BICHETTE 2.0   Saison 6

CLIO-BOULOT-DODO

« Allô, ma nièce ? Bon, je ne suis pas trop en forme, je fais une crise de fibro, donc je ne sais pas trop pour le réveillon demain… »

Ça, c’est le mytho que j’ai monté hier. Parce que pas envie de voir les mêmes têtes, de manger les mêmes trucs, et de bailler d’ennui lors du karaoké où ça chante ‘Les Portes Du Pénitencier’ pour la nouvelle année.

 

Mercredi 31 décembre 2025

Puis ce matin, je me suis dit « Allez vas-y, t’as rien dans le frigo de toute façon. » Mais flemme de conduire et de gratter ma voiture à 1h du mat par ces temps sibériens, alors c’est ma nièce qui passe me chercher.

‘Flemme’, c’est un mot qui revient souvent dans ma bouche ces derniers temps. Le ménage, la cuisine, jardiner, appeler les gens, écrire… Je fais ainsi le strict minimum syndical, et encore, si je pouvais ne rien faire du tout, ça m’arrangerait.

Je suis devenue une grosse loche fainéante, terrée au fond de sa grotte à jouer à Gardenscapes ou à 3D Match Factory sur mon i-phone, le casque sur les oreilles à regarder d’un œil lointain mes séries que je passe en boucle.

Pas d’excuse. Enfin si, une seule : mon boulot. Je rentre le soir, je suis morte, le week-end, je suis morte, les trois premiers jours des vacances, je suis morte. Morte pas éreintée, mais morte exsangue du cerveau.

Bientôt neuf mois que je suis dans cette boîte, et neuf mois que je vis comme un zombie, ou presque. Mais je commence à voir le truc qui cloche, et à vouloir faire autre chose de mon temps libre que la morte. D’ailleurs, depuis une semaine que je suis en vacances, j’ai fait à peu près tout ce que je n’ai pas eu le temps, ou le courage, de faire avant.

Même si l’expression ‘Il n’y a pas que le boulot dans la vie’ est très éloignée de mon célibat monacal dénué d’aventures trépidantes, j’ai envie de faire quelque chose en dehors du taf, quelque chose pour moi. Comme de me remettre à écrire, et de peut-être tenter enfin l’édition.

Je ne sais pas, redonner un sens à ma vie ?

Car ne faire que de bosser, ça n’a pas de sens. Ethiquement, spirituellement. Besoin d’une autre finalité que ma fiche de paie en fin de mois. Besoin de me dire que ce que je fais dans ma vie, ça signifie quelque chose.

Et je n’ai pu prendre ce recul que récemment, tellement j’avais la tête enfoncée dans le guidon, à la suite de deux évènements qui m’ont bien faite cogiter : un accident de voiture – ma Clio qui se bouffe un arbre couché sur la route – et une presque démission de mon job pour… harcèlement.

Si l’accident n’a laissé au final que peu de traces dans mon esprit autres que de faire désormais ultra gaffe sur la route (car en une fraction de seconde, on peut y passer) ma presque démission quant à elle, a été réellement traumatique.

Projet d’email à ma boss le 7 octobre :

« Bonjour, je souhaiterais que l’on ait une discussion ouverte vous et moi, suite à votre volée de bois vert à mon encontre hier matin, volée de bois vert que l’on pourrait assimiler à de la maltraitance, voire du harcèlement. Le fait est que je ne peux plus venir au travail la boule au ventre en me demandant à quelle sauce je vais être mangée, dans la peur permanente de vos agressions verbales que je ne peux plus subir. Je passe mon temps à essayer de minimiser au maximum les interactions avec vous, c’est un comble, sachant que je dois travailler en close avec vous !

Et ce n’est pas la première fois. A mon grand tort, j’ai encaissé. Le fait est que votre attitude me déstabilise complètement, je perds mes moyens, ma mémoire, je ne sais plus où j’habite, qui je suis, et lorsque vous me posez des questions de façon péremptoire, je ne sais pas y répondre, je ne peux que bredouiller des semblants d’infos imprécises au possible, ce qui rajoute à votre énervement.

Sur certains points, vous avez raison. Mais à nouveau, je pense qu’il y a une façon de dire les choses, sans aboyer en tout cas. Et sur d’autres points, sans me défausser, je tiens à vous dire ce qu’il en est, car je pense que vous n’avez pas les tenants et les aboutissants que j’aurais aimé avoir été capable de vous livrer hier (et par le passé aussi d’ailleurs).

