Saison 1

REVOIR MA NORMANDIE

– Il fait beau, on va en Normandie ?

Tu ne crois pas si bien dire : aujourd’hui justement, nous étions attendues chez mes amis qui ont un Bed & Breakfast à Arromanches. J’ai annulé, la mort dans l’âme, car j’avais vraiment besoin de faire le point et de me ressourcer.

Vendredi 20 mars 2020 – CONFINEMENT J+4

A chaque grand tournant de ma vie, j’ai ressenti ce besoin irrépressible de me réfugier chez mes amis à Arromanches. On parle des heures devant l’énorme cheminée, en Anglais please, on rit, on pleure, sans jugement et les bras grands ouverts. Ça m’a toujours fait un bien fou, je repars à chaque fois rassérénée, plus légère.

Et j’aime l’endroit. Ce vieux corps de ferme qu’ils ont retapé de leurs mains pour loger dans la gigantesque grange cinq chambres d’hôtes dont la déco ‘6 juin 1944’ fait, sans doute aucun, de l’ombre au fameux musée à côté. Ainsi, le pied de la lampe de chevet est une cartouche d’obus, les casques des GI hébergent des géraniums, je soupçonne même qu’un des dessus-de-lit a été fait dans une toile de parachute…

J’adore leur porridge qu’ils arrosent généreusement de whisky, à 8.00 du mat ça débouche les sinus, j’adore les bières partagées avec les bikers anglais sur la grande table dans la cour, le char d’assaut sous le préau, Dyson le chat-aspirateur de miettes, avant lui Voldie le chat ‘has no name’ et par-dessus tout, leur incroyable hospitalité. Un petit quelque chose qui m’a toujours faite me sentir chez moi.

Une fois, je les avais aidés à remettre en route leurs chambres d’hôtes au printemps. Je me souviens de leur air ravi devant le résultat qu’ils avaient qualifié de ‘spotless’. Cette fois, ma maniaquerie aura eu du bon.

Je profite aussi de mon séjour pour marcher longtemps sur la plage. Je passe immanquablement sur celle de mon enfance à Saint-Côme, je retrouve MON rocher et parfois je m’y ouvre quelques huîtres en regardant les mouettes virevolter. Si la température le permet, je marche les pieds dans l’eau, je fais le vide dans ma tête et je me retrouve bien souvent à Ver-sur-Mer, à dix kilomètres de mon point de départ. La marée est alors montée et je dois prendre le chemin côtier pour rentrer.

J’ai alors un point de vue époustouflant depuis le promontoire en haut d’Arromanches où les couchers de soleil peuvent devenir tout simplement magiques.

J’aime aussi aller au marché de Bayeux, ce marché que l’on arpentait joyeusement le samedi matin avec mes frères et soeurs lorsqu’on était en vacances chez nos grands-parents. Un marché d’une fantastique diversité avec de grands maraîchers qui côtoient des petites mémés qui vendent les oeufs de leur unique poule et les fleurs du jardin, le charcutier spécialisé dans le porc de Longué, le cochon qui ressemble à un dalmatien, un peu plus loin les poissonniers dont les étals débordent de carrelets et d’huîtres de Saint-Vaast et surtout, but ultime de nos pérégrinations, les marchands d’animaux… Pas d’autruches ni d’éléphants, hein, mais des poules et des canards devant lesquels on s’extasiait comme des gamins des villes que l’on n’était pas, pourtant.

Un jour, une pièce de cinq francs en poche, on est partis acheter un poussin que l’on a baptisé Samedi. Un joli poussin bicolore tout mimi qui est resté avec nous bah une journée, le temps pour mes parents de le refourguer au boucher du coin… qui en a fait un poussin puis un poulet de compagnie qui dormait avec eux !

Et après le marché, j’aime aller à la cathédrale que je trouve plus majestueuse à chaque fois. Souvent aussi je me refais la tapisserie de la reine Mathilde que je connais quasiment par coeur et je termine par le coeur historique en remontant par les ruelles aux pavés d’époque.

Un vrai pèlerinage. Car s’il y a bien un endroit sur terre où je reviendrai toujours, c’est là.

J’aime les souvenirs qui se distillent au fur et à mesure de mes pas sur cette terre que j’ai sacralisée. Je me rends compte qu’il y a des odeurs que j’aime parce qu’elles me ramènent aussitôt respirées à cet endroit et à ce moment précis de ma vie où j’ai été la plus heureuse. L’iode, le varech, les galets chauds, la bouse de vache, le moisi dans les salles de bains comme dans celle de mes grands-parents où l’on mettait nos maillots de bain avant d’aller à la plage, les fuchsias, les hortensias et les roses anglaises du jardin suspendu chez mes grands-parents…

J’aime me rappeler de cette impression de bonheur absolu quand à dix ans tout m’enchantait et m’emplissait d’une joie secrète, d’une sérénité simple et douce… Un véritable trésor que j’ai chéri tout au long de ces années comme un phare étincelant dans la tempête qu’a pu être ma vie.

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1 avis sur “REVOIR MA NORMANDIE

  1. Ri

    Sacralisé, c’est le terme, mais pour de bonnes raisons. Vive le porridge d' » Arroamanches » et vive les souvenirs d’enfance !

    Réponse

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