Saison 1

MODUS OPERANDI

– Je peux laisser la deuxième tartine ? Ça me lève le coeur…

Dimanche 19 avril 2020 – CONFINEMENT J+34

Le système de collations n’aura duré qu’une journée. Ensuite, même devant un abricot sec et un biscuit, elle repiquait sur sa litanie ‘Pas faim/Pas bon/Nausées’. Et aujourd’hui, même le petit-déjeuner est sujet à caution.

Comme j’ai éliminé tout ce qu’elle a pu contester, elle ergote sur ce qui reste avec mauvaise foi :

1. La peau des tomates qui grattent la gorge.
2. Les graines des concombres qui sont indigestes.
3. La croûte du camembert qui est trop dure.
4. Le jambon qui a des nerfs.
5. Les cracottes qui se cassent.
6. La soupe qui est toujours la même.

Cela dit, je suis parvenue à discerner un schéma qui, selon moi, est plutôt une bonne nouvelle car maintenant qu’il est identifié, j’ai bon espoir d’arriver à le contourner : les ‘nausées’ arrivent au bout de trois bouchées, elles durent deux à trois minutes puis disparaissent et ma mère parvient à terminer son repas. Sans oublier de maugréer, toutefois.

Je m’empresse de le lui faire remarquer mais elle n’entend rien, bien sûr. Peu importe, moi je sais que je n’ai qu’à attendre que ça passe, comme c’est toujours passé, sans vomissement, sans évanouissement et sans besoin d’appeler le SAMU.

Même si je me sens un peu soulagée, ses comédies persistantes me portent toujours sur le système. Je devrais être imperméable, depuis le temps. Mais j’avoue : ça provoque toujours chez moi des explosions de colère que j’essaye de contenir de toutes mes forces, sans succès la plupart du temps. Qu’il me tarde qu’elle soit en EHPAD ! Que je puisse retrouver un semblant de paix intérieure car je déteste être une telle soupe-au-lait !

20.13. Un texto de Walter. « Comment vas-tu ? Confinée ? »

J’hésite. Ma première impulsion « Appelle-moi si tu veux avoir de mes nouvelles » retombe vite aux oubliettes car je la sais parfaitement inutile. Je finis néanmoins par lui répondre que je suis en enfer et je lui demande de ses nouvelles à lui.

Quand vais-je trouver le temps et la ressource de replonger dans cet énorme chapitre de ma vie ? Aurai-je le cran d’aller jusqu’au bout ?…

Je balaye d’un geste les pensées qui commencent à m’assaillir et je vais préparer mon dîner.

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