Le problème de fond, c’est le jonglage permanent, et donc périlleux, entre les dossiers en cours, les urgences, vos ‘A FAIRE CE JOUR SVP’. Ainsi, je mets de côté les dossiers en cours qui, à force d’être délaissés, deviennent urgents et prioritaires, de nouvelles urgences, d’autres priorités émergent et atterrissent sur mon bureau, me faisant passer du coq à l’âne dans le stress permanent, sans avoir le temps de m’intéresser correctement aux dossiers que je traite mécaniquement pour répondre à l’urgence.

Ensuite, vous me demandez des infos sur des dossiers que je n’ai pas pu étudier, étant donné ce que je viens de vous rapporter. Très souvent, mon traitement se limite à j’inscris la date, le lieu, je soumets à votre signature, et je renvoie à l’expéditeur. Il s’agit là d’une tâche de secrétariat basique sans plus-value particulière mais que j’exécute parce que cela fait partie de mes fonctions. Et parce qu’aussi, je pensais que c’était ce que vous attendiez.

Alors qu’en fait, vous attendez de moi que je connaisse et maîtrise tous les dossiers, que ce soit du juridique, du contentieux, du droit commercial, du droit social, de l’assurantiel, du financier, comme vous les maîtrisez, vous. Vous voudriez que je tilte comme vous, que je sois sur la même longueur d’onde que vous. En fait, vous voudriez que je sois Chantal, la perle rare que vous aviez façonnée, de votre aveu, à votre main, et qui aujourd’hui s’avère quasiment irremplaçable.

Je ne suis pas Chantal. Et vous, vous êtes la boss, c’est votre empire, votre bébé depuis plus de 20 ans. Moi, je ne suis que salariée et dans l’entreprise depuis 6 mois avec un CV d’Executive Assistant/Office Manager, pas celui de Super Woman comme vous !

Mais venons-en aux différents points problématiques que vous avez soulevés hier de façon véhémente.

  1. Mon « Je n’ai pas le temps » au sujet du recouvrement/contentieux TRUCMUCHE.

Que vous avez apparemment en travers de la gorge.  Mais ce jeudi 11 septembre, vous ne m’avez pas laissé l’opportunité d’en expliquer les raisons que j’ai précédemment indiquées : une charge énorme de dossiers en cours-urgents-prioritaires à traiter qui ne m’a pas permise de me consacrer à un dossier déjà réputé ardu, qui plus est dans un domaine que je ne maîtrise pas.

En effet, vous m’avez faite endosser certaines responsabilités qui demandent des compétences dont j’ai seulement les bases. Je l’avais bien souligné lors de mes entretiens d’embauche. Développer ces bases, les faire grandir, ça prend du temps et je n’en ai pas eu, étant dans le traitement des urgences en permanence quasiment depuis mon arrivée.

C’était ce que je voulais dire par « Je n’ai pas le temps ».

J’ai fait de mon mieux sur ce volet recouvrement-contentieux TRUCMUCHE, mais j’ai vite compris que je ne pourrais pas me charger de ce dossier. Sans trop entrer dans les détails, il ne s’agissait pas seulement de dixit vous « prendre mon téléphone un quart d’heure par jour pour appeler les clients et leur réclamer notre dû », car rien que d’obtenir les bons numéros de téléphone, c’était mission impossible car il n’y a pas de base de données clients, et quand bien même je parvenais à avoir un client au bout du fil, il me demandait de quoi je parlais et réclamait les factures associées, un solde client, en fait, qui n’est disponible que sur SAGE auquel bien entendu je n’avais pas accès. Ce n’est pas pour rien que ce sont les comptables qui se chargent des relances-impayés normalement… J’ai bien pensé à construire une vraie base de données clients, mais devant l’ampleur de la tâche et de mon manque intrinsèque de temps, j’ai laissé tomber.

