la tête.

Je comprends. Je vous dis ça.

Fin de la scène.

Rideau.

Je suis partie en vacances, je n’ai pas eu sa réponse.

OK, on verra ça à la rentrée. Si tu penses que je vais oublier, tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’au genou.

Même si très honnêtement, je ne suis même plus certaine que cela ait tant d’importance. Parce que le point de bascule, finalement, n’est peut-être pas sa réponse. C’est ce fichu zéro.

Cela a fait sauter quelque chose en moi.

Bref, je ne regarde plus les offres d’emploi. Je fonce dedans.

Et si cela doit être retour à Paris pour 3-4 jours par semaine, so be it.

***

AUJOURD’HUI

Plus de maquillage depuis début juin.

Parce qu’il faisait trop chaud, parce qu’il était dans les cartons, parce que j’avais autre chose à faire…

Bref, j’assume désormais ma tête de déterrée 24/7.

Et qu’est-ce que j’économise en démaquillant !

J’ai perdu du poids également dans l’affaire. Faut dire que j’ai traversé une période d’activité physique digne d’un bûcheron à l’entrée de l’hiver.

Il me tarde cependant de pouvoir investir ma salle de gym-danse. Quand il fera moins chaud et, surtout, quand j’aurai retrouvé mon avant-pied gauche.

Parce que pour faire des pointes…

Mes cheveux ont également bien poussé.

Bientôt, je vais pouvoir remettre des barrettes.

Tout arrive.

Ce qui n’a pas repoussé, en revanche, c’est mon compte bancaire.

Je suis comme qui dirait fauchée comme les blés.

Et une crevaison suivie du changement des quatre pneus est venue enfoncer un clou supplémentaire dans mon cercueil financier.

Sans compter qu’avec ma non-augmentation, je dois revoir mon budget à la baisse.

Oui, je suis quand même partie en vacances.

Et oui, financièrement parlant, j’aurais probablement dû annuler.

Mais mes dépenses ici sont minimes et j’ai — encore — un boulot avec un revenu fixe qui tombe à la fin du mois. Mon découvert va donc pouvoir se résorber avec le temps.

Surtout, mes grosses dépenses sont désormais derrière moi.

Il y en aura bien d’autres, évidemment.

Mais elles attendront des vaches plus grasses.

 

Et ces quelques jours ici me font un bien fou. Et ça, ça n’a pas de prix.

Quel plaisir de retrouver Miles et Joan !

Quel plaisir de marcher sur ma plage, de ramasser des coquillages, de respirer à pleins poumons… Même avec un métatarse en vrac, c’est cathartique.

J’allais dire que c’est le pied, mais bon.

Hier, concert de Vivaldi dans la petite église d’Arromanches.

Extraordinaire.

Et je me gave d’huîtres, de moules, de fish and chips, je découvre l’Espresso Martini — révélation ! —, je papote en anglais pendant des heures…

Il ne me reste plus qu’à voir mes amis Ukrainiens à Courseulles, probablement demain soir, et je serai comblée.

Oui. Ces quelques jours ont nourri mon âme et mon cœur.

Et après cette année harassante, ils en avaient grand besoin.

Parce qu’évidemment, au retour…

HAHAHA.

Le 13, le 14, le 16 et le 17 août : gros chantier dans le jardin avec Hector.

Débroussailleuse.

Tronçonneuse.

Élagueuse.

Broyeur.

Le tout avec la cinquième canicule de l’année — ou serait-ce la sixième ? — et des températures approchant les 40°.

Autant dire qu’on travaillera le matin à la fraîche et qu’ensuite, on rentrera sagement à l’ombre avant cuisson complète.

Puis il me restera, toute seule comme une grande :

  • la vitrerie complète du rez-de-chaussée à nettoyer enfin et, d’une façon générale, un grand ménage à la Monk ;
  • les rideaux à raccourcir puisqu’ils tombent actuellement devant les chauffages ;
  • la porte donnant sur le grenier à isoler ;
  • et le grenier lui-même à sécuriser contre les infiltrations dues aux tuiles disjointes, histoire de protéger les étagères en bois, la paperasse, les albums photos, ma correspondance depuis que je sais écrire et mon dressing en tissu avec mes manteaux d’hiver.

Voilà.

Et ce sera pas mal pour des vacances, non ?

     

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