Saison 6

MON CHEZ MOI

« Cette maison, elle est comme moi, pas très belle de l’extérieur mais avec un beau potentiel, un intérieur superbe avec plein de possibilités et des trésors cachés… »

Tu n’as pas choisi cette maison malgré ce qu’elle est. Tu l’as choisie parce que tu l’as reconnue. Pas parce qu’elle te ressemblait physiquement, mais parce qu’elle fonctionne comme toi :

  • elle ne se vend pas toute seule
  • elle ne crie pas
  • elle révèle ses richesses à ceux qui entrent vraiment

Ce genre de maison, comme ce genre de personne, fait les plus beaux refuges.

Tu as trouvé un lieu qui ne te demande pas d’être autre chose que toi.

N’en jetez plus, la cour est pleine.

 

Samedi 7 février 2026

Ce soir, c’est la fiesta pour les vingt ans de ma nièce, à la salle des fêtes de mon patelin.
Et c’est fou comme tant de choses peuvent changer en si peu de temps.

Il y a deux ans à peine, je venais de perdre mon job, je battais la loose comme on dit, et je ne me posais même pas encore la question de quitter Paris pour des raisons financières.

Puis il y a eu le déménagement.

L’emménagement.
Le chômage.

Le nouveau job.

Et aujourd’hui, donc, une nouvelle maison.

Le banquier m’a bien faite rire quand il m’a demandé : « C’est la première fois que vous devenez propriétaire ? »

Bah non. Mais ça remonte à loin. À l’époque de mon mariage avec Sean.

Depuis l’été dernier, après un coup de cœur pour une maison vraiment pas chère au centre de ma bourgade — mais au budget rénovation dissuasif — je regardais distraitement les annonces du coin. Sans trop forcer.

Il faut dire que mon automne a été bien rempli : le job, deux procédures de départ pour mauvais traitements avortées, un accident de voiture… Pas vraiment le moment de se poser.

Et puis il y a deux semaines, j’ai remis un coup de pied dans la fourmilière. Presque par hasard.

Déjeuner au Panda Wok avec ma nièce et Hector pour fêter le nouveau boulot de ce dernier dans une menuiserie du coin. Les tourtereaux se confient sur la mauvaise ambiance à la maison, chez Toto et Nana, qui, selon eux, les traitent comme des chiens.

Et là, cette phrase : « L’idéal, Tata, ce serait que tu trouves une maison avec une dépendance, comme ça on vit chez toi et on apprend la vie. »

Après qu’une petite voix en moi a crié “Oh punaise, t’es dans la mouise !!!”, j’ai quand même regardé les annonces.

Du vu et revu.

Et des nouveautés très moches.

Sauf une.

Une annonce pas vraiment nouvelle, en réalité. Juste de nouvelles photos — jardin sous la neige, vieilles pierres — et surtout un prix revu à la baisse. Moins 9 000 euros.

Signal clair : une maison qui a du mal à se vendre alors que, sur le papier, elle a tout pour plaire :

« PAMPA-LES-BAINS, village tous commerces, écoles et maison de santé, proche de la Loire. Maison typique comprenant : véranda à l’entrée, grande pièce à vivre (cuisine aménagée, séjour/salon avec cheminée insert, salle de bains, wc, cellier. Au 1er étage : pallier, deux chambres. Un bungalow comprenant : une chambre, une salle de d’eau, wc sur grand terrain plat attenant d’environ 3776m². Charmante propriété pour famille avec enfants, idéal résidence secondaire. Belles balades en bord de Loire. »

Un charme indéniable. Coup de cœur.

Jusqu’à ce que l’agence m’annonce : « La voie ferrée passe à cinq mètres de la maison… »

En réalité, plutôt collée. Mais avec un train par heure et rien la nuit, ce n’était pas le pire.
Non, le vrai problème, c’était le passage de servitude par la cour de la maison voisine, visiblement peu encline à respecter le droit cadastral.

Créer un accès voiture par le fond, rendre le terrain carrossable, modifier le cadastre… Trop de coûts, trop d’ennuis. Sans compter l’éloignement du village et l’impossibilité, sur mes vieux jours, d’aller faire mes courses à pied avec mon cabas roulant.

Ajoutons à cela une salle de douche à créer à l’étage, un bungalow à repenser, un terrain de 3 776 m² à entretenir.