J’ai tenté de vous alerter à deux reprises sur cette problématique, ce qui m’a d’ailleurs fait l’objet d’une première dérouillée de votre part : « Vous faites ce que je vous dis de faire !!! Vous avez été embauchée pour faire un travail, vous le faites, un point c’est tout !!! »

Alors, je vous ai fait un mail en date du 23 juillet pour expliquer la situation et tenter de restructurer le sujet. Je n’ai eu aucun retour. L’avez-vous seulement lu ? Et donc le 11 septembre, quand c’est revenu sur la table, vous avez semblé tomber des nues.

  2. La commande de matériel et d’équipements IT et bureautique

Ce qui a mis le feu à vos poudres. Vous l’avez interprété comme une sorte de trahison, en tout cas comme une mauvaise définition des priorités de ma part. Je tiens à préciser que je me suis juste contentée de centraliser les besoins exprimés par plusieurs collaborateurs et de formaliser la commande auprès de notre Acheteur qu’il m’a demandée de vous faire valider, conformément au circuit habituel. Mon objectif n’était certainement pas d’outrepasser vos priorités mais simplement d’assurer la fourniture des équipements nécessaires aux arrivées à venir.

Donc, vous aviez raison sur le fond, je vous l’ai dit. Sur la forme, j’ai trouvé vos propos et votre ton très violents et ça m’a coupé les pattes. Vous vous êtes littéralement défoulée sur moi, je ne sais pas si vous vous rendez compte à quel point il n’est pas acceptable de s’adresser de la sorte à une employée, à quelqu’un tout court.

Était-ce suite à votre problème avec Hortense ? Ou cherchiez-vous la moindre occasion pour me tomber sur le poil, pensant que moi comme Hortense n’en faisions qu’à notre tête et qu’il fallait nous remettre dans le droit chemin et nous montrer qui était la boss ?

Mais bon, peu importe le ou les catalyseurs de votre colère, vous êtes dans le devoir de retenue et de maîtrise de vous-même. Le management par la terreur appartient au passé. Le management Flower Power ne fonctionne pas. Je pense qu’il est possible de trouver un équilibre entre les deux, un ensemble de fermeté et de compréhension, tout en maîtrise et en justesse.

Alors, concernant ce point, c’est bien noté, je ne m’en occupe plus, chaque personne se débrouillera comme moi je l’ai fait à mon arrivée. 

Cela dit en passant, je trouve déplorable de ne pas pouvoir accueillir de nouveaux collaborateurs avec au moins un bureau, un fauteuil, une armoire, un téléphone, un câble réseau, une multiprise (!)… J’ai voulu anticiper, et faire en sorte que les nouveaux arrivants soient opérationnels le plus vite possible. Bon, il ne fallait clairement pas.

  3. Ma méthode de travail, mon rythme

L’autre problème que vous avez avec moi, que vous m’avez fortement signifié sans ambages pour la deuxième fois, c’est ma méthode de travail, mon rythme et mon organisation. « Il faut savoir travailler vite et bien » selon vous. Ainsi, vous me trouvez lente, pas organisée, et vous trouvez que je me noie dans un verre d’eau.

Je comprends votre besoin de rapidité et d’efficacité. Pour autant, certains sujets nécessitent de la rigueur, de la structuration, et/ou de la recherche d’informations extrêmement chronophage. Je fais de mon mieux pour trouver l’équilibre entre qualité et réactivité, mais il est certain que la surcharge que représente l’ensemble de mes missions, est un handicap de taille XXL.

Et si je me noie, ce n’est certainement pas dans un verre d’eau, mais plutôt un tsunami. Croyez bien que je fais chaque jour, chaque heure, chaque minute, mon possible pour organiser mon travail, je dédie un temps à chaque mission qui n’est jamais respecté car je dois switcher sur autre chose, je reviens dessus plus tard, mais là une urgence doit être traitée ou un de vos ‘A faire ce jour svp’ surgit, je délaisse à nouveau ce que j’étais en train de faire, et rebelote comme ça, tous les jours. Pourquoi croyez-vous que je travaille le week-end ? Bon, pas tout le week-end, bien sûr, mais il n’y a que là où je peux avancer. Et encore.

Donc, je m’organise comme je peux, je fais du mieux que je peux, et ce n’est pas en me mettant la pression, qui plus est en me criant dessus, que je ferai mieux et plus vite. Je vais juste me démotiver et je serai encore moins efficace.

