« Le cavernome (ou angiome caverneux) est un amas de petits vaisseaux anormaux, situé souvent dans le cerveau et prenant classiquement l’aspect d’une « mûre ». Les cavernomes peuvent saigner, entrainant plutôt une croissance du cavernome qu’une hémorragie cérébrale et sont responsables, dans certains cas, d’une épilepsie.
Il est toutefois exceptionnel qu’une hémorragie due à un cavernome cérébral soit importante et à l’origine du décès du malade. »
Bah si. Aussi exceptionnel qu’elle l’était.
Samedi 4 avril 2026
Lundi, l’horrible nouvelle : Zaza, la sœur de Nana, est décédée dans la nuit.
Hémorragie cérébrale, arrêt cardiaque, mort cérébrale. Aucun signe avant-coureur.
Elle était en train de ranger le lave-vaisselle quand elle a dit à son mari Félix : « Je ne me sens pas bien… », avant de s’écrouler en hurlant de douleur.
Deux heures plus tard, c’était terminé.
37 ans. Fuck.
La veille, samedi dernier, on avait passé la journée tous ensemble — Toto, Nana, les jeunes, Zaza, Félix et leur petite de 4 ans, Pépette — à vider le garage du frère de Zaza et de Nana, parti lui aussi en août 2023, et à emménager les jeunes dans leur nouvel appart.
Une journée éreintante, ponctuée toutefois de moments joyeux et de rires. Le soir à table, Zaza nous racontait, des étoiles plein les yeux, leur week-end en amoureux deux semaines plus tôt. Et moi de leur dire avec malice que c’était un avant-goût de leur voyage de noces qu’ils n’avaient toujours pas eu l’occasion d’organiser, 18 mois après leur mariage-surprise – où ils avaient invité tout le monde au seul baptême de Pépette.
Qu’elle était rayonnante, dans sa jolie robe blanche ce jour-là !
Elle avait enfin tout ce qu’elle avait toujours voulu dans la vie : un mari aimé et aimant, une magnifique poupée, une belle maison, un boulot qui lui plaisait…
Une femme simple, contente d’un rien, d’une profonde gentillesse et d’un enthousiasme pour la vie à toute épreuve. Elle savait pourtant qu’elle avait cette épée de Damoclès sur la tête, depuis quasiment sa naissance, mais cela ne l’a pas empêchée de construire sa vie, et d’aimer cette dernière à la folie.
On lui avait même fortement recommandé de ne pas mener sa grossesse à terme, à cause des risques d’hémorragie cérébrale lors de l’accouchement. Mais son désir d’enfant était plus fort que tout. Et sa petite aujourd’hui est là, magnifique.
Quelle horreur de devoir dire à une enfant de 4 ans qu’elle ne reverra plus jamais sa mère.
Quelle angoisse d’appréhender la suite sans cette partie de soi qui disparaît aussi brutalement.
Quel courage a Félix, son mari, pour faire face à tout ça sans vaciller. Pour la petite.
Moi, mon chagrin est immense aussi. Encore maintenant où j’écris ces lignes, je ne peux m’empêcher d’être touchée au plus profond de moi. Elle n’était pas de ma famille au sens propre du terme, mais c’était tout comme. J’avais toujours grand plaisir à la voir, j’aimais sa placidité, sa simplicité et son sourire prompt.
Je regarde le magnet Masque de Carnaval sur mon frigo… Elle me l’avait ramené de leur week-end à Venise, le fameux week-end où Félix l’a demandé en mariage. J’avais d’ailleurs gardé Pépette qui avait alors 2 ans, lorsque j’étais encore sur Paris.
Oui, je pense à elle quasiment en boucle depuis lundi.
Je pense aussi à Nana, la seule survivante désormais de sa famille. La mère est partie d’un arrêt cardiaque en juillet 2020, deux mois avant Maman. Le frère, devenu dépressif alcoolique depuis, est tombé dans ses escaliers et s’est ouvert le crâne en août 2023. Le père, qui ne s’en est pas remis, est mort d’une pneumonie mal soignée à Noël 2024. Et aujourd’hui, la sœur, dans cette tragédie qui nous laisse hébétés de douleur.
Une famille décimée. Comme une malédiction.
Les obsèques auront lieu samedi prochain.
Je n’ai pas intérêt à oublier mon stock de Kleenex.
10.30. Bon, il faut que j’organise toutes les infos que j’ai pu collecter ces derniers quinze jours au sujet de ma future maison, dont je signe l’acte de vente chez le notaire le 5 mai prochain. Dans un mois, quoi.
Ainsi, l’assurance, l’électricité, l’eau, internet, mon préavis, et j’ai fait le point sur place hier soir avec Raoul sur les travaux. Tout se précise, donc. J’ai hâte. Hâte que tout soit fini, en fait. Bon, je savais que cela allait être du sport que de jongler avec un boulot qui me laisse exsangue sans beaucoup de ressources pour faire autre chose, des travaux qui, même s’ils ne représentent pas un gros chantier, doivent être supervisés, et un déménagement-emménagement qui s’annonce épique si je compte les paires de gros bras que je n’ai pas pu (su) rallier…
Sans compter la fibromyalgie qui se rappelle à mon bon souvenir. Et mon chagrin actuel qui me donne juste envie de m’enterrer aux fins fonds de mon lit.
Oh et puis non. Je n’ai pas le droit.
Je suis vivante, bordel de merde.
Allez, hop hop hop je me secoue.
En hommage à toi, Zaza.