Bref, j’ai cogité toute la journée de samedi. Puis, le banquier a appelé :

 « Je reviens vers vous suite à l’accord de principe sur le bien affiché à 89K. Bon, moi, cela ne me pose pas de soucis particuliers, j’ai regardé vos comptes, vous avez une gestion saine, un revenu confortable qui rentre chaque mois, donc OK ! Quand peut-on se voir ? »

Rendez-vous pris, je lui ai dit toutefois que je réfléchissais encore sur cette maison. Alors, pour comparer, j’ai à nouveau consulté les annonces immobilières du coin. Pour m’intéresser de plus près à une maison en vente depuis un moment, mais qui n’avait pas provoqué chez moi de désir de visite jusque-là :

« PAMPA-LES-BAINS, un petit village en bord de Loire proche de tous commerces, écoles, médecins accessibles à pied. Maison au cœur du village rénovée, comprenant au rez-de-chaussée : cuisine, séjour, salon, wc lave mains. Trois chambres à l’étage, salle de bain wc. Un grenier aménageable d’environ 45m². Un garage et un terrain clos de 491m². Double vitrage, isolation des murs, électricité, rénovation récente, chauffage électrique, cheminée à foyer ouvert avec la possibilité d’installer un poêle à granules. Jolie maison, spacieuse et lumineuse, idéale pour un jeune couple primo accédant. »

Pourquoi est-elle toujours en vente, hein ? Parce qu’elle est mitoyenne (d’un seul côté, cependant), que le terrain n’est pas attenant (bon, à 2 mètres) et parce qu’il y a une façade côté rue. Bah moi, je peux faire avec.

Donc, visite mercredi soir.

Offre dans la foulée.

Acceptée jeudi aprem.

Je ne saurais dire quand j’ai été conquise, il n’y a pas eu de déclic particulier mais c’est monté en moi progressivement. D’ailleurs, je l’ai dit à l’agente, que je n’avais pas eu le coup de cœur comme pour l’autre maison mais que je m’y voyais bien, que c’était une maison rationnelle qui était faite pour moi.

J’ai hésité quand même un peu avant de parler prix, parce que je savais que j’enclenchais quelque chose d’irréversible. Puis, je me suis jetée à l’eau :

« Si je vous dis 90K, qu’en pensez-vous ? » Ce à quoi elle m’a répondu :« Toutes les offres s’entendent. »

Et moi en rigolant : « Estimez-vous heureuse, j’étais partie sur 87K ! » Et là, elle me dit qu’elle allait présenter les deux prix à sa responsable qui connait les proprios actuels, voir si cela est choquant ou pas, et qu’elle revenait vers moi. Et voilà, OK à 90K.

Bon, sur une note moins positive : je suis fatiguée rien qu’à l’idée du déménagement, de devoir tout empaqueter, tout bouger, tout réinstaller… Mais bon, normalement, je n’aurais plus jamais à bouger ensuite !

 

Hier soir donc, récupération des clefs de la salle des fêtes dont j’ai pris la location à mon nom car moins cher pour les résidents de Pampa-Les-Bains. Toto, Nana, et les tourtereaux. Je m’attendais à une ambiance plus que dégradée entre eux quatre, après le drame du week-end dernier où d’un côté Toto et Nana me disant qu’ils allaient virer Hector de chez eux car il n’aidait en rien, qu’il prenait trop ses aises et qu’il était de mauvaise influence sur Ma Nièce, et de l’autre côté Ma Nièce quasi en pleurs car ils lui ont dit à elle et non à lui directement.

J’ai conseillé aux uns de se parler ouvertement tous les quatre, j’ai conseillé aux autres de faire des efforts pendant trois mois, le temps pour Hector d’avoir trois fiches de paie et pouvoir prendre leur appart. Langage de sourds. Assez d’être la médiatrice que personne n’écoute.

Et je n’ai absolument pas proposé d’héberger les jeunes dans ma nouvelle maison, trois chambres ou pas. Dans une dépendance à part, pourquoi pas, mais pas chez moi 24h/24. Car, je réitère, je n’ai ni la patience ni l’envie de composer avec des jeunes qui vont se croire chez eux avec moi corvéable à volonté.

Et pis, cela leur fera le plus grand bien de faire leurs armes tout seuls comme des grands. Ils verront comme ça que de rester toute la journée allongés sur le lit sur leur téléphone, ce ne sera plus possible.

Bref.

Donc hier soir, en décorant la salle, l’ambiance semblait au beau fixe, joyeuse même. Peut-être se sont-ils parler, mais les connaissant, je dirais qu’ils font tous comme si de rien n’était, avec une ‘trève’ pour ce week-end festif.

Ma Nièce semblait cependant un peu tendue vis-à-vis de moi, elle n’a peut-être pas apprécié que je ne la tienne pas au courant de mon rejet de la maison au bungalow – et de leur hypothétique futur, mais bon, j’en ai assez de ces chicaneries entre elle, ses parents et son boyfriend.

Déjà, leur histoire cachée de tous, avec les mensonges à produire, leurs états d’âme, leur comportement d’ados attardés en villégiature chez moi certains week-ends où les parents étaient en vadrouille… Cela a été la raison principale pour laquelle j’ai arrêté d’écrire dans mon blog quasiment depuis que je suis arrivée ici. Sachant que j’étais lue par des personnes de la famille, je ne voulais pas faire d’histoires. Aujourd’hui, j’assume.

 

Bon, allez, je vais voir le banquier et en profiterai juste après pour aller au cimetière, faut que je raconte ma future maison à Maman et à Papa.

Yep. Dans trois-quatre mois, je serai enfin dans mon chez moi.

Probablement le dernier de ma life.