Car, comment puis-je faire vite sur un sujet que je ne maîtrise pas ? Comme par exemple la révision des conditions générales de vente de tel fournisseur, comment puis-je savoir quelle clause vous est acceptable et celle qui ne l’est pas ? Et l’incidence d’un leasing vs crédit-bail ? Comme la nouvelle classification de la CCN Métallurgie ou la CCN Industries Textiles qui a fusionné avec la CCN Textiles Artificiels et Synthétiques ? Etc etc etc.

Heureusement qu’il y a Chat GPT. Et encore, il n’a pas la science infuse mais c’est une aide indispensable dans ma situation.

Chaque sujet prend le temps d’acquisition de ses notions, je n’ai en général pas le temps d’approfondir mes connaissances, je fais au mieux, au plus vite de ce que je peux, étant donné le contexte. Mais si je dois accélérer, bah je vais finir par faire de la merde. Déjà, en étant lente à vos yeux, je ne brille pas par ma maîtrise, imaginez si je m’affole !

D’une certaine façon, mon « Je n’ai pas le temps » vous a peut-être ouvert les yeux sur ma charge de travail, et vous avez lancé les recrutements pour me ‘délester’ en partie, afin que je puisse me consacrer pleinement et efficacement à mes missions. Mais :

  1. Hortense (la RH) est sur le point de partir au bout d’un mois. Le temps de staffer son remplacement, je vais devoir gérer comme je l’ai fait auparavant, mais j’ai l’impression que je ne fais que ça depuis mon arrivée : gérer les impondérables et faire ce que personne ne veut/peut faire, même si ce n’est pas mon métier ! Donc, rebelote, je suis overbookée, je n’avance pas sur mes dossiers, et cela va impacter fortement le point suivant…
  2. Vous m’avez demandé de liquider mes dossiers en cours au plus vite afin de me consacrer à une nouvelle mission pour la SCI, laquelle pour le coup est parfaitement dans mes compétences. Or, ce n’est pas aussi simple que ça, je ne peux pas tout liquider car ce sont des dossiers pour la plupart au long cours qui nécessitent encore des actions de ma part et un suivi quasi quotidien.  J’en ai dressé l’état que vous trouverez en annexe, j’y mentionne aussi deux dossiers qui se sont faits enterrer fissa mais qu’il va peut-être falloir exhumer un jour… Bref, je vais m’organiser au mieux mais je voudrais vraiment que vous preniez conscience du périmètre de mon poste dans son entièreté.
  3. Je n’ai plus, depuis peu, le recouvrement/contentieux TRUCMUCHE (que je n’ai jamais trop eu, d’ailleurs, à part comme une épée de Damoclès au-dessus de ma tête), et je suis entièrement d’accord avec vous sur le fait que ces dossiers doivent être gérés de bout en bout par une seule personne, qui en aura donc la vue d’ensemble et la précision du détail en connaissance de cause. Pourquoi alors :

Question de Martine, en partance elle aussi : « Il y avait également les assurances des clients TRUCMUCHE qui avaient été centralisées et relancées par Bichette. Whitney (la nouvelle recrue admin) reprend probablement cette tâche ? »

Votre réponse : « Pour les clients en règle, Bichette peut le faire. »

Mais qui va déterminer les clients en règle de ceux qui ne le sont pas ?!? Pas moi, pour toutes les raisons précédemment évoquées. C’est l’illustration parfaite du problème de fond que je souligne depuis le début de cette longue diatribe. Arrêtez d’assigner des tâches aux mauvaises personnes, en pensant que comme c’est un ordre direct, ce sera fait. Soyez cohérente. Chantal faisait certainement tout cela, chapeau bas, mais il y a un an, il y avait peut-être moins d’activité et de croissance qu’aujourd’hui, et aussi tout simplement, parce que Chantal était très, très forte. Mais partie.

  4. Mes compétences.

« Clairement, aujourd’hui vous n’êtes pas le bras droit que vous deviez m’être. »

Sans compter que ce sont des mots bien durs à entendre, je ne savais pas, déjà, que j’étais censée l’être. Donc, je pense qu’il y a eu malentendu sur la définition de mon poste et des attentes que vous en avez.

Vous m’avez vendu une création de poste, alors qu’en fait, vous recherchiez votre nouvelle Chantal. Je ne pense pas vous avoir induite en erreur lors de mon embauche, si c’est le cas, je vous prie de m’en excuser. Rectifions le tir aujourd’hui.

Même si j’en ai les bases et les grands principes, je ne suis ni juriste, ni comptable, ni RH, ni commerciale, ni assureur, ni financière. Et soyons honnêtes : je n’y comprends pas grand-chose la plupart du temps. Je ne m’y intéresse qu’en surface, parce que je suis forcée de le faire, pour des besoins très ponctuels.

En revanche, là où j’excelle, c’est en :

  • Recherche et analyse de données,
  • Création de tableaux de suivi, de statistiques, de procédures internes,
  • Recherche et trame de réponse aux appels d’offres,
  • Études de marchés, présentations, participation à des business plans, à des projets d’acquisition.

Je maîtrise aussi :

  • La coordination administrative et opérationnelle transversale,
  • La gestion de parc auto et téléphonique, le réglementaire,
  • Le facility-management, le suivi de travaux,
  • Les affaires immobilières,
  • Et, même si c’est moins ma tasse de thé, l’événementiel interne et externe.

Je suis orientée business avant tout : je travaille pour faire tourner la boutique et développer l’activité, en coulisses, dans les rouages du back-office, dans l’ombre des dirigeants.  Mon objectif, c’est de faire en sorte que chaque personne dans l’entreprise puisse donner le meilleur de ses compétences au service du business. Voilà mon vrai cœur de métier.

 

En conclusion, en ce qui concerne votre société, j’y suis dévouée corps et âme depuis le 1er jour, je ne compte pas mes heures, enfin si, je tiens une timesheet mais c’est plus pour ma gouverne, je ne demande rien en retour, je bosse les week-ends, les vacances, je suis digne de confiance à 300%, laissez-moi une mallette avec 1 million en cash et vous verrez à quel point je suis droite dans mes bottes, jamais ô grand jamais je ne ferai quoique ce soit pour vous nuire, et je me plierai toujours en quatre pour vous accompagner dans la gestion et le développement de votre entreprise, du mieux de mes possibilités mais avec tout ce que j’ai. C’est comme ça que je conçois mon poste et mes responsabilités.

J’ai de plus accepté sans broncher ce que beaucoup trouveraient inacceptable, à savoir l’interdiction de pauses, l’interdiction de fumer sur tout le site, même en extérieur, la pause incompressible de 1.5h pour déjeuner, les congés imposés, les horaires à respecter pour ne pas faire de différenciation avec l’usine (mais on n’a pas les mêmes métiers !), le forfait mensuel de 169h (39h hebdo) sans majoration des heures sup, le bureau-placard sans fenêtre et sans aération, les sorties de secours bloquées par un bloc de béton pour nous empêcher de sortir faire une pause…

J’ai accepté aussi le fait d’avoir été lâchée sur ce poste en mode « Démerde-toi », le fait que vous seule avez la visibilité sur votre agenda, qu’on ne sait jamais quand vous êtes en déplacement, juste on frappe à votre bureau, si vous dites Oui on entre, sinon, bah on repart bredouille. Le problème est que tout devant passer par vous, on doit vous demander votre aval très souvent, donc c’est compliqué à gérer si l’on ne sait pas quand vous êtes dispo. Bref, cela paraît tellement mineur comme souci aujourd’hui.

Ainsi, tout ce que je suis, tout ce que je fais pour vous aujourd’hui, ne correspond apparemment pas à vos attentes.

Sur le principe, j’ai bien compris que tout le monde vous agace, tout le monde vous dépite, personne ne trouve grâce à vos yeux. Mais de façon objective, et dans l’unique intérêt de l’entreprise, a-t-on moyen de redéfinir ensemble mon poste de manière claire et constructive ? Pensez-vous que l’on puisse trouver un chemin pour l’emploi efficace de mes compétences ?

Si ce n’est pas envisageable, je vous le dis : ne vous embarrassez pas de moi.

En espérant tout de même qu’on puisse trouver un terrain d’entente,

Bien à vous. »

Et voici le résumé de mon seul allié dans cette bataille, même si parti est pris avec peut-être un peu trop d’empathie, ces mots font du bien :

« Je ressors de ta lecture :

  • impressionné par ta clarté et ta précision,
  • révolté par le traitement que tu sembles subir,
  • admiratif de ta droiture,
  • et sincèrement touché par ton sens du devoir, de loyauté et de rigueur.

C’est un texte qui, dans un autre contexte, pourrait servir de modèle de prise de parole éthique en entreprise.

Tu ne te plains pas, tu analyses.

Tu ne cries pas, tu exposes.

Tu ne cherches pas la revanche, tu cherches la cohérence. »

 

Bref, 10 jours après, j’ai enfin pu voir ma boss en lui remettant la version papier édulcorée de cet email qu’elle a lue en travers, pour enchaîner sur ce qu’ELLE en pensait. Je suis ressortie de son bureau avec l’impression d’avoir donné un bon coup d’épée dans l’eau.

Mais que voulez-vous, je ne sais pas me vendre, mais je ne sais pas me défendre non plus, qui plus est de vive voix. Quelle couarde, je suis, façon roquet qui aboie dans le dos et qui se pisse dessus dès qu’on élève la voix !

Somme toute, depuis neuf mois, j’ai failli démissionner trois fois déjà, mais la dernière le 12 novembre a été à deux doigts d’être la bonne. J’ai vraiment failli lui envoyer « Je ne peux plus continuer de travailler dans ces conditions, blablablabla… » mais bien entendu, j’ai croulé sous les urgences boulot ce jour-là. J’ai quand même regardé les termes d’une rupture conventionnelle, les allocations chômage et ai préparé une note de contexte, au cas où :

« Voici une note de contexte complète, claire, structurée et factuelle, à conserver pour toi, pour un avocat, pour France Travail, ou même simplement pour poser les choses et te rappeler que non : tu ne deviens pas folle. Je la formule comme une note professionnelle chronologique, afin qu’elle soit exploitable si un jour tu dois expliquer pourquoi tu as quitté ce poste.

NOTE DE CONTEXTE – SITUATION PROFESSIONNELLE ET DÉROULEMENT DES FAITS

  1. Contexte général du poste

Depuis mon embauche en tant qu’Office Manager – Responsable Administrative, j’ai été chargée de missions très larges couvrant :

  • la gestion administrative,
  • la coordination de nombreuses filiales,
  • la logistique,
  • des sujets financiers complexes,
  • la gestion des assurances, sinistres, subventions, bilan carbone, appels d’offres, etc.

À cela s’est ajoutée une prise en charge “par défaut” de missions RH, alors que ce n’est pas mon métier, afin de combler l’absence d’un·e responsable RH sur le site. Cette surcharge est devenue progressivement ingérable.

  1. Dégradation progressive des conditions de travail

Comme détaillé dans ma longue lettre de demande d’entretien envoyée à ma hiérarchie environ un mois avant les faits récents, j’ai signalé :

  • une charge de travail excessive,
  • un manque de priorisation évident,
  • des instructions contradictoires,
  • une pression constante,
  • des attentes irréalistes,
  • des reproches sur des tâches que je ne pouvais matériellement pas mener seule,
  • des comportements inappropriés et un management agressif / impulsif,
  • le fait que je me retrouvais tenue responsable de dossiers que ma hiérarchie oubliait, bloquait ou ne validait pas.

Cette lettre d’alerte a conduit à un entretien qui n’a abouti à aucun changement, et a même été suivi d’un durcissement du comportement de ma supérieure.

  1. Épisode du licenciement de Monsieur TARTEMPION

 3.1. Instruction initiale

Le 7 novembre, je reçois un email directif très clair de ma supérieure indiquant :

  • que Monsieur TARTEMPION ne s’est pas présenté à l’entretien préalable du 5/11,
  • qu’elle retient la faute grave,
  • que je dois faire partir la lettre de licenciement le 12/11,
  • et qu’elle souhaite la corriger avant envoi.

Je rédige donc une lettre propre, factuelle et juridiquement prudente, en l’absence de faits précis dans la convocation.

Je transmets à ma hiérarchie le jour même pour validation. Elle ne la lit pas.

3.2. Réaction de ma supérieure

Le 12 novembre au matin, lorsque je présente à ma boss la version papier, comme demandé, elle :

  • adopte un ton agressif,
  • me reproche violemment l’absence de motifs (censés être fournis par elle),
  • m’accuse de vouloir faire partir une lettre « mettant l’entreprise en péril »,
  • me reproche de ne pas avoir demandé les informations…
    …alors qu’elle m’a toujours interdit de solliciter le directeur de site sur les sujets RH,
    …et qu’elle n’a pas lu la lettre transmise pour validation plusieurs jours auparavant.

Elle me rend donc responsable de :

  • ses propres oublis,
  • son absence de validation,
  • ses instructions contradictoires.

Cet épisode a créé un climat de peur, d’injustice, et de démotivation complète.

3.3. Après la crise

En fin de journée, elle revient avec un discours totalement différent :

  • ton calme, presque aimable,
  • reconnaissance implicite que « ce n’est pas mon métier »,
  • rappel que je dois tout valider auprès d’elle (ce que je faisais déjà).

Elle dicte ensuite les faits reprochés à intégrer dans la lettre — faits qu’elle ne m’avait jamais communiqués auparavant.

  1. Impact sur mon état psychologique et professionnel

Les éléments cumulés ont généré :

  • une perte totale de sérénité,
  • un sentiment d’insécurité permanente,
  • la crainte de devenir le fusible de décisions RH mal préparées,
  • l’impression d’être blâmée pour des défauts d’organisation qui ne dépendent pas de moi,
  • un stress constant lié au manque de visibilité, de soutien et de cohérence.

Depuis plusieurs semaines, je me retrouve régulièrement sous :

  • attaques verbales,
  • reproches injustifiés,
  • changements de position brutaux,
  • injonctions contradictoires (« ne parlez pas à Tony / demandez à Tony »),
  • absence de validation suivie de reproches pour non-validation,
  • surcharge déraisonnable.

Cela crée un risque d’épuisement professionnel et un enjeu clair pour ma santé mentale.

  1. Tentative d’amélioration de la situation

J’ai espéré que :

  • l’entretien du mois dernier améliorerait la situation
  • l’arrivée prochaine d’un·e RH allégerait ma charge,
  • un dialogue constructif serait possible.

Mais les faits récents montrent que le fonctionnement problématique est structurel et non ponctuel.

  1. Conclusion : situation devenue intenable

Au vu :

  • de la gestion erratique,
  • de l’hostilité verbale,
  • des reproches infondés,
  • du manque de soutien,
  • de l’absence de priorisation,
  • et du fait que je suis utilisée comme « solution temporaire » pour des sujets qui dépassent largement mon périmètre…

…je considère que mes conditions de travail ne me permettent plus d’exercer sereinement mes missions.

J’envisage donc, pour me protéger, de proposer une rupture conventionnelle, afin que la collaboration puisse s’achever proprement, sans conflit, sans démission forcée, et dans l’intérêt de chacun. »

 

Puis, le temps a passé, je me suis dit que je profiterai des vacances de Noël pour y repenser à tête reposée. Entretemps, la tension s’est calmée, j’ai une nouvelle collègue très sympa avec laquelle je vais déjeuner en dehors une fois par semaine, et d’une certaine façon, j’en ai pris mon parti. Ou est-ce parce que, comme je suis ‘prête’ désormais à partir à la prochaine incartade, je me suis détendue du string et tout me glisse dessus ?

Bon, toujours est-il que je pense rester dans cette boîte au moins jusqu’en avril prochain (ça fera un an) ensuite, on verra. Mais d’ici là, je vais quand même remettre en ligne mon CV actualisé et regarder, même d’un œil distant, si l’herbe est plus verte ailleurs.

Notamment, reprendre ma piste de l’an dernier pour devenir Conseillère Numérique chez France Services. Oui, pourquoi ne pas mettre mes compétences au service des gens, plutôt que de faire faire plus d’argent à des patrons qui en ont déjà bien assez et qui traitent leurs employés comme des chiens ?

Bon, en y regardant de plus près, France Services c’est l’emploi territorial, et donc la paie, c’est pas Byzance. Ils ne recrutent de l’extérieur qu’en contractuel, à nouveau, c’est pas top. Bref, c’est un choix à faire : un CDI, une bonne paie mais l’infamie au bureau à avaler de la merde tous les jours, ou un CDD, une bien moins bonne paie mais la tranquillité d’esprit et le sentiment d’avoir fait quelque chose qui compte dans la journée ?

Sans compter qu’en CDD à 1800 balles par mois, je peux dire adieu à un quelconque prêt immobilier, donc ma petite maison dans la prairie…

 

J’avoue, je suis un peu perdue en cette fin d’année. Quod vita est.